ACTE I , SCÈNE VII
LA COMTESSE Ah ! que vous m'obligez. Je ne nie sens pas d'aise.
CHICANNEAU
J'i roi s trouver mon juge, et lui dirois....
LA COMTESSE
Oui.
Voii.
CHICANNEAU
Et lui dirois : Monsieur....
LA COMTESSE
Oui, Monsieur.
CHICANNEAU
Liez-moi.... 270
LA COMTESSE
Monsieur, je ne veux point être liée2.
CHICANNEAU
A l'autre!
LA COMTESSE
Je ne la3 serai point.
1. Voi est une interjection qui exprime l'impatience. Elle a beaucoup de rapport, du moins par le son, avec ouais, que l'on trouve souvent dans les comédies. — Le sens des interjections est d'ailleurs assez large et peu précis, comme on peut le voir par hélas! au vers 2GG. Hélas, dans ce cas, n'exprime pas la douleur; il marque simplement que la comtesse est touchée de la bonté de M. Chicanneau.
2. La comtesse interprète mal le mot liez-moi : semblable malentendu avait rausé une grosse querelle entre la comtesse de Crissé, plaideuse de profession, et une personne qui lui donnait des conseils dans le cabinet de Boileau, le greffier, frère aîné de Boileau Despréaux. Racine avait ri de celle scène qu'on lui avait racontée et il s'en souvint quand il écrivit les Plaideurs.
?.. La grammaire demanda ici le; mais elle a grand peine à se faire
CIIICANNEAD
Quelle humeur est la vôtre?
LA COMTESSE
Non.
CHIGANNEAU
Vous ne savez pas, Madame, où je viendrai.
LA COMTESSE
Je plaiderai, Monsieur, ou bien je ne pourrai.
CHICANNEAU
Mais....
LA COMTESSE
Mais je ne veux point, Monsieur, que l'on me lie. 275
CHICANNEAU
Enfin, quand une femme en tête a sa folie....
LA COMTESSE
Fou vous-même.
CHICANNEAU
Madame !
LA COMTESSE
Et pourquoi me lier?
Madame....
LA COMTESSE
Voyez-vous? il se rend familier1.
obéir. Madame de Sévigné, qui connaissait la règle, disait plaisamment : « Je croirais avoir de la barbe si je parlais ainsi. » (M. Géruzez.)
C'est Vaugelas qui a établi que, lorsque le pronom le représente un adjectif, un nom indéterminé, un verbe ou une proposition, il rente invariable.
1. Notez ici une légère irrégularité dans h rime : lier n'a que deux syllabes ; familier, dont les deux dernières syllabes ne forment qu'un seu temps prosodique, constitue une rime imparfaite.