ACTE II, SCÈNE IV
Aussi n'ai-jc pas eu de procès ta la mode. Cependant aujourd'hui j'en viens d'entamer un , Tel que jamais , mon cher, vous n'en eûtes aucun. Quelle superbe affaire ! Ah ! jamais , je vous jure, On ne vit au Palais de cause plus obscure. Oui c'est , sur mon honneur , le phénix des procès ; Ce sera mon dernier, je peux mourir après. Vous en auriez , mon cher , tiré grand avantage , Et , s'il vous fût tombé par hasard en partage , Je suis persuadé qu'en lui donnant vos soins , Il vous eût rapporté cent mille écus au moins.
Voulez-vous me le vendre ?
RENARD
Eh ! cela peut se faire.
Nous pourrions même ainsi terminer l'autre affaire.
Je n'entends pas.
^ RENARD
Je vais vous l'expliquer d'un mot.
C'est de cent mille écus que j'augmente la dot. Ce procès est le mien et je vous l'abandonne ; C'est de l'argent comptant , mon cher , que je vous donne.
TLORIDOR.
D'honneur, c'est précieux.
RENARD
Mais, Monsieur, cestmonbien:
Pensez-vous que je vais vous le céder pour rien?
4ti LES PLAIDEURS SANS PROCES.
I'LOKIDOR.
Enfin quel est-il donc ce procès magnifique ?
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Je ne vous trompe pas, il est d'un genre unique. C'est ce que nous nommons une affaire d'éclat ; Neuf à dix millions , deux questions d'Etat.
FLORtDOR.
Qu'entends-je ! la rencontre est vraiment singulière. Votre client, je gage, arrive du grand Caire.
RENARD
En Egypte : oui , vraiment , d'où l'avez-vous appris ? J'ai peine à concevoir...
N'en soyez point surpris.
Je vais facilement vous expliquer la chose : C'est que nous exerçons tous les deux dans la cause. J'ai pour client le frère , et vous avez la sœur.
RENARD-
Comment, il se pourrait! ali! mon Dieu, quel malheur !
FEORIDOR.
Quel malheur , dites-vous ! j'ai peine à vous comprendre. C'est le plus grand bonheur que nous puissions attendre. Rendons grâce au hasard cpii ne remet qu'.à nous Un procès dont chacun pourrait être jaloux. Voilà de tous les deux la fortune achevée •, C'est une mine «for opte nous avons trouvée.