TE D D
(er)
population, qui est exclusivement agricole; à Neuville et aux environs, il approchait de # pour cent'. Après la période de gène qui a suivi l'invasion du phylloxera, les petits propriétaires se retrouvent de nouveau dans une situation satisfaisante, grâce aux progrès accomplis dans les méthodes de cultures et aux débouchés nouveaux offerts par l'industrie laitière, dont ils sont les principaux bénéficiaires.
La grande propriété. Très divisée dans les contrées qui pratiquent depuis longtemps les cultures riches, la propriété l’est beaucoup moins dans celles où dominent les terres de qualité moyenne, consacrées aux céréales et aux prairies, et surtout dans les régions récemment conquises à la culture. La moyenne propriété, celle qui mesure de 10 à 40 hectares, est particulièrement répandue dans les terres rouges à châtaigniers, ainsi que dans les plaines de Niort et de Luçon; dans les anciennes brandes et dans le marais, elle cède le pas à la grande propriété. Celle-ci, avec une étendue moyenne de 108 hectares par exploitation, occupe à elle seule la moitié du département de la Vienne?. Mais ces vastes domaines sont loin d'être entièrement en cultures ; les bois en occupent une bonne part, souvent la moitié. Les 1.000 hectares de la forêt de Scévolle, sur les bords de la Briande, en Loudunais, appartiennent à un seul propriétaire. Dans l’espace compris entre Pleumartin, la Trimouille et Civray, les brandes ne manquent pas, non plus que les pâturages à moutons, malgré les progrès quotidiens des défrichements. Les très grands domaines renferment une forte proportion de terres incultes, ce qui fait que leur valeur n’est pas en proportion directe de leur étendue. On ne saurait les mettre en parallèle avec ceux de la Beauce, de la Brie ou de la Normandie.
Le mode d'exploitation varie avec la surface de la propriété. Jusqu'aux environs de 30 ou 40 hectares, les domaines sont en général cultivés directement par le propriétaire, avec l’aide de domestiques et de journaliers ; mais il n'est pas rare non plus de rencontrer des fermes ou des métairies de cette étendue. Celles-ci deviennent le mode d'exploitation normal de la grande propriété?.
Les fermes. Le fermage domine dans les régions riches de culture intensive, régions de grande production du blé, des fourrages artificiels et des graines, telles que les plaines de Neuville et de Loudun, les environs de Poitiers, la plaine de Couhé et de Civray*. Il se conclut d'ordinaire par bail de neuf ans; il est rare qu'il comporte une longue durée, et souvent il est plus court. Une clause fréquemment introduite stipule
1. fbidem. — Les valeurs indiquées dans BAuDRILLART, les Populations agricoles, p.218, sont très exagérées.
2. 325.330 hectares sur 666.700 (LARVARON, Æconomie rurale).*
3. Nous ne pouvons donner les proportions relatives des divers modes d'exploitation, à cause des erreurs des statistiques, qui sont énormes. Un tableau de la statistique de 1892, consacré au classement des propriétés suivant leur étendue, donne 666.700 hect. pour l’ensemble du territoire cultivé de la Vienne, et un autre, consacré aux modes d'exploitation, donne 545.100 hect. seulement. L'erreur qui est de 121.600 hect., paraît porter surtout sur le métayage.
4. LARVARON. Æconomie rurale. — Nous manquons de données précises pour le reste du Poitou.
que le fermier peut faire cesser le bail à toutes les périodes triennales, sans que le propriétaire jouisse de la même latitude. Un certain nombre de droits d’usage sont reconnus au fermier, qui peut prendre dans les bois, lorsqu'il en existe, des herbes pour faire des litières et la quantité de combustible nécessaire à son chauffage. Les branches des arbres isolés taillés en têtards sont aussi sa propriété, et il doit en faire la coupe tous les 7 à 9 ans. C’est un revenu appréciable dans les contrées où les champs sont entourés de haies plantées de chènes, de frênes ou d’érables. Il arrive fréquemment que le bétail de la ferme appartienne en entier au propriétaire ; dans ce cas, on € nfai t une estimation à l'entrée du bail et une autre à la sortie; si l’on constate un accroissement de la valeur, le fermier sortant en bénéficie, de même qu'il doit parfaire la moins-value, au cas où elle existerait. L'intérêt évident du fermier est d'apporter tous ses soins au troupeau en l'améliorant de son mieux, puisqu'il y trouve un bénéfice net, et le propriétaire de son côté n’est pas exposé à subir de perte d'argent. Dans le département de la Vienne, le prix du fermage varie, suivant la valeur des terres, de 30 à 60 francs l’hectare, ce qui fait un revenu généralement inférieur à 3 pour cent.
