XII NOTICE SUR JEAN RACINE
d'entre eux les conversations réglées et tout ce qui sent sa conférence académique, Quand ils se trouvaient ensemble, et qu'ils avaient bien parlé de leurs divertissements, si le hasi'W les faisait tomber sur quelque point de science ou de belles-lçjtti'es, ils profitaient de l'occasion ; c'était toutefois sans s'arrêter Itrop longtemps à une même matière, voltigeant de propos en autre, comme de» abeilles qui rencontreraient en leur chemin diverses sortes de fleurs. L'envie, la malignité, ni la cabale n'avaient de voix parmi eux. Ils adoraient les ouvrages des anciens, ne refusaient point à ceux des modernes les louanges qui leur sont dues, parlaient des leurs avec modestie, et se donnaient des avis sincères lorsque quelqu'un d'entre eux tombait dans la maladie du siècle et faisait un livre, ce qui arrivait rarement. » Les quatre amis se réunissaient plusieurs fois dans la semaine chez Despréaux, rue du Colombier, ou dans des cabarets, comme le Mouton blanc, la Pomme de pin, la Croix de Lorraine. C'est dans des séances de ce genre que fut trouvé le plan des Plaideurs; c'est d'un de ces cabarets que sortirent les parodies de Chapelain décoiffé et de la Métamorphose de la perruque de Chapelain en comète^. Racine, bien que Chapelain eût protégé ses débuts, eut assez peu d'empire sur lui-même pour commettre quelques bons mots dans cette plaisanterie rimée.
Malheureusement cette intimité délicieuse entre les quatre poètes ne devait pas durer longtemps, et Racine et Molière allaient se brouiller à propos de la tragédie à.'Alexandre. Le 4 décembre 1665 la troupe de Molière donnait l'œuvre nouvelle, et, le 18 décembre, Racine, qui sans doute avait été mécontent de l'interprétation, faisait jouer également sa pièce par la troupe rivale de l'Hôtel de Bourgogne. La sensibilité si facilement irritable de Racine venait de le séparer d'un ami comme Molière. Il rendit bientôt la rupture plus éclatante en enlevant au théâtre de Molière, pour la faire entrer à l'Hôtel de Bourgogne, sa plus séduisante actrice. Mademoiselle Du-, parc. V Alexandre, dans lequel Racine semblait abandonner le genre sévère de la tragédie grecque pour la tragédie langoureuse et romanesque, fut très goûté à une époque où le langage de la galanterie était à la mode ; inférieur au point de vue du plan et de l'intrigue à la Thétaïde, il dut son grand succès à ses défauts autant qu'à ses qualités,
1. ÎJous ne savons si ces parodies furent représentées. On lit dans le Mémoire de Fléchier sur les Grands Jours tenus à Clermont (éd. Gonod, p. 140 et 144» 145) : Les comédiens « entreprirent déjouer une méchante parodie que quelque» envieux ont composée, et dont ils ont fait une satire contre M. Chapelain. » M. de Caumartin en référa à l'Assemblée, qui « fit délense aux comédiens de jouer à l'avenir cette tragédie ». S"agirait-il du Chapelain décoiffé, écrit quelques moi» avant les Grands Jours d« Clermont?