‹ Les Plaines du PoitouChapitre 25 sur 132 · IE SP TE MINI SMDIEMEIOINMIOIU · texte numérisé non relu

IE SP TE MINI SMDIEMEIOINMIOIU

n'en voulons pour preuve que les roches de la Tranche et de la pointe du Grouin du Cou.

Le banc de même nom, dont elles décèlent la présence, dessine une crête de 500 à 2.000 mètres de largeur, immergée sous 5 à 10 mètres d’eau à basse mer et formant le prolongement exact du chapelet d'îles égrené à travers le Marais par Chaillé et Saint- Michel-en-l’'Herm. Dans le Marais lui-même, M. Welsch a signalé toute une série d’ilots calcaires qui affleurent au ras du brit et qui ont tout l'air d'être d'anciens récits arasés par les vagues.

Colmatage du Marais par le bri. — Pourtant ce n’est pas dans le sens de l'érosion que s’est exercée l’activité principale de la mer; elle a surtout accompli une œuvre de colmatage, elle a comblé progressivement le golfe qu'elle avait envahi, le restituant peu à peu à la terre ferme, Commencée depuis des siècles, l'œuvre est loin d’être terminée; elle continue encore sous nos yeux. L’immense coulée de sable et de vase qui débouche sans trêve de la Gironde pour être entraînée par le courant littoral vers la côte de Vendée, lui a fourni d’inépuisables matériaux*?.

Ilse déposa d’abord surtout des sables, qui, joints aux galets arrachés aux falaises, ne tardèrent pas à constituer des barrières contre l'énergie destructrice de la mer. Des levées de galets, mélangés de sables quartzeux et d'innombrables amas de coquilles le plus souvent brisées, s'appuient à la côte et aux îles sur quantité de points; elles ont été l’origine d’une série de cordons littoraux sableux qui ont barré des étendues plus ou moins grandes de marais, et que l’on peut reconnaître en différents endroits, formant trois groupes distincts.

Le plus éloigné est représenté par les sables de Fort-Donion, avec Cardium edule et Littorina *; la présence des littorines prouve le voisinage immédiat de la côte. Ce cordon était d’ailleurs appuyé contre un îlot de calcaire oxfordien*, écueil affleurant au ras de la mer.

Un second cordon littoral reliait l'île Delle au gué de Velluire et au rivage méridional de l'île de Vouillé, où l’on suit sa trace jusqu’à la ferme de Malabrie*. On le retrouve à l'ouest à la pointe du Sableau, à la Blanchardière et à l'Autier, près de Champagné, fermant ainsi au sud le marais de Vouillé.

Le troisième cordon commence au Vignaud, hameau au sud de Triaize, et, par le Bourdeau, Saint-Michel-en-l'Herm, la route de Saint-Denis-du-Payré et Grues, atteint l’ancienne falaise du Talmondais à la ferme de la Gravelle, près d'Angles. Au sud de

1'AWELSOR Bu SCC /nl0 p.355 nMlS p.02:

2. On trouvera plus loin (p. 5 et suiv.) l'exposé du mécanisme du colmatage, à propos des transformations actuelles du littoral. Le régime des courants de marée dans les pertuis au début de la dernière transgression nous reste insuffisamment connu dans ses détails ; il a subi depuis cette époque des changements en force et en direction, reconnaissables à certains indices, mais dont la valeur exacte nous échappe. La seule chose certaine, c'est que le flot de marée, venant de l’ouest comme aujourd'hui, pénétrait dans les pertuis chargé des boues de la Gironde, qui s'y décantaient à l’abri des îles et dans les baïes.

3, 4,5. WerscH. Bull. S, C. G., n°115, p. 52-53. — Le fort Donion est écrit d'Oignon sur la carte d'état-major.

la Sèvre, on ne trouve trace de dépôts analogues qu’au pied du coteau de Villedoux, à 4 kilom. de la baie d’Aiguillon.

Il n'est pas toujours aisé de reconnaître ces anciens appareils littoraux; rien dans la topographie ne décèle leur présence; partout de niveau avec le Marais, ils n’esquissent pas la moindre butte à sa surface; c’est seulement par leur nature sableuse et caillouteuse qu'ils se distinguent du bri argilo-calcaire.

