OBSERVATION III
Le 7 septembre 1927, M. B.…. D. âgé de 51 ans, gérant d'hôtel, était monté sur une gouttière pour effectuer un nettoyage. La gouttière vint à se desceller; M. B.…. ne put se retenir et s’empala sur l’un des barreaux d’une grille située au-dessous de lui. | I] parvint à se désempaler sans aide, mais, perdant
son sang en abondance, il ne tarda pas à s’évanouir.
Il était, raconte-t-il, « à bout de sang » quand on le transporta à l'hôpital de Montmorency.
Les lésions à cette époque auraient été les suivantes : le barreau avait perforé le périné à droite de l’anus et était pénétré d'environ 10 em., déchirant de dehors en dedans, la paroi latérale droite du conduit ano-rectal.
Le blessé demeura huit jours à l’hôpital de Montmorency où on se contenta de panser à plat la plaie périnéale.
Puis le blessé entra à l’hôpital de Saint-Denis où il - séjourna deux mois sans subir aucune opération et recevant pour tout traitement des pansements à la pommade collargolée.
A aucun moment le blessé ne présenta de phénomènes infectieux graves. À sa sortie de l’hôpital de St- Denis la plaie était cicatrisée, mais le blessé perdait ses matières de façon permanente. Cette infirmité était d’autant plus manifeste que depuis des années M. B.… est affligé d’une entérite chronique et que ses matières sont presque toujours liquides.
Un médecin lui conseilla d’aller consulter le docteur Gouverneur. C’est dans ces circonstances que le blessé entra en janvier 1928 dans le service de notre maître le docteur Baumgartner.
Il présentait alors, à droite de l’anus, empiétant sur le périné’et se prolongeant dans le canal anal, une cicatrice encore inflammatoire, rouge, douloureuse et manquant de souplesse. Le toucher rectal mettait nettement en évidence la rupture du sphincter dans son cadran latéral droit.
L'état local n’était pas encore assez satisfaisant pour pratiquer la suture sphinctérienne. On pensa bien à pratiquer un anus iliaque pour favoriser la désinfection ano-rectale, mais l’entérite chronique fit renoncer à cette intervention.
RE pertes
On se contenta de soins locaux et d’une attente de trois mois pour préparer la région.
En avril 1928, M. Gouverneur pratiqua la suture du sphincter et le blessé sortit deux mois après de la Charité, retenant un peu ses matières, alors qu’il ne les retenait pas du tout auparavant.
M. B.…. séjourna alors 4 mois à Saint-Maurice, où il fit fonction de cuisinier à la salle de garde des internes. Il fut soumis à un traitement diathermique qui l’améliora beaucoup. I1 ne ressentait plus aucune douleur et retenait bien ses matières. Mais, un jour, en se baissant et en faisant un effort pour soulever une lourde bassine, il ressentit dans l’anus une sensation de déchirement, et dès ce moment recommença à perdre.
En mars 1930, le D' Gouverneur réintervint et pour la seconde fois sutura le sphincter.
Dans les mois qui suivirent les fonctions sphinctériennes devinrent un peu meilleures, sans toutefois être aussi satisfaisantes qu'après la première opération.
Il y a trois mois le blessé entra à Cochin dans le service du D' Mathieu où, sous anesthésie générale, on aurait pratiqué au bistouri électrique l’ablation de bourgeons condylomateux.
Actuellement, le blessé, ayant changé de quartier, est venu échouer à Tenon dans le service de notre maître le D' Roux-Berger. Les symptômes qu’il accuse sont les suivants : impossibilité absolue de retenir les matières, sauf dans la position couchée, phénomènes cystalgiques, douleur périnéale irradiant vers la région sacrée latérale gauche. En outre, le blessé se plaint d’une impuissance absolue et permanente depuis l’époque de l'accident.
L'examen montre un orifice anal déformé et comme échancré sur son bord droit. L’orifice est largement perméable, et si, en pratiquant le toucher rectal on ordonne au blessé de se contracter, on perçoit un mouvement