NOTICE SUR JEAN RACINE. XIII
et Saint-Évremond écrivit : « Depuis que j'ai lu le Grand Alexandre, la vieillesse de Corneille me donne bien moins d'alarmes. «Il est vrai que cet éloge était suivi de critiques aussi dures que nombreuses, et que le grand Corneille, donnant à Racine le conseil quil avait reçu lui-même de Hardy, engagea le jeune poète à ne pas perdre son beau talent pour la poésie à faire du théâtre. Ce jour-là. Corneille jugea mal : V Alexandre renferme de véritables beautés de détail. Corneille du moins rendait justice à la langue du poème, qui était manifestement imitée de celle de ses œuvres, et, en effet, au point de vue du style, Alexandre est déjà supérieur à la Thébaide^.
Cependant la Mère Agnès, voyant avec douleur que décidément son neveu fréquentait a des gens dont le nom est abominable à toutes les personnes qui ont tant soit peu de piété, et avec raison, puisqu'on leur interdit l'entrée de l'église et la communion des fidèles, même à la mort, à moins qu'ils ne se reconnaissent », signifiait à Racine qu'elle ne le reverrait plus,s'z7/ie 5e recoimaissait. C'est alors que se place dans la vie de Racine un épisode que l'on voudrait pouvoir en effacer, Desmarets de SaintSorlin, qui avait été un des cinq auteurs du cardinal de Richelieu, et avait fait applaudir au théâtre une comédie intitulée les Visionnaires, venait de devenir à peu près fou; s'imaginant que Dieu lui-même lui avait dicté son poème de Clovis^ il voulut s'ériger en propliète, et attaqua le Jansénisme dans son extravagant .4 iî5 du Saint-Esprit au Roi. Nicole lui répondit par une série de lettres finement nommées les Visionnaires. Dans l'une d'elles se trouvaient ces mots : a Un faiseur de romans et un poète de théâtre est un empoisonneur public , non des corps, mais des âmes des fidèles, qui se doit regarder comme coupable d'une infinité d'homicides spirituels. » Racine prit cette phrase pour lui, et, avec une Incroyable verve de raillerie, avec une sûreté impitoyable de malignité, il écrivit contre ses anciens maîtres, dont son esprit moqueur avait saisi tous les petits défauts, une Lettre à la façon de celles que Pascal avait dirigées contre les Jésuites. Jamais l'ironie n'a été maniée d'une façon plus fine et plus cruelle. La Lettre, dit une note de Jean-Baptiste Racine, fut publiée d'abord sans nom d'auteur ; mais l'abbé Testu se l'étant appropriée, Racine se nomma hautement. Ce fut un jour de deuil pour Port-Royal. Les solitaires ne répondirent point eux-mêmes. Ils laissèrent ce soin à Barbier d'Aucour et à Du Bois, qui s'en acquittèrent assez mal ; Nicole cependant ne put s'empêcher, dans un Avertissement qui précédait ces réponses, da parler de Racine, et de dire que « tout était faux dans sa Lettre Qt