ACTE III, SCENE PREMIÈRE. Si
Cela serait fâcheux, d'accord : mais sûrement Un duel vaut encor mieux qu'un arrangement.
Si l'un d'eux est tué , plus de pi'ocès, vous dis-je.
Et pourquoi donc ? l'affaire est toujours en litige.
Les procès aux plaideurs survivent très-long-temps ,
Et vont du bisaïeul jusqu'aux petits-enfans.
Du combat d'aujourd'hui quelle que soit la suite ,
Je dis que le procès en rien ne périclite -,
La question d'Etat reste dans son entier , ^
Et le client défunt aurait un héritier \
Le vôtre laisserait une veuve , et je gage
Qu'il doit avoir aussi quelqu'enfant en bas Age ;
Alors vous stipulez pour les droits du mineur ,
Vous lui faites nommer un subrogé tuteur \
Que de formalités deviennent nécessaires !
Et ce sont là pour nous les meilleures affaires.
RENARD
En effet.
Mon client est garçon , j'en conviens , Mais ses collatéraux voudront avoir ses biens \ Et ceux-là plus que lui ne seront pas traitables j Ils ne seront pas gens à se payer de fables Qu'on viendra leur conter au nom de 1 Alcoran.
Ne renonçons donc pas à notre premier plan. Je redoute fort peu le combat qui s'engage , Il ne peut nous porter le plus léger dommage. Pour nous , je n'y vois pas un sérieux danger , Et l'affaire s'embrouille au lieu de s'arranger.
Quel sang-froid ! quel aplomb
C'est l'amour qui m'inspire , Et lui seul en ce jour...
RENARD
Allons , vous voulez rire.
Oui , vous dis-je , l'amour ; n'en soyez pas surpris \ Je sais que du procès votre fille est le prix ; Et si je fais ici preuve d'un peu d'adresse , Voyez-y seulement l'excès de ma tendresse.
RENARD
Mais c'est elle qui vient.
FEORIDOR.
Je m'en étais douté ; Je sentais mon coeur battre.