Tous ces dépôts, qui ont dû jadis.être continus, sont aujourd’hui à l’état de lambeaux isolés. Au cours des grandes marées ou des fortes tempêtes, la mer n'avait certes pas grand'peine à ronger les flèches de sable qu’elle avait édifiées. Aussi est-ce au voisinage des îles, qui leur servaient de points d'appui, et souvent plaquées sur leurs bords, qu’on les rencontre surtout.

Les deux anciens cordons littoraux qui vont de la Gravelle à Saint-Michel et de Champagné à l’île Delle ont à peu près la même direction générale W.N.W.-E.S.E. que celui qui relie de nos jours Saint-Vincent-sur-Jard à la pointe de l’Aiguillon par la Tranche ; la mer a toujours travaillé sur le même plan. Il ya néanmoins des différences : ainsi les anciens cordons ne paraissent pas avoir porté de dunes, tandis que celles-ci jouent un rôle considérable dans les flèches actuelles, dont elles élèvent de beaucoup le niveau au-dessus des marées, en en faisant un sérieux obstacle aux empiétements possibles de la mer.

À la période des sables, à laquelle appartiennent ces anciens appareïls littoraux, succéda la période du bri, vase argileuse dont le dépôt se poursuit actuellement d’une façon continue dans la baie d’Aïguillon et dans les pertuis. Après avoir commencé par combler le fond oriental du golfe, les atterrissements se sont peu à peu étendus vers l’entrée,, gagnant toujours à l’ouest, mais avec une vitesse inégale, suivant les points. C'est à l'abri des îles et des cordons littoraux qu'ils ont le plus progressé, grâce au calme relatif qui régnait derrière ces digues naturelles. En parvenant dans ces zones de moindre agitation, les boues tenues en suspension dans les eaux se sont déposées plus vite et en plus grande quantité que dans les parties du golfe où se faisaient sentir sans obstacle les courants de marée et la grande houle poussée par les vents d'ouest. L'évolution de la baie d’Aiguillon est tout à fait démonstrative à cet égard.

Comme les documents qui permettent de mesurer cette évolution sont de moins en moins précis à mesure que l’on remonte dans le temps, nous partirons de l’état actuel pour aboutir à l’état passé; les chances d’erreur seront ainsi moins grandes, et nous posséderons un élément sérieux de contrôle pour vérifier la valeur des attestations anciennes".

En vingt-huit ans, de 1865, date du levé de la baie par M. Bouquet de la Grye, à 1893, date de la dernière revision de la carte de l'état-major, le continent s’est accru de 280 hectares environ, soit de 10 hectares par an; l'accroissement a porté presque

1. La représentation la plus exacte des contours actuels de la baie est celle que donne la carte de l'état-major, feuille 141, Fontenay, revision de 1893. La carte marine correspondante, feuille 156, ile de Ré, n’a pas été revisée depuis 1865 pour les contours de la baie.

en totalité sur la portion de côte comprise entre le chenal de la Raque et le canal de Luçon; il a été insignifiant entre ce canal et la Sèvre, et nul au sud du fleuve.

Le premier levé de la feuille de Fontenay par les officiers de l'état-major, en 1845, donne un tracé de la côte sensiblement en retrait sur celui de 1865, mais au N. de la Sèvre seulement; il n’y a pas eu de changement au S$.; la différence en superficie qui en résulte n’est pas moindre de 600 hectares. Le gain annuel a été de 30 hectares: c'est le chiffre le plus fort que l’on constate pour toute la période historique. Il parait être en relation étroite avec la construction des trois digues, dites de Grosjonc (1852) et de Malakoff{1855), qui ont forcé la mer à accumuler ses dépôts en avant de l'obstacle qu'elles créaient.

