‹ Les plaideurs (volume 2)Chapitre 20 sur 129 · NOTICE SUR JEAN RACINE. XXV · texte numérisé non relu

NOTICE SUR JEAN RACINE. XXV

«n contemporains de Louis XIV. Mais, répétons-le, les passions qui les agitent, et qui sont peintes avec une si merveilleuse fidélité, sont communes à tous les liommes, et voilà pourquoi, malgré les conventions nombreuses qu'il ofiTi-e, malgré les décors et les cos tûmes du dix-septième siècle, ce théâtre est vrai, et n'a pas de date Il nous reste à parler du style de Racine. Voltaire trouvait ce €tyle « beau! sublime! harmonieux! » Dans son Port-Royal, Sainte- Beuve dit, d'une façon un peu recherchée : « Racine représente la perfection dustyle poétique, même pour ceux, qui n'aiment pas essentiellement la poésie ^ » Il explique mieux autre part sa pen- «ée, en disant que le style de Racine « ra^e vo]ûnîiexsJ4,^proseJ >-. Nous avouons ne pas nous expliquer cette opinion ; peut-être l'auteur de Port-Royal reproche-t-il à Racine de ne pas avoir ce luxe d'images éblouissantes qui a donné tant de prestige à la poésie romantique. Cette richesse, Racine l'avait, mais il ne jugeait pas à propos de l'éialer dans la poésie dramatique, où l'acteur doit parler, flon le poète, et il la réservait pour les chœurs à'Esther et à'Athalie, et pour les Cantiques spirituds. Élevé par Port-Royal, auquel les Jésuites reprochaient sa « politesse de langage... comme une affectation contraire à l'austérité des vérités chrétiennes 3, » Racine avait appris de ces maîtres l'art du développement et l'élégance de la parole. Il choisit entre les idées qui se présentent à son esprit, et forme un plan de ses discours, comme il composait le plan de ses tragédies. Lorsque la chaîne logique des idées est forgée, alors il cherche des images, et en trouve, plus qu'on ne voudrait parfois *■, •dans son imagination brillante et dans son exquise sensibilité ; mais il en habille ses pensées sous la direction d'un goût parfait et d'un esprit malicieux qui a promptement vu le côté ridicule des •choses; il vent qu'aucun vers ne prétende briller aux dépens de ceux qui l'entourent, et que tout se fonde dans un ensemble harmonieusement discret. Rien n'est donc abandonné à ces hasards, parfois heureux, de l'improvisation. Racine mit deux ans à rimer Phèdre, et une lettre, qu'il écrit le 3 octobre 1G94, à propos du

l'épaule, une perruque blonde et un carquois doré. — Phèdre était vétuo d'une superbe robe à queue, en damas vert-pomme, glacé d'argent. Sa coilTure à carcasse formait un édifice majestueux; c'était charmant. Les vers que débitaient le prince et la princesse s'accordaient parfaitement avec le style de leurs costumes et celui de la décoration. Il n'y manquait que deux ou trois banquettes de marquis, sur les côtés, et le moucheur de chandelles venant couper les mèches au moment le plus pathétique 1 » {L'Art dramatique en France depuis vingt- ^ng ans. 5« série, page 18.)

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