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II. — Le modelé de la côte. — Érosions et alluvions

Préparée par des influences profondes, d'ordre tectonique, la topographie de la côte n’a acquis son modelé actuel qu’au prix de longues vicissitudes, marquées tour à tour par des périodes d’érosion, des transgressions marines et des phases de comblement plusieurs fois répétées. Cette évolution est particulièrement marquée dans le Marais poitevin, où, grâce aux témoins qui en subsistent, on peut la suivre de bout en bout. Aussi l’étude détaillée du Marais nous éclairera-t-elle sur l’histoire de toute la côte.

Le Marais. — Le Marais, prolongement oriental du pertuis Breton, dont il n’est séparé que par un cordon de dunes, couvre une superficie d'environ 50.000 kilom. carrés. Sa forme effilée vers l’est résulte, on l’a vu, de la direction des failles bordières qui convergent vers Niort. Encadré au N. par la plaine de Luçon, au sud par celle d’Aunis, il offre une vaste étendue plate, parsemée de buttes appelées fles dans le pays. Il est ouvert dans les calcaires marneux du callovien, de l’oxfordien et du corallien (ou rauracien); les bancs les plus résistants du callovien ont constitué sur la lisière N. un archipel auquel fait face, en bordure de l'Aunis, un chapelet d’ilots coralliens. Les couches tendres ont disparu, en particulier les marnes oxfordiennes, dont il ne subsiste plus que de minuscules lambeaux. L’anticlinal de l’île Delle a été notamment la proie de l’érosion; c’est sur son emplacement que l’on constate la plus grande épaisseur de bri, et le cours de la Sèvre s’est établi sur son axe même : nouvel exemple de la transformation d’un anticlinal en vallée d’érosion.

Erosions et alluvions pliocènes. — C’est au pliocène que remontent les plus anciennes traces de l’activité des cours d’eau qui ont peu à peu démantelé la région du Marais!.

Dans la traversée de la plaine de Luçon, les coteaux qui bordent les vallées du Lay et de la Vendée sont recouverts sur les deux rives de nappes de sables et de cailloux roulés qui ont nettement le caractère d'anciennes alluvions fluviatiles. Ces sables, aujourd’hui décalcifiés et composés seulement d'éléments siliceux, descendent suivant

1, La mer miocène n’a pas alteint la région qui nous occupe.

une pente régulière depuis la lisière du Bocage jusque dans le Marais. Sur les bords du Lay on les trouve aux cotes 45 m. à la Billerie (2 kilom. N.-E. de Mareuil), à 43 m. à Beaulieu, près Mareuil; leur altitude décroît sur la rive gauche jusqu'à la cote 26 m. à Saint-Denis du Payré, à la limite du Marais. Sur la rive droite, ils occupent autour de Saint-Cyr-en-Talmondais la surface de la plaine entre 20 et 30 m., et à la ferme de Beauvoir (1 km. S.-W. de Saint-Cyr) ils renferment des débris de Pectens!. Sauf sur ce point, où ils ont peut-être une origine marine, et encore se peut-il qu'il y ait eu remaniement d’un dépôt plus ancien, on peut les regarder comme le produit exclusit d’apports de rivière; ils sont identiques à ceux qui accompagnent aux mêmes altitudes la vallée de la Vendée entre Fontenay et le gué de Velluire. Dans l'intervalle des deux vallées on les rencontre par plaques isolées à la surface de la plaine de Luçon, ou bien effondrés dans des poches du jurassique, comme aux Magnils et à Beugnél'Abbé, près de Lucon?. Ils se sont jadis étendus sur une grande partie, sinon sur la totalité de l'emplacement du Marais, où on les retrouve au sommet de quelques îles : d’abord au débouché de la vallée de la Sèvre, à Sansais (31 m.), à Gloriette (28 m.), à la Garette (30 m.), puis à l'extrémité de la vallée de la Vendée, à Vix (34 m.) et à l’île Delle (27 m.), enfin à Saint-Michel-en-l'Herm (10 m.), où ils sont effondrés en poches dans le callovien$. Ils font complètement défaut au sud, dans la plaine calcaire d'Aunis. La répartition de ces divers lambeaux, aujourd'hui séparés par de grandes distances, montre qu’ils ont appartenu primitivement à une nappe continue de graviers apportés par la Sèvre, la Vendée et le Lay; les altitudes sont toutes concordantes entre elles, et de même que l’on peut suivre les lits de cailloux roulés le long de la Vendée et du Lay, de même on les retrouve dans les boucles de la Sèvre en amont de Niort, vers 46 m. d'altitude, autour de Siecq. La vallée de l’Autise les montre à 54 m. entre Ardin et Saint-Pompain#, et ici encore il y a concordance topographique.

Il semble qu’on puisse raccorder ce système de terrasses, le plus ancien de la région, avec les graviers et les cailloux roulés qui, à Chantonnay, vers 70 m. d’altitude, ont livré une dent d’Ælephas meridionalis®. Ce serait donc du pliocène supérieur. Il est à remarquer que cette terrasse, qui est culminante dans le Marais et le long du cours inférieur du Lay et de la Vendée, s’encaisse sensiblement dans la vallée de la Sèvre, marquant ainsi une étape du creusement, qui avait déjà débuté avant la fin du pliocène. À Chantonnay, les graviers à Ælephas meridionalis sont à 30 m. environ en contre-bas des plateaux. On doit en conclure que dans le Bocage

1. BorssezLier. Notice de la feuille de Fontenay. — M. Vasseur (Dépôts marins pliocènes en Vendée, p- 1230) avait pensé pouvoir rattacher au pliocène des sables rubéfiés et décalcifiés, avec empreintes de Pholas dactylus, qu’il a découverts en 1887 à la butte de Fontaine (36 m.), près de Talmont, reposant sur le jurassique. M. Wecson (Bull. S. C. G., n° 110, p. 45) les considère comme beaucoup plus anciens et comme provenant de la décomposition du jurassique. Leur aspect est tout différent de celui des sables de Beauvoir.

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