Inem. Zbidem, p
Ce qui distingue l’œuvre accomplie au dix-septième siècle de celle du treizième, c'est qu’elle a été l’objet d'un plan mûri à l’avance; rien de pareil n'apparait chez les premiers dessiccateurs, qui ont juxtaposé et parfois recoupé leurs canaux sans trop se préoccuper de l’ensemble; ils avaient surtout en vue les intérêts particuliers. Au dixseptième siècle il n’en est plus de même; les conceptions s'élargissent, elles embrassent l’étendue entière du marais, c’est l'intérêt général qui est en jeu. Le mode d’exécution diffère aussi. Les canaux tracés par Siette et Strada ont une allure géométrique :, ce sont des lignes droites, tandis que leurs ancêtres du treizième siècle étaient parfois irréguliers dans leur dessin, comme le canal des Cinq-Abbés. L'art de l'ingénieur avait fait de grands progrès dans l'intervalle des deux époques, et c’est ce qui explique qu'il suffit de quelques années pour restituer à l’agriculture les terrains qui lui avaient été soustraits par trois siècles d'incurie.
Depuis la fin du dix-septième siècle, une série de travaux exécutés tant dans l’intérieur du marais que sur la côte ont permis d'accroître considérablement le domaine des terres cultivées. Par la construction de digues, on a restreint l’étendue des zones inondées par la Sèvre et ses affluents. Sur la rive droite de la Sèvre, le canal de Vix, qui part de la Grande-Bernegoue, village situé sur l’Autise à 1.500 mètres de son confluent avec la Sèvre, longe le fleuve jusqu’à l'Anse du Brault pendant 20 kilom. Il est flanqué du contrebot de Vix, qui le met à l'abri des débordements de la Sèvre. Au nord du canal de Vix, et couvergeant avec lui vers le Brault, le canal du Marais Sauvage égoutte les terres du marais de Marans, qu'une digue allant de Vouillé au hameau du Gouffre protège contre les crues de la Vendée. Le marais de Vix en est à son tour isolé par une autre digue qui joint l’île Delle à l'extrémité de l’ile du gué de Velluire, au lieu dit le Rocher. La dérivation de l’Autise, dite canal de la jeune Autise, qui en traverse la partie orientale, est enfermée depuis Maillezais jusqu’à Maillé entre deux levées, dont l’une, celle de la rive droite, a son origine au village de Doix.
Sur la rive gauche de la Sèvre, les marais de Tangon-la-Ronde ont été isolés du fleuve par une digue qui commence un peu à l’est de l’île de la Ronde, suit en gros les détours de la Sèvre et finit à Marans. Leur collecteur principal est le canal de la Banche, qui les traverse d'est en ouest depuis la Tête-de-Boëre, sur le Mignon, jusqu à Marans, et qui se prolonge au delà jusqu’à l’anse du Brault.
Entre l’île de la Ronde, Saint-Cyr-du-Doret etle marais du Mignon on a commenté, depuis pres de deux siècles, le desséchement d'une vaste étendue de prés mouillés par la construction de la levée de Boëre, entre les Ouchettes, au N. de Saint-Martinde-Villeneuve, et la Tête-de-Boëre; mais l’œuvre reste inachevée.
Du côté de la mer, les gains ont été considérables au cours des deux derniers siè= cles. La digue de Charron, construite à la fin du dix-septième siècle, protège contre les vagues les marais d’'Esnandes et de Charron, partiellement mis en culture. Elle commence sur la Sèvre au passage du Brault, longe le fleuve jusqu’à son embouchure, puis se dirige vers Esnandes en se tenant à une distance de 500 à 600 mètres du littoral actuel. La lenteur du colmatage sur cette partie de la côte exposée aux vents d'ouest n’a pas permis de conquérir de nouveaux terrains depuis sa construction.
Il en va autrement sur la rive N. de la baie d’Aiguillon. Grâce à l'allongement continu de la flèche de l’Aiguillon, le dépôt du bri y est très actif, et le recul de la mer rapide; aussi les digues s’y succèdent-elles en grand nombre. A la Vieille-Digue, élevée vers 1655 entre l’Anse du Brault et l’Achenal de Luçon, a succédé en 1771 une nouvelle digue qui s’amorce sur la précédente au lieu dit le Rocher, suit la rive droite de la Sèvre jusqu’à l'embouchure et, faisant un angle droit au N.-W., gagne l’Achena] de Luçon aux portes de la pointe aux Herbes. Vingt ans plus tard, en 1791, on la pro. longea jusqu'au Chenal Vieux en enfermant au sud le marais de Triaize. À l’ouest du Chenal Vieux, le marais de Saint-Michel fut d'abord partiellement défendu par la digue des Habitants, puis d’une façon complète par la Levée du Limousin, qui joignit le Chenal Vieux aux dunes de l’Aiguillon. Ce même marais s’accrut au cours du dix-neuvième siècle de nouveaux terrains soustraits aux menaces de la mer, par la construction d’une série de digues s'appuyant à l’île de la Dive et à la flèche de l’Aiguillon, digues de la Dive, de Jabrée, de Gralle et de Malakoff, ces trois dernières élevées entre 1845 et 1856, digues de la Marmelade et du Petit-Borgne, le long du chenal de la Raque. Entre le Chenal Vieux et le canal de Luçon, trois digues se succédèrent sur le bord même de la mer en 1824; en 1852 et en 1889. Une seule a été construite depuis le dix-huitième siècle à l’est du canal de Luçon; élevée en 1873 et 1874, elle n’est distante que d’un demi-kilomètre en moyenne de celle construite un siècle auparavant. Les gains de la terre ferme sont insignifiants de ce côté.
