ACTE II, SCENE IV
On voyait chaque jour éclore un nouveau Code; On en changeait alors comme on changeait de mode : C'était profit tout clair que ce chaos de lois. Vous avez eu d'ailleurs tous les biens à la fois. Quel temps aux procureurs fut jamais plus propice ! Oh ! c'était l'âge d'or pour les gens de justice. Les divorces , mon cher, vous ont rapporté gros \ Vous aviez pour cliens tous. nos Crésus nouveaux. C'est justement alors que vous vous enrichîtes. C'était aussi le temps des brillantes faillites , Et pour s'assurer vite un avenir heureux , Il suffisait d'en faire ou d'en arranger deux. Ces choses-là jadis étaient fort peu communes , Et nous n'avons pas eu de ces bonnes fortunes. Pour arriver au point où je suis parvenu , Il fallait lentement mettre écu sur écu. Je suis venu trop tôt.
FLOKIDOK.
Quelle erreur est la vôtre !
Ce temps-là , croyez-moi , valait au moins le nôtre : Ah ! plus j'y réfléchis , plus j'en ai de regrets ; Les tribunaux alors ne taxaient pas les frais $ Et comptez-vous pour rien ces milliers de coutumes , Qui du droit incertain grossissaient les volumes ? Quelle mine à procès ! D'ailleurs , en supposant Qu'aujourd'hui notre état vaille un peu plus d'argent. N'avons-nous pas aussi de plus grandes dépenses , Et pour y faire face il faut des gains immenses. Un procureur jadis pouvait être un vilain.
RENARD
Monsieur. . .
C'était l'usage : en un réduit mesquin De se loger toujours il avait l'habitude -, Et que lui fallait-il pour orner son étude ? Quelques dossiers poudreux, des meubles vermoulus. Sa table n'était pas ce qui coûtait le plus ; D'ordinaire elle était frugalement servie : C'est là que vous faisiez preuve d'économie. Vous m'avez eu pour clerc , j'en parle savamment.
RENARD
Vous avez eu toujours le naturel plaisant.
Ces temps-là ne sont plus. Autre siècle, autre usage : Un avoué , Monsieur, est presque un personnage. Comme un petit ministre il tient une maison, Et deux fois la semaine il ouvre son salon. Il choisit sa demeure au centre de la ville -, Un riche mobilier embellit son asile.
Enfin vous avez vu l'appartement que j'ai ; Un premier président n'est pas si bien logé. Mais c'est essentiel pour que l'on réussisse. C'est un mauvais calcul d'avoir de l'avarice . Tout se donne au dehors , aujourd'hui c'est reçu } Et l'homme doit briller s'il veut être aperçu.
RENARD
Pour moi, j'ai conserve notre ancienne méthode.