‹ Les Plaines du PoitouChapitre 106 sur 132 · Riscer, IV, p. 289. — DE DrEnNE. Desséchements, p · texte numérisé non relu

Riscer, IV, p. 289. — DE DrEnNE. Desséchements, p

5. Nous n'insistons pas ici sur l’industrie laitière et l'élevage des porcs, qui ont été traités dans le chapitre précédent.

un dépôt d’étalons mulassiers au Langon, à la lisière du Marais. Les poulains sont élevés aussi bien dans la plaine que dans le Marais. Chaque année, les producteurs de la région vendent environ 700 à 800 chevaux de cette race!.

Le nombre des demi-sang est plus considérable que celui des chevaux de gros trait. Les besoins de la remonte militaire ont beaucoup fait pour le développement de ce type, qui est de date récente dans la contrée et qui a profité du voisinage du dépôt de remonte de la Roche-sur-Yon: On pratique cet élevage surtout dans les marais de Tangon et de Courçon, d’une part, dans ceux qui bordent la plaine de Luçon, de l’autre. Les chevaux proviennent pour partie du pays, pour partie de la plaine de Tarbes. On achète des poulains à Tarbes et à Bidache, dans les Hautes-Pyrénées, ainsi qu'à Tonneins, dans la vallée de la Garonne. Transportés dans les pâturages du Marais, où ils passent tout l'été, ils y prennent plus de corps que dans leur pays d’origine, leur taille s'accroît, leur squelette se développe davantage, probablement parce qu’ils trouvent une nourriture plus substantielle. Les proportions assez élevées de chaux et d’acide phosphorique qui se rencontrent dans certaines parties du sol du Marais ne paraissent pas y être étrangères. Marans, Luçon, Nalliers et Fontenay-le-Comte sont les principaux lieux de vente des chevaux de trois ans destinés à la cavalerie, et en plus petit nombre à la carrosserie. Angles et Nalliers s’adonnent en outre à l’élevage de poulains destinés à vivre dans des haras ou à devenir des chevaux de courses?. On a créé d’ailleurs dans le marais communal de Lucon, à peu de distance de la ville, un hippodrome où l’on fait courir les chevaux élevés dans la contrée.

Tous ces animaux, bœufs et chevaux, vivent en liberté dans le Marais. On les y amène au printemps, lorsque les eaux se sont retirées, et ils y restent jusqu’à la fin de la belle saison, sans rentrer à l’étable ou à l'écurie. On va traire les vaches dans leurs pacages, parfois situés à un ou deux kilomètres de la ferme. C’est un spectacle original que celui de ces troupeaux disséminés à perte de vue dans des prés sans fin, où ils sont abandonnés à eux-mêmes pendant six mois de l’année, menant une vie demi-sauvage. Parmi les bœufs qui ruminent couchés dans l'herbe galopent des chevaux faciles à effaroucher, qui font jaillir sous leurs sabots l’eau qui imprègne encore la prairie. C’est dans ces grands marais communaux, dans celui de Luçon, par exemple, le plus vaste de tous, qu’on éprouve l'impression la plus nette et la plus forte que puisse procurer cette contrée si spéciale, qui ne ressemble à rien de ce qui l'entoure.

De toutes les régions du Poitou, le Marais est celle qui a subi, du fait de l'intervention humaine, la transformation la plus complète. Par son ingéniosité, son patient travail et sa persévérance, l'homme est arrivé à conquérir sur le marécage plus de 40.000 hectares de terres très fertiles, qu’il a mises en cultures et qu'il a réussi à défendre à la fois contre le débordement des rivières et les retours offensifs de la mer. Il a dépensé plus de peine et de travail dans cet aménagement d’un sol vierge qu’en

2, Ibidem, 11, p. 106 et 521-522.

n'importe quelle autre contrée du Poitou, mais il en a aussi retiré des bénéfices plus considérables qu’en aucune autre région du même pays. Sur le même sol, dans une même propriété, il a pu combiner à la fois la culture des céréales et la culture maraîchère, l'élevage du bœuf et celui du cheval, et trouver dans l’industrie laitière une source nouvelle de revenus. Les plaines poitevines offriraient-elles un seul exemple d'une aptitude pareille du sol à se prêter à toutes les productions possibles indifféremment? Et quelle contrée a plus évolué dans un espacé de temps aussi court ?

Page 1