Telles ont été, dans leurs grands traits, les différentes phases du desséchement du Marais. Le treizième siècle a vu soustraire aux eaux stagnantes et mettre en culture la presque totalité de l’espace compris entre la mer, la plaine de Luçon, le cours de la Vendée, l’île de Marans et l’Aunis, c’est-à-dire le marais occidental. Le dixseptième siècle a réparé les ruines accumulées durant la guerre de Cent ans et les guerres de religion; il a moins innové que rétabli l’état de choses antérieur, en profitant des progrès faits dans l’art des ingénieurs et en substituant un plan d'ensemble à une méthode décousue. C’est aux deux siècles suivants que reviennent le desséchement de la plus grande partie du marais oriental et la conquête des terrains progressivement abandonnés par la mer en bordure de la baie d'Aiguillon. L'œuvre reste incomplète, de vastes étendues sont encore le domaine de l’eau dans les marais du Mazeau et de Mauzé, dans ceux de Velluire et de Luçon. Ce sont les marais mouillés.
Le sol et les cultures du marais desséché. — Les terres du marais desséché n’ont pas partout le même aspect ni la même composition. Dans la moitié occidentale, à l’ouest de la Vendée, c’est surtout le bri qui domine, terre argilo-calcaire bleuâtre dont l'épaisseur varie de 5 à 20 mètres et qui devient très riche en coquilles au delà d’un mètre ou deux de profondeur. En surface, le bri affleure souvent sans aucune couverture de terre végétale; c’est le cas dans les marais de Saint-Michel et dans les laisses récemment desséchées du pourtour de la baie d’Aiguillon. Dans les parties plus anciennement abandonnées par la mer et sur lesquelles les eaux douces ont fait un séjour prolongé, il s’est constitué, par les apports des crues des rivières et par la
décomposition des végétaux qui vivaient dans le marais, une couche de terre végétale dont l'épaisseur va en général en augmentant vers l’est; néanmoins elle n’atteint parfois que 10 ou 15 centimètres et elle dépasse rarement un pied. La composition chimique est très variable; le calcaire, formé de particules agglomérées faciles à dissocier, se présente dans Jes proportions de 6 à 18 pour cent, selon les endroits'. Une analyse faite dans les terres de la ferme de Pétré, près de Luçon, a donné les résultats suivants : chaux, 104 p. 1.000; azote, 3,9 p. 1.000 ; acide phosphorique, 0,77 p. 1.000; potasse, 2,37 p. 1.000?. Les quantités de chaux et d’azote sont assez fortes, mais celles d'acide phosphorique et de potasse sont insuffisantes. L'eau entre encore pour une part notable, 73 p. 1,000, dans la composition de ce sol et par sa présence permanente exerce une action évidente sur la marche de la végétation. ;
: Pour éviter, dans la mesure du possible, l'inconvénient qui résulte de cet excès d’eau, les cultivateurs divisent leurs champs en planches larges de 1 à 2 mètres seulement, séparées par des sillons profonds de 10 à 20 centimètres qui assurent le drainage du terrain. Malgré sa réputation de fertilité inépuisable, la terre de bri a besoin d'engrais pour donner de façon continue de belles récoltes, non seulement en céréales, mais aussi en fourrages. Les phosphates sont utiles dans les parties insuffisamment riches en acide phosphorique, et la chaux est nécessaire sur nombre de points où elle fait presque complètement défaut. Les huîtres des buttes coquillières de Saint-Michelen-l’'Herr: servent depuis longtemps aux cultivateurs de la région pour amender leurs champs*. Ce n’est que sur les lais de mer récemment mis en culture que l’on peut obtenir sans engrais une série de récoltes de 40 hectolitres de blé à l’hectare, mais dans les marais depuis longtemps cultivés la moyenne ne dépasse pas 15 hectolitres à l’hectare‘. C’est un chiffre très voisin de celui que donnent les plaines calcaires.
Jusqu'au dix-neuvième siècle on a observé dans le marais les mêmes usages agricoles que dans le reste du Poitou. Comme on cherchait avant tout à produire du grain, l'assolement comportait une année de froment, une année d'orge de mars et une de jachère; les céréales occupaient une moitié du terrain, les fèves l’autre moitié; un dixième seulement était mis en prés. Il y aurait eu avantage à remplacer la jachère par une culture, mais la coutume imposait son emploi, qu'il fût justifié ou non. De nos Jours l’assolement suivi est encore à peu près le même; après une année où la terre est laissée en guérets ou semée en fèves, on sème du froment auquel succède, la troisième année, de l'orge d'hiver ou de l’avoinef. Les labours sont en général insuffisants, bien que la plupart des exploitations disposent d’un matériel moderne. La plupart du temps on n'effectue qu’un seul labour, en évitant avec soin d'entamer le bri
Wersc. Bull. S. C. G., n° 115, p. 44.
RisLeR. Géologie agricole, IV, p. 283.
. Renseignement communiqué par M. Brunet, fermier à Saint-Michel. . RiscEr. Ouvr. cité, IV, p. 285.
. DE Dienxe. Ouvr. cité, p. 103-106.
. RisSLER. Ouvr. cité, p. 285.