ACTE II
La fortune favorise les projets amoureux de Léandre : l'Intimé, habillé en huissier, a rencontré la comtesse de Pimbesche, qui l'a chargé d'un exploit pour M. Chicanneau ; voilà un excellent prétexte pour pénétrer dans la maison si bien gardée d'Isabelle: Léandre, sous la robe et la perruque d'un commissaire, feindra « d'informer », verra la fille et fera adroitement signer au père un contrat en bonne et due forme (Scène i). En effet, l'Intimé, si bien déguisé qu'il a quelque peine à se faire reconnaître, remet le « poulet » à Isabelle (Scène n), et, M. Chicanneau arrivant à l'improviste, joue à merveille le rôle de sergent qu'il s'est donné; la jeune fille, non moins habile que lui, simule une grande colère, déchire le prétendu exploit. .. . après l'avoir lu, et s'enfuit (Scène m). L'Intimé donne alors à M. Chicanneau en personne le véritable exploit, celui qu'il a reçu de la comtesse et qui est signé Le Bon.
Ce nom paraît suspect à M. Chicanneau qui flaire une rase jamais exploit qc fut signé Le Bon ; sans hésiter, le vieux plaideur traite le faux sergent de fripon, et, son indignation croissant, lui donne un soufflet, « réitère » avec le pied, saisit un bâton pour achever : l'Intimé verbalise sans s'émouvoir, et, voyant le bâton levé : « frappez, dit-il, j'ai quatre enfants à nourrir. » Ce mot héroïque désarme M. Chicanneau; il tient désormais son impassible visiteur pour un sergent authentique et lui présente des excuses, qui ne sont pas acceptées (Scène pr). M. le commissaire, c'est-à-dire M. Léandre; arrive fort à propos ; il constate le flagrant délit et mande « la rebelle » qui a déchiré un exploit: il lui fait subir un ingénieux et plaisant interrogatoire qui trompe et charme son père, et que M. Chicanneau signe « aveuglément ». La justice est contente, comme le dit Léandre : M. Chicanneau a signé, sans s'en douter, un bon contrat, et « sera condamné tantôt sur son écrit ». Cette formalité remplie, M. le commissaire se retire, en ordonnant à M. Chicanneau de le suivre, au nom du Roi (Scène Vi).
Cependant Perrin Dandin, gardé par le seul Petit-Jean, a pénétré dans le grenier, et, par une lucarne, se dispose à donner audience. Tandis qu'il écoute les plaintes de M. Chicanneau, de la comtesse et de l'Intimé qui exposent leurs doléances tous à la fois, Léandre le surprend et le fait enfermer dans une salle basse tout auprès de la cave (Scènes vn-ix). Là du moins il sera en sûreté : point; Dandin a pénétré dans la cave même, et le voici qui paraît par le soupirail : la comtesse et son adversaire se précipitent vers lui, le tirent chacun de son côté, l'étranglent, et font tant et si bien que M. Chicanneau, entraîné, tombe et « s'encave » avec son juge (Scènes ix-xm). On vole au secours de Dandin ; on le ramène, boitant fort bas, mais plus entêté que jamais de son idée fixe : il veut aller juger. Qu'il juge donc, mais sans sortir de chez lui ; qu'il fasse comparaître ses serviteurs pour la moindre faute, qu'il les condamne à l'amende, au fouet ; leurs gages tiendront lieu de nantissement (Scène xm). Cette proposition de Léandre paraît acceptable à son père, qui est sur le point d'y consentir, quand un grand tumulte se fait entendre: c'est Citron, un chien gourmand, qui vient de manger un chapon ; qu'on l'arrête, M. Dandin jugera avec sévérité ce voleur domestique; pour la circonstance, le portier et le secrétaire se transformeront en avocats : Petit Jean sera le demandeur et maître l'Intimé sera le défendeur (Scène XIV).