XXVI NOTICE SUR JEAN RACINE
deuxième de ses Cantiques spirituels^ nous montre avec quel soin scrupuleux il composait ses vers. De là ■s'ient la perfection absolue de sa poésie, perfection qui naît de l'entière conformité de l'expression avec la pensée, et de la recherche constante :?Qe l'harmcnie sous toutes ses faces. Jamais, dans l'enchaînemerv^ des idées, des périodes ou des propositions, rien qui choque ou qui arrête. Non que le poète ait « cette justesse grammaticale qui va jusqu'à l'affoctaiioni „^ qu'il reproche aux écrivains de la Compagnie de Jésus ; il n'est ni puriste ni pédant ; il en prend fort à son aise avec la grammaire; mais, s'il s'en écarte, c'est pour demander à sa profonde connaissance du cœur humain des tours si naturels qu'ils semblent dictés par la passion elle-même, et que les Vadius seuls élèvent la voix pour la syntaxe ; à la grammaire de Vaugelas il substitue la grammaire de la passion. Nourri de l'antiquité grecque et latine, vivant dans le commerce d'une cour élégante et raffinée, versé dans les lettres sacrées, Racine a su prendre une étonnante variété de tons 2. Qu'il nous initie, dans Biitanmcus, aux secrets de la Rome impériale ; qu'il nous ouvre, dans Bajazet, les détours du sérail; qu'il nous reporte aux temps mj-thologiques dans Phèdre; qu'il nous place, dans Athalie, en face du sanctuaire, il sait, par le choix de ses images, merveilleusement approprier son discours aux mœurs qu'il veut peindre, et mettre sa langue en harmonie avec ses personnages. Nul n'a connu comme Racine tous les secrets de