ISABELLE, L'INTIMÉ
ISABELLE
Qui frappe ?
l'intimé.
Ami. (a part.) C'est la voix d'Isabelle.
ISABELLE
Demandez-vous quelqu'un, Monsieur ?
l'intimé.
Mademoiselle, C'est un petit exploit que j'ose vous prier De m'accorder l'honneur de vous signifier *. 330
1. Dans les éditions publiées du vivant de Racine les quatre substantifs de ce ▼ers commencent par une grande lettre ; il en est de même dnns cette scène des mois Huissier, Commissaire, Plai leurs, Lettre, Contrat, Billet. On a beaucoup discuté sur l'étymologie du mot poulet. Saumaise, Ménage et Dacier l'ont fait venir du latin polypticum, qui désignait une tablette de plusieurs feuillets, sans doute parce que les lettres d'amour sont interminables. Le géojiraphe Duval dit dans son Voyage d'Italie que les paysans « portaient des poulets sous prétexte de les vendre, et mettaient un billet sous l'aile du plus gros, qui était un avertissement à la dame avec qui on était d'intelligence. Le premier qui fut découvert fut puni de l'estrapade avec deux poulets attactiés aux pieds qui ne faisaient cependant qiië voltiger. » C'est de ce fait que La Moniia\e tire le sens de poulet. Génin dit: « Un galant essaie de gairner le cœur de sa belle par l'envoi de quelque paire de pigeons ou de poulets gras. D'où est venu que ceux qui se chargeaient de ces messages ont été appelés -porta-jollastri, porte poulets, n M. Quitard dans ses Etwles sur le langage provincial suppose u que le billet doux a été nommé poulet parce que le cachet qu'on y apposait ordinairement représentait un poulet ou un coq », et il semble rapprocher de ce mot l'expression : le coq du village. Il nous semble plus simple d'accepter l'explication de Fuietière, qui dit qu'on a ainsi nommé ces billets parce que, en les pliant, on y faisait deux poiuie.» qui représentaient les ailes d'un poulet. Molière a adopté cette explication dan VEcole d«s Maris (If, v) :
El m'a droit dans ma chambre une boîte jetée
Qui renferme uae lettre en poulet cachetée.
S. Signifier, c'est notifier par ministère d'huissier:
Et je tons »ien«, Monsie ir. arec votre licence, ijignifier l'exploil d« certaine ordonnance.
(MoLiÈBB, Tartuffe, V, it.)
rendant toute la première moitié de cette scène, l'Intimé déguise sa toîz.
ICABELLE. "^
Monsieur, excusez-moi, je n'y puis rien comprendre. Mon père va venir, qui pourra vous entendre.
Il n'est donc pas ici, Mademoiselle * ?
ISABELLE
Non, l'intimé.
L'exploit, Mademoiselle, est mis sous votre nom *.
ISABELLE
Monsieur, vous me prenez pour une autre, sans doute : 335
Sans avoir de procès, je sais ce qu'il en coûte ^;
Et si l'on n'aimait pas à plaider plus que moi.
Vos pareils pourraient bien chercher un autre emploi.
Adieu.
l'intimé.
Mais permettez...
ISABELLE
Je ne veux rien permettre.
l'intimé.
Ce n'est pas un exploit.
ISABELLE
Chanson !
l'intimé.
isabelle.
C'est une lettre. 3-10
Encor moins ♦.
1. Isabelle ne se doute pas de l'inférêt que l'Infime attache à cette question, et de la joie que l'ambassadeur de Léandre va éprouver à sa réponse.
2. C'est une plaisanterie, qu'Isabelle prend an sérieux, d'où uu jeu de scène charmant.
3. Cbicanneau en effet aurait pu s'approprier le conseil donné par Boileau à l'abbé des loches {EpUres, II, 25-28. :
N'imite point ce* fous dont la *otte arariee Va de «es re»enu» engraisser U justice ; Qui, toujours assignant el toujours assignés, SouTciil demeurent gueux de tingt procès gagné».
Cependant Collantine ne s'est pas ruinée à f^laider; elle tourmente tellement la partie adverse, qu'il faut enfin qu'elle achète « la paix, à quelque prix que ce S')it. T^l est le métier dont je subsiste il y a longtemps, et dont je me trour*» fort bien. J'xi déjà ruiné sept gros paysans et quatre familles bourgeoise?, et il y a «rois
cen;iishommes que je tiens aux chausses. Si Dieu me fait la grâce de tÎTre,
j ' Les Tcux faire aller à l'hôpital. » {Roman bourgeois, II, 84-85.»
4. Co trait nous prouve qu'Isabelle, milg'é la facilité avec laquelle elle sccueille 'utnour de Léandre, est une fort bonuétc ûlle. Cette scène demande à être très
• i:'pidement enlevée.
ACTt: II, SCÈNE II.
Mais lisez.
C'est de Monsieur.,
ISABELLE
Vous ne m'y tenez pas.
l'intimé.
ISABELLE
Adieu.
l'intimé.
Léandre ^
ISABELLE
C'est de monsieur... ?
Parlez bas *,
l'intimé.
Que diable M on a bien de la peine A se faire écouler : je suis tout hors d'haleine.
ISABELLE
'Ah ! rinlimé, pardonne à mes sens étonnés *; 343
{Donne.
l'intimé.
Vous ne deviez fermer la porte au nez ^
ISABELLE
, Et qui t'aurait connu, déguisé de la sorte ? ■Mais donne.
l'intimé.
Aux gens de bien ouvre-t-on votre porte ^ ?
„. , ^ , ISABELLE
ne ! donne donc.
La peste...
Jût^ ce mot, Isabelle, qui était sur le seuil de sa porte, reyient précipilami'. Peut-être faut-il voir là encore une parodie du Cid.
"0 lits ï: z^^'^^ti^!::^'"' """- ^°" c- ^^««/sis
Monsieur n'est pas ici, que diable 1 i si bonne heure!
ma*;meTAl.'mtr»T'P'"'' '"'''^-J''^' ^^ ^«'•ti&c P" suite d'un coup ou d'une malaf le. DAlfmbcit écrira au roi de Prusse, le 9 mars 1770: .La faible.se de
p"lus1oin '^TrlLlt'l ''"°"'^' --P-^'-it, quand je l'oserais, de^uivï:
bene;'^n;:r;:!:;x^?t i^T;ien^;^^^3:;;!r^ ""°'" ' *^""^"'" ^*-
«. ChicaDDeau ne reçoit que des hommes d'affaires.
6 s LES PLAIDEURS.
ISABELLE
Oh ! ne donnez donc pas *. 3o0 Avec votre billet retournez sur vos pas.
l'intimé.
Tenez. Une autre fois ne soyez pas si prompte.