Remontons maintenant au dix-septième siècle. Une bonne carte marine de 1677, conservée aux archives de la marine!, nous montre le rivage d’alors partant d'Esnandes au sud, puis passant à 500 mètres à l’ouest de Charron, le long de la digue, atteignant l'embouchure de la Sèvre au Rocher pour gagner la vieille digue au lieu dit aussi le Rocher, où se jetait alors la Sèvre; il longeait ensuite la vieille digue pour atteindre la jonction du canal de Luçon et du Bot de Champagné, puis se dirigeait à l’W. jusqu’au chenal vieux, et enfin à l'W,-S.-W. jusqu’à sa rencontre avec la flèche de l’Aiguillon, à mi-chemin entre ce village et le hameau de la Pointe. L'espace colmaté dans l'intervalle qui sépare ce rivage de celui de 1845 est environ de 4.420 hectares; le colmatage a donc progressé en moyenne de 26 hectares par an. Maisiln a pas affecté également toute la côte. Si l’on divise la zone d'atterrissement en plusieurs sections convenablement choisies, et que l’on compare la superficie de ces sections à la longueur de côte correspondante, on constate que pour 4 kilom. de côte entre la flèche de l’Aïguillon et le chenal vieux, le gain a été de 2.600 hectares; pour 3 kilom. de côte entre le Chenal Vieux et le canal de Luçon, il a été de 750 hectares; pour 2 kilom. et demi de côte entre le canal de Luçonet la Sèvre, il a atteint 700 hectares, et pour 6 kilom. de côte entre la Sèvre et Esnandes, il n’a pas dépassé 400 hectares. En prenant le kilomètre de côte comme unité de comparaison, on trouve pour la première section, par kilomètre, un gain de 650 hectares; pour la deuxième, de 250 hec= tares ; pour latroisième, de 280 hectares, et pour la quatrième, de 66 hectares seulement.

Une telle diminution d'ouest en est met en pleine évidence le rôle joué par la flèche de l’Aiguillon ; grâce à l'obstacle qu’elle oppose à la houle du S.-W., il s’est constitué à son abri un bassin de décantation où les vases s'accumulent rapidement, tandis que sur la côte de Charron, exposée de plein fouet à la marée et aux bourrasques, le colmatage n'avance qu'avec une très grande lenteur.

Pénétrons plus loin encore dans le passé. De nombreux documents d'archives ont permis à M. H. Clouzot de reconstituer avec une approximation très satisfaisante le rivage tel qu'il était au début du treizième siècle?. Ce rivage dessine une enveloppe concentrique au rivage de 1677; contrairement à ce qui s’est produit depuis le dix-

1. Serv. hydrogr., portefeuille 53, n° 12, 2. H. CLouzor. Les Marais de la Sèvre Niortaise, carte à 1/200.000e 20%

septième siècle, c’est surtout à l'E. que la différence de tracé s’accentue : la mer baignait alors Villedoux, sur la côte d’Aunis, arrivait sur la Sèvre jusqu'à l'anse du Braud, remontait au N.-W. vers le hameau des Groix, à l'extrémité de l'ile de Champagné, pour redescendre ensuite sur Saint-Michel-en-l'Herm et la pointe du Rocher. I règne toutefois quelque incertitude sur la position du rivage au S. de Champagné, la date exacte où furent construites les bots de garde ne nous étant pas connue. Quoi quil en soit, on peut évaluer en gros à 5.000 hectares la surface de terrain conquise sur la mer entre 1200 et 1677; chaque année le continent s’est accru de 10 hect. et demi en moyenne, ce qui est le taux actuel. Il a gagné au total 1.600 hectares au sud de la Sèvre, 1.500 entre la Sèvre et Le canal de Luçon, 3.000 entre ce canal et l’emhouchure actuelle du Lay. Par kilomètre de côte (rivage en 1677), l'accroissement a varié entre 266 hectares au

sud de la Sèvre et 300 hectares au nord.

C’est un rapport très différent de celui qui prévaut depuis le dix-

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septièmesiècle;laraison en est simple : la pointe Saint-Clément a joué, à l'égard du golfe de Villedoux, le même rôle qui a été dévolu depuis à la flèche de l’Aiguillon; les vases se sont dépo-

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4 Fi. 22. — Carte du comblement de la baie d'Aiguillon sées à son abri et ont depuis le treizième siècle jusqu'à nos jours. comblé le golfe. Quand ,

elles eurent atteint la limite de protection de la pointe, elles cessèrent de s’accumuler. De là la stabilité du rivage actuel.

