ACTE II, SCÈNE IV
CHICÂNNEAU.
Soit *. Pour qui venei-vous ?
l'intimé.
Pour une brave dame, Monsieur, qui vous honore *, et de toute son ànie Voudrait que vous vinssiez à ma sommation * 385
Lui faire un petit mot de réparation *.
CHICANNEAU.
De réparation ? Je n'ai blessé personne.
l'intimé.
Je le crois • vous avez, Monsieur, lame trop bonne •,
CHICANNEAU.
Que demandez-vous donc ?
L'INTIMÉ
Elle voudrait, Monsieur, Que devant des témoins vous lui fissiez l'honneur 390
1. Chicanneau fait semblant d'être convaincu; mais il se réserve de mettre sergent à l'épreuve.
2. Monsieur Loyal vient expulser Orgon de chez lui avec la même douceur :
Salut, Monsieur. Le ciel perde qui tous thuI nuiret Et vous soil favorable autant que je dnire... Toute voire maison m'a toujours été chère. Et j'étais serviteur de Monsieur votre père... Ce u'esl rien teulemeiU qu'une sommation. Un ordre de vider d'ici, vous 6Ï les'vdlres. Mettre vos meubles liurs, et faire place à d'autrei. Sans délai ni remite, 4iasi que besoin est.
(iloLiBRB, Tartuffe, Y, it).
8. « La sommation est un acte par lequel on interpelle quelqu'un de satisfair» i une chose. » (Dictionnaire civil et canonique (1687,, p. 721.)
4. Après avoir disting:ué l'injure de la calomnie, M* H. M,, dans ses Bemarques dudroit français (1657), constate qu'on peut établir trois différences entre les injures (p. 456) : u II y a des injures légères, que les jurisconsultes appellent lubricumiinguje, pour lesquelles il a été jugé par divers Arrêts que le procès ne devait pas être réglé à l'eitraonlinaire par récolement et confrontation de témoins : mais que le juge devait recevoir les parties à procès ordinaire, ou à informer plus amplement; parce que cette sorte d'injures légères se
fiurgent par une reconnaissance, nollem dictum, noUem factum, par laquelle ceui qui a injurié déclare que l'injure aété faite contre sa volonté, et qu'il tient l'injurié pour homme d'honneur ; et par ce moyen il n'est condamné ni à l'amende honorable, ni pécuniaire, quoiqu'il le soit aux dépens de l'instance. Les autres injures verbales atroces se poursuivent par information et extraordinairement ; et celui qui a fait l'injure est ordinairement condamné en réparation d'honneur, a l'amende et aux dépens. — Quant à l'injure qui est faite par libelles diffamatoires, elle est plus atroce que toutes les autres. »
5. Cette douceur hypocrite était déjà ordinaire aux huissiers du temps de Rabelais,
3ui dans Pantagruel (IV, 14) nous montre un chicquanous allant assigner le sire e Basché : « Le chicquanous, le rencontrant, se raist à genoilz devant luy, le pria ne prendre en mal si de la part du gras prieur il le citoyt, remonstra par harangue diserle comment il estoyt personne publique, serviteur de moynerie, appariteur de U mitre abbatiale, prest à en fdire autant pour luy, voyre pour le luuJndre de m maison, U part qu'il luy plairovt i'emploicter e commander. ■
De l'avouer pour sage, et point extravagante.
CHICANNEAU.
Parbleu, c'est ma comtesse.
Elle est votre servante.
CHICANNEAU.
Je suis son serviteur.
L'INTIMÉ
Vous êtes obligeant, Monsieur. ^ , y
CHICANNEAU. ^1 '"^-^ '^ 'jL^'iA
Oui, vous pouvez l'assurer qu'un sergent /
Lui doit porter pour moi tout ce qu'elle demande. 39o
Hé quoi donc ? les battus, ma foi, paieront l'amende i ! Voyons ce qu'elle chante ^. Hou... « Sixième janvier*, « Pour avoir faussement dit qu'il fallait lier, « Étant à ce porté par esprit de chicane, « Haute et puissante dame Yolande Cudasne, 400
<( Comtesse de Pimbesche, Orbesche, et caetera *, « Il soit dit que sur l'heure il se transportera î< Au logis de la dame ; et là, d'une voix claire, «t Devant quatre témoins assistés d'un notaire, '(■ {Zeste) ^ ledit Hiérôme avouera hautement 405
« Qu'il la tient pour sensée et de bon jugement.
1, On a prétendu que ce proverbe venait d'une équivoque; la loi disait au coupable : « Le bas-tu ? paie l'amende. » M. Rozao, dans ses Petites ignorances de la conversation, p. 366, fait remonter cette locution au combat judiciaire, où le vaincu dans ce jugement de Dieu était regardé comme coupable et condamné.
i. Terme peu poli, pour remplacer le verbe : dire. De même Molière (Uns 1'^tourdi (I, Tiii) :
Au nom de Jupiler, laissex-noos en repos, El ne nous cbantex plus d impertinents propos.
3. On lit dans les Remarques du droit français (1657): » L'on n'exprime point dans l'exploit le nom de l'action que l'on intente : il suffit d'y faire clairement sa demande, d'en exprimer la cause, et de déclarer tellement le fait, que l'on puisse tirer bonne conclusion du droit du demandeur. Or, pour le faire, il faut que l'exploit contienne toutes ces choses ensemble : Quis, quam, coram quo, quo jure, quid et a quo petatur : de telle sorte que quand même un exploit serait mal conçu, et qu'il y aurait manque dans les formalités ordinaires, il est certain que rien ne peut empêcher le juge de rendre son jufjement, et de prononcer sur la demande faite par cet exploit, dum modo expropositis et probatis inprocessu nota ferri senlentia posait (p. 459-460).
4. Chicanneau interrompt sa l cture | our dire ironiquement ces deux mots.
5. Le Dictionnaire de l'Académie a toujours écrit : Zest! C'est une interjectiop lamilière par laquelle on repousse ce que dit une personne, i -«> * .t. x
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