WeLscu. Bull. S. C. G., n° 105, p
2 et 3: Ip. Zbidem, p. 37.
4. Ip. Zbidem, p. 34-37. — L'oxfordien (J?) de la Dive a été porté comme corallien (J#) par Bois-
sellier sur la feuille de Fontenay.
La plaine du Talmondais se présente donc, à l'instar de celle de Fontenay, comme un gradin affaissé au sud.
Quant au pertuis Breton, bras de mer orienté N.W.-S.E., large de 12 kilom. et long de 30, il possède des fonds très accidentés. Son entrée, du côté de la haute mer, est barrée par le banc rocheux du Grouin du Cou, crête étroite, recouverte de moins de 10 m. d’eau, allant se relier à la pointe des Baleines, dans l’île de Ré, par un plateau de roches situé à moins de 20 m. de profondeur.
Au N. du banc se creuse une dépression elliptique qui atteint 23 m. au point le plus bas. Le pertuis lui-même offre de grands contrastes: entre la pointe du Grouin, la rade de Saint-Martin-de-Ré et le continent, c’est-à-dire sur les deux tiers environ de son étendue, les fonds ne dépassent pas 10 m. et sont en général de moins de 5 m. Par contre, sur la bordure N. de l’île de Ré, s'enfonce brusquement la fosse de Chevarache.
Fosse de Chevarache. — C’est un sillon de 20 kilom. de long, de 3 kilom. de large en moyenne, avec une orientation W.N.W.-E.S.E. La profondeur est partout supérieure à — 20 mètres. Il se décompose en deux fosses, occidentale et orientale, séparées par un seuil de —24 m., où se sont accumulés le sable et la vase. La fosse occidentale, au N. de la pointe des Baleines, atteint — 39 m.; la fosse orientale, au N.-E. des Portes, descend à — 62 m. C’est la plus intéressante. Le flanc sud se dresse en un abrupt sous-marin, incliné de 72° et atteignant 50 m. de hauteur; sur le flanc nord, les pentes sont de 2 à 3 degrés seulement. La dissymétrie est complète; on a là un type parfait de fosse monoclinale. Quelle peut être l’origine de ce remarquable accident sous-marin ? Faut-il l’attribuer à une flexure de la croûte terrestre, ou bien à l'érosion, ou bien aux deux ordres de phénomènes combinés? L'étude géologique permettra, semble-t-il, de donner une réponse plausible.
D'une part, dans l'ile de Ré, à la pointe de Lizay, affleurent les bancs supérieurs des calcaires séquaniens, avec un facies oolithique ; d'autre part, les marnes oxfordiennes constituent la pointe du Grouin du Cou, éloignée de 10 km. seulement au N. Dans l'île de Ré, le séquanien est presque horizontal, son prolongement au sud n'atteint guère que 0°40'!; sur le continent, entre Saint-Vincent-sur-Jard et le Grouin du Cou, les assises paraissent inclinées de 0° 30/ environ. Comme l'épaisseur totale des couches comprises entre le séquanien oolithique de Lizay et l’oxfordien paraît dépasser 200 m.?, et que la distance entre ces deux points atteint à peine 10 kilom., le pendage des couches, si l’on suppose qu’elles se raccordent sans faille, serait d'au moins 2°, c'est-à-dire trois à quatre fois plus fort qu’au N. et au S. On aurait alors affaire à un pli monoclinal. Nous croyons plutôt à l'existence d’une faille, avec rejet au sud, à causé de l'existence de l’abrupt sous-marin, d’allure si rectiligne, qui borde au S. la fosse de Chevarache. On vient de voir que la région du Marais et l'Aunis offrent des
1. Ce chiffre n’a rien d’absolu; l'épaisseur des couches n’est connue que très approximativement, el elle est variable. Nous avons suivi les évaluations de Boissellier (notice de la Rochelle, f. 151-152). 2. Manës. Description géolog. Charente-Inférieure, p. 96. — Borssezuier, Notice de la feuille de la Rochelle (152).
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accidents analogues, toujours avec rejet au sud. C’est une structure commune à toute la côte.
Toutefois la tectonique ne suffit pas à expliquer à elle seule la forme de la fosse de Chevarache; si celle-ci avait uniquement pour origine la faille dont il vient d'être question, la dissymétrie des versants serait inverse de celle qu’on observe: la falaise devrait se dresser sur le flanc nord, et non sur le flanc sud. La disposition actuelle dénote avec évidence l'intervention de l'érosion, qui a eu à tenir compte du degré de résistance des roches. Le relief que devait former dans l’origine la partie anticlinale de la flexure a disparu, et s’est trouvé remplacé par un creux. C’est une conséquence probable des différences de nature du sol; tandis que le séquanien oolithique de la pointe de Lizay constitue une couche résistante, le corallien et l’oxfordien qui lui succèdent au N. sont, au contraire, représentés par des marnes feuilletées très délitables. Une fois la couverture de calcaire séquanien supérieur enlevée au N. de la faille, ces marnes ont offert une proie facile à l'érosion, qui les a entamées plus vite que les bancs oolithiques et coralligènes de l’île de Ré. Il en est résulté une inversion de relief. I} est hors de doute qu'une semblable transformation topographique n’a pu s'effectuer qu’à l’air libre, par le jeu de l'érosion subaérienne et au cours d’une période continentale d'assez longue durée, dont l’âge géologique reste d’ailleurs totalement inconnu. L’accumulation des vases sur les fonds du pertuis ne permet pas de se rendre compte de l'étendue réelle de la dislocation de Chevarache, qui doit se prolonger assez loin à l'est et à l’ouest. Il semble bien qu’elle se continue à l’est par le groupe des trois petites fosses qui se succèdent à 21, 22 et 26 m. de profondeur, en bordure du Rocha, prolongement sous-marin de la pointe de Loix. Elles s’alignent dans l’axe de la fosse principale, et les seuils vaseux qui les isolent les unes des autres sont d’origine assez récente. Adossées au S. à une falaise rocheuse, elles répètent l'allure de la fosse de Chevarache, dont elles ont dù faire partie intégrante avant l’envasement du pertuis.
Si la relation de tout ce système de fosses avec la faille de Chevarache nous apparaît comme vraisemblable, nous sommes toutefois moins fixé sur l’origine de l'espèce d’entonnoir qui se creuse à — 62 m. au milieu même de la dépression, au pied de la falaise. On ne saurait le considérer comme le résultat d’un affaissement subséquent, en forme d’ombilic, des couches déjà érodées, ce qui compliquerait sans preuves suffsantes la tectonique locale; on est donc ramené à invoquer l'érosion. Ici commencent les difficultés. Sont-ce les eaux fluviales, ou bien la mer, qui ont creusé ce trou parfaitement régulier, en demi-ellipse? En faveur de la première hypothèse, on peut faire valoir la présence de la falaise sous-marine, qui rappelle tout à fait les formes ordinaires de la topographie due à l'érosion subaérienne; mais une objection grave se présente : comment les cours d’eau auraient-ils pu approfondir ainsi une vallée à plus de 30 mètres au-dessous du niveau de base ? Car les pertuis sont fermés à l’ouest par un seuil rocheux qui ne s’abaisse nulle part au-dessous de — 25 mètres. L'hypothèse du creusement par les eaux fluviales offre donc une grande invraisemblance. Faut-il y voir l'œuvre de la mer, qui, envahissant une vallée déjà façonnée par des cours d’eau, l’aurait ensuite affouillée par un mouvement local tourbillonnaire des courants de marée?