Le golfe de Villedoux mis à part, les atterrissements se sont produits avec beaucoup plus de lenteur entre le treizième et le dix-septième siècle que depuis. Cela tient à deux causes : d’abord la flèche de l’Aiguillon n’existait pas au treizième siècle; il y avait seulement un banc de sable sur son emplacement; marées et tempêtes balayaient librement la côte de Saint-Michel-en-l’'Herm, ce qui entravait le dépôt des vases. En second lieu, la baie était plus profonde que de nos jours, et le colmatage a commencé par s'exercer sur le fond avant de se faire sentir d’une façon efficace sur les rives.

De l’évolution de la baie d’Aiguillon, deux faits se dégagent. D'abord les rivages successifs ont tous été concentriques les uns aux autres; ils s’emboîtent mutuellement. Ensuite, c'est le rôle prépondérant joué par les caps et les cordons littoraux dans les progrès de l’envasement, beaucoup plus rapides à leur abri que partout ailleurs. On peut poser en principe que dans cette région les rivages s’accroissent

dix fois plus vite derrière les cordons littoraux que dans les partiés frappées de face par la houle.

On s’est longtemps demandé quelle pouvait être l’étendue du Marais poitevin à l’époque de César. On a admis que la mer arrivait jusqu'aux portes de Niort‘, supposition détruite par les observations de M. Fournier ?; Benjamin Fillon et, plus récemment, M. Lièvre ont élevé des doutes sérieux sur l'extension de la mer à l’époque romaine dans la partie orientale du Marais ; M. Lièvre a fait valoir avec force que les restes de la voie romaine qui traversait le Marais à Thairé-le-Faignoux, entre Velluire et Saint-Jean-de-Liversay, prouvent que le rivage était déjà reporté au milieu du Marais il y a dix-sept ou dix-huit siècles?. Le tracé de cette voie concorde tout à fait avec ce que nous savons du recul de la mer depuis le treizième siècle. Entre la construction de l’Achenal-du-Bot-Neuf, en 1199, et l’époque actuelle, le rivage s’est avancé vers l’ouest de 4 kilom., à partir de la boucle du Braud, ce qui fait en moyenne 650 m. par siècle. On peut admettre que ce taux ait été le même aux époques antérieures, car cette partie du Marais est largement ouverte entre les îles de Champagné, Sainte- Radegonde et celle de Marans, et le mode de dépôt du bri n’a pas dû subir de grandes modifications dans toute cette étendue. On peut en inférer que la côte, à l'époque de César, a dû se trouver à 13 kilom. environ à l'E. de sa position actuelle, soit entre l’île Delle et Marans. La voie romaine de Thairé-le-Faignoux passe à 4 kilom. au S.-E. de l’île Delle, ce qui s'accorde très bien avec la position présumée du rivage. La géographie physique et l’archéologie aboutissent toutes deux à la même conclusion, ce qui est une garantie de sa vraisemblance.

Il y a de grandes chances pour que le début du colmatage, au fond oriental du golfe, remonte à plusieurs milliers d'années. Si reculée que paraisse cette date, nous la tenons pour assez vraisemblable, car elle concorde avec les données archéologiques. On a, en effet, trouvé en bordure du Marais, reposant sur le bri, des stations néolithiques, avec haches polies, silex taillés et poteries grossières, sans traces de bronze, à la pointe du Linaud (près de Mouzeuil), à Nalliers, à Luçon, à Saint-Michel-enl’'Herm; c’est du robenhausien. Des vestiges d'habitations gauloises et romaines les surmontent en plusieurs endroits, à Nalliers en particulier‘. Et toutes ces stations néolithiques se trouvent dans la partie occidentale du Marais, évidemment abandonnée par la mer à une époque plus récente que la partie orientale. Benjamin Fillon, en estimant qu'il y à trois mille ans la mer occupait encore le fond du golfe”, est probablement resté au-dessous de la vérité, car la tourbe lacustre qui recouvre le bri au pont de la Chaume-d'[rleau, sur la Sèvre, a livré une hache polie en diorite ; on a même rencontré à Arçay, à 1 m. de profondeur dans le bri, des restes de Bos primigenius,