Les métairies. — Dans les régions de culture extensive, principalement dans les anciennes brandes, où l'élevage se développe rapidement de nos jours, c’est le métayage qui domine. Cette forme d'exploitation, qui paraît être la plus ancienne en Poitou, s’y est conservée à cause de l’étendue même des propriétés, dont la mise en valeur exige des capitaux beaucoup trop importants pour être fournis, même en partie, par un fermier. Les paysans poitevins ne disposent en effet que de ressources mobilières assez restreintes, ce qui s'explique par le développement tardif de l’agriculture, et ils ne peuvent engager que de petites sommes à la fois. Avec le métayage, les avances d'argent à faire par le preneur sont réduites au minimum. La première mise de fonds est faite par le propriétaire, à qui appartiennent tous les animaux, le matériel d’exploitation, les pailles, les fourrages, les fumiers. Quand le métayer contracte son bail, ils sont l’objet d’une estimation qui est renouvelée à la sortie de bail ; les bénéfices et les pertes sont alors partagés par moitié entre le propriétaire et son métayer. C’est celui-
qui fournit la main-d'œuvre ; il engage et paye entièrement à ses frais les domestiques et les journaliers employés d’une façon régulière. Lorsqu'il lui faut faire appel à une main-d'œuvre supplémentaire pour faucher les prés, faire la moisson et battre le grain, le salaire des ouvriers agricoles employés à cette occasion est le plus souvent à la charge du propriétaire, le métayer ne leur doit que la nourriture. Dans les terres de brandes, qui ont besoin d’amendements calcaires et d'engrais en grande quantité, c’est le propriétaire qui supporte les frais d'extraction ou d’achat de la marne, de la chaux et des engrais chimiques; le rôle du métayer se borne à faire les charrois et à épandre les produits sur le sol. Les diverses dépenses auxquelles il est astreint ne demandent donc que des capitaux médiocres. Un premier fonds de roulement de 2,000 francs a suffi pour mettre en valeur une propriété de 73 hectares aux environs
1. Ces détails, ainsi que ceux sur le métayage, sont empruntés à LARVARON, ouvr. cité. > Q
de Couhé!. Tous les produits de l'exploitation sont partagés par moitié, excepté ceux qui proviennent du jardin maraïîcher, dont le métayer et son personnel ont la jouissance complète. Souvent on fixe pour toute la durée de l’année le nombre de volailles et la quantité de beurre ou de fromage que doit fournir le métayer ; c’est un vieil usage qui s’est maintenu jusqu’à nos jours et qui s'explique par la difficulté qu’aurait le propriétaire à surveiller l’effectif de la basse-cour et la production du lait. Enfin, le métayer jouit des mêmes droits d'usage que le fermier en ce qui concerne l’élagage des haies et la coupe des brandes.
Dominant dans les régions d’anciennes brandes de la Vienne, le métayage est encore répandu aux alentours de Poitiers et de Civray, où il balance le fermage?, ainsi que dans les Deux-Sèvres. Dans les pays de plaines calcaires, il tend à perdre du terrain, parce que les domaines y sont moins étendus et que le sol y est plus riche. Le morcellement de la propriété, qui va s’accentuant chaque jour par la voie des héritages et aussi par les achats de terres faits par les paysans aisés, commence à le menacer. Mais sur le sol pauvre de la brande, ou encore sur les terres rouges à châtaigniers qui ont besoin d’être fortement amendées, ce qui exige de grosses dépenses, il semble bien que les métairies aient encore de longs jours à subsister.
La main-d'œuvre. — Qu'il s’agisse d’une petite ou d’une grande propriété, que son possesseur la fasse valoir lui-même ou bien qu’il l’afferme, son exploitation nécessite un personnel de domestiques ou de journaliers en nombre variable, suivant l’étendue et la nature des cultures. Celle de la vigne notamment exige une main-d'œuvre plus considérable que celle des céréales ou des prairies artificielles ; c'est ce qui fait que, dans les régions de petite culture, il n’est guère de propriétaire qui puisse se passer de l'aide d'ouvriers agricoles. Les plus nombreux sont les domestiques à gages, attachés à l'exploitation pour un temps donné, soit pour toute l’année, soit pour un semestre. Logés et nourris, ils reçoivent un salaire variable avec l’âge et le sexe; audessous de dix-huit ans, un jeune garçon reçoit de 150 à 200 francs, une jeune fille de 80 à 120 francs; un homme adulte est payé de 300 à 400 francs, une femme de 150 à 200. Dans les pays de vignobles, où le travail est plus fatigant et plus difficile aussi par les soins que demande la vigne, ces prix sont augmentés d’un quart : un vigneron peut gagner 500 francs. Le domestique de ferme a une vie relativement aisée; il mange presque toujours à la table du fermier, plus souvent encore à celle du métayer. La nourriture des uns et des autres est très simple; le pain de froment, les pommes de terre et les haricots, appelés pois dans le pays, en constituent la base, avec le porc salé ; les légumes et le fromage viennent s’y ajouter. La viande de boucherie ne paraît guère qu'une ou deux fois par semaine sur la table, les volailles moins souvent encore, car on préfère les vendre au marché*. L'usage du vin est moins général que celui de