Ibidem, p. 531. — LarvaroN. Économie rurale
dans cet élevage; les fermes ne peuvent s’y livrer, car des troupeaux d'oies un peu importants causeraient de grands dégâts dans les prés, l'oiseau arrachant l'herbe avec son bec. Cela explique que les environs immédiats de Poitiers, la plaine de Neuville, le Mirebalais et le Loudunais, c’est-à-dire les régions calcaires où la propriété est très morcelée, renferment la presque totalité des oies élevées en Poitou‘. On les nourrit tantôt dans la basse-cour, avec des herbes arrachées dans les champs et du son mouillé, tantôt en les menant paiître dans des pacages qui n’ont pas grand’chose à craindre de leurs déprédations. Souvent on réunit toutes les oies d’un mème village en un seul troupeau que conduit dans les communaux un gardien, généralement un enfant?.
Une autre industrie, cèlle des pâtés de foies gras, est née dans Le sud de la plaine, où l’on se livre activement à l’engraissement des oies et des canards dans les cantons de Civray, de Ruffec, de Sauzé-Vaussais et de Chef-Boutonne*. Civray et Ruffec sont les centres*de fabrication; deux maisons existent à Ruffec, qui rivalisent avec celles du Périgord. |
Conclusion. — Mises en valeur depuis des temps fort anciens, grâce à leur fertilité naturelle, les plaines calcaires ont atteint les premières leur complet développement agricole. Aussi n’ont-elles pas vu s’accomplir sur leur sol des transformations
aussi profondes que celles qui ont atteint les brandes ou le marais. De bonne heure des cultures riches, où dominaient les céréales et surtout la vigne, dont les produits étaient destinés en grande partie à la distillation, ont répandu le bien-être dans l’ensemble de la population, qui sut encore tirer profit de l'élevage très rémunérateur des mulets. De nos jours la ruine du vignoble par le phylloxera est venue tarir la principale source de revenus des cultivateurs de la plaine. Mais ceux-ci, sans se décourager, se sont montrés ingénieux dans leur lutte contre la mauvaise fortune ; ne pouvant plus être vignerons, ils se sont improvisés éleveurs et industriels. En même temps l'esprit d'association qui était en germe parmi eux, comme va nous le montrer l’histoire du desséchement du marais, a pris un essor soudain, assurant le succès des nouvelles entreprises. Grâce à leur initiative et à leur activité, ils ont pu pallier les effets de la crise viticole, et ils ont si bien réussi qu'ils ont entrainé à leur suite le reste du Poitou et conquis une partie du marché français.
1. Exportation annuelle des oies : Poitiers, 85.000 ; Châtellerault, 70.000 ; plaine de Neuville, 12.000 Chauvigny, #.000, (Notice citée.)