P» ANALYSE DES GUÊPES D'ARISTOPHANE
Labèsils avaient reconnu Lâchés qui commandait la flotte envoyée j en Sicile, el que l'on accusait de concussions. Néanmoins, Aris- , tophane ne s^ contente pas de ces attaques indirectes : il prend ouvertement le peuple à parti, et, dans la « parabase », il lui adresse des reproches et des conseils. Il lui rappelle avec quel courage il a combattu dans les Chevaliers ce monstre « aux dents aiguës » que l'on appelle Cléon ; avec quelle persévérance il a poursuivi ces « fiévreux pâles et frissonnants », ces sophistes si dangereux pour les particuliers et pour l'État : le peuple ne l'a pas soutenu dans cette lutte, le peuple a trahi son défenseur dévoué.
La parabase achève ainsi de nous faire voir toute la portée qu'Aristophane prétendait donner à ses plaisanteries : en représentant le peuple sous les traits d'un juge ridicule et maniaque, il voulait le faire rougir de sa faiblesse et le soulever contre les démagogues et les novateurs. L'abeille attique piquait de son dard acéré, mais cet aiguillon était une arme patriotique : c'est sous ces traits qu'étaient tombés les barbares, vaincus à Marathon ; le chœur des Guêpes célèbre cette grande journée, et, suivant l'expression de M. Villemain, bourdonne aux oreilles des Athéniens un hymne de gloire.
Le reste de la pièce est de moindre importance : Philocléon,
mené par son fils dans les joyeuses compagnies, se livre aux
plaisirs et ne veut plus entendre parler de procès; il devient un
débauché, dont le poète, ce semble, eût pu nous épargner les
plaisanteries grossières : après avoir rendu le juge ridicule, Aris-
ie l'avilit ; c'était dépasser la mesure. Aussi est-il permis de
croire qui les Guêpes ne turent pas couronnées, du moins le
ste n'en fait pas mention. Le peuple, qui s'était montré
pour le détracteur de Socrate, ne fut pas sans doute plus
in lulgent pour le poète, qui, dans son aveugle attachement au
, poursuivait de ses traits acérés les hommes populaires et
les idées nouvelles, et les enveloppait dans un égal mépris.
Malgré la ressemblance des sujets, il y a loin des Guêpes d'Aristophane aux Plaideurs de Racine, L'esprit des deux pièces n'est pas le même : la passion politique anime la première; dans la seconde, règne la fantaisie légère et inoffensive qui fronde les travers de quelques personnes sans songer à attaquer les institutions sociales. Quelques traits cependant semblent si peiçants et si vigoureusement lancés, qu'ils ne peuvent venir d'une aiain indifférente : l'auteur des Plaideurs n'est pas seulement un lettré qui veut voir « si les bons mots d'Aristophane auront quelque grâce dans notre langue » ; c'est un plaideur lui-même, qui a souii'ert des subtilités de la chicane, et qui a appris à ses dépens ce que coûtent les procès ; il a eu maille à partir avec les procureurs et les huissiers, à propos, soit du prieuré de l'Épinay, soit de quelque autre bénéfice, et il s'est alors souvenu de la Guêpe attique ; il en a causé, au cabaret du « Mouton-Blanc », avec ses amis Despréaux, Furetière, La Fontaine et Chapelle; ils se sont réjouis en daubant sur les gens de robe, les avocats et leurs clients et, dans ces libres entretiens, est née spontanément cette fleur d'esprit et de gaieté, la comédie des Plaideurs. En voie, ie canevas.