1. Dessarpins. La Gaule romaine, &. °°, pl, vi. — PawLowskt, art. cité, p. 328. 2. Fournier. La Mer à Niort.

3. Lisvre. ARoutes et chemins gaulois el romains; addenda. 4. BENJAMIN FILLON, Art de terre, p. 11.

5. Ipku. Poilou el Vendée, marais de Mazeau, p. 9. 6. GELiN. Formalion de la vallée de la Sèvre Niortaise, p. 48. L'attribution des ossements au Bos primigenius est peut-être douteuse.

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espèce quaternaire qui ne descend guère dans le néolithique. Ces faits tendraient à nous faire remonter bien au delà du dixième millénaire avant l’ère chrétienne.

On ne saurait terminer l'histoire du Marais sans parler des buttes coquillières de Saint-Michel-en-l’Herm, qui ont beuucoup intfigué les géologues par leur singularité. Situées à la cabane des Chauds, près de l’île de la Dune, au N. du village de Saint- Michel, elles s’alignent du N.-W. au S.-E., au nombre de trois : la première, qu’entame la cabane des Chauds, forme un terre-plein rectangulaire, haut de 11 m.; la seconde, plus petite, présente le même aspect; la troisième, qui est de beaucoup la plus étendue, ressemble à une sorte de digue ou de môle, large de 0,25 à 0,30 seulement à la crête; elle s’épanouit à son extrémité méridionale en un terre-plein cireulaire. Elles sont fort mal rendues sur la carte de l'état-major, qui les place un kilomètre trop au sud et leur donne une forme conique. Ces trois buttes, qui sont à peu près de même hauteur, sont entièrement constituées par des huîtres, qui ont conservé leurs deux valves et jusqu’à leur coloration; bien que dans ce dépôt les huîtres se présentent souvent dans des positions fort peu naturelles, soit par la tranche, soit reposant sur la petite valve, on a cru pendant longtemps que l’on avait affaire à un banc d’origine marine, actuellement surélevé au-dessus du niveau de la mer. Les gens du pays en sont eux-mêmes persuadés. Maïs, en 1862, de Quatrefages, ayant fait exécuter des fouilles, reconnut l’origine artificielle des buttes : il y trouva lui-même un anneau d’argent!. Son opinion rencontra néanmoins des sceptiques, et Boissellier, dans la feuille géologiqne de Fontenay, datée de 1892, en a fait du pliocène supérieur. Tout récemment encore, l'hypothèse d’une origine marine a été défendue par une haute autorité?, pour être aussitôt réfutée’, Elle a contre elle un argument qui nous paraît péremptoire : c’est que les amas de coquilles reposent sur le bri et sont par conséquent plus récents que lui. Cette constatation résulte d’un sondage fait en 1890 dans la butte centrale et auquel a travaillé M. Bignonneau, fermier des Chauds, de qui nous tenons ce renseignement. Quant à la destination des buttes, elle reste fort obscure. Nous y verrions volontiers des travaux de défense du plus ancien port de Saint- Michel, celui qui existait vers le neuvième ou le dixième siècle.

Les marais lacustres. — Au fur et à mesure que la mer se retirait vers l'ouest, ses tributaires la suivirent dans son mouvement, allongeant leurs cours en sinuosités indécises à travers la platitude des relais. De là les méandres divagants que décrit la Sèvre dans sa traversée du Marais, surtout entre Maillé et l’île Delle, puis au-dessous de Marans, à l’anse du Braud ; de même le Lay, au voisinage du port de Moricq. Le défaut de pente a pour effet de propager l'influence de la marée à une assez grande distance de la côte, relevant le plan d’eau des rivières jusqu’au niveau de la plane alluviale. Survienne une crue fluviale, le trop-plein des eaux, privé d'écoulement vers la mer, se répandra hors du lit sur les terres avoisinantes; c’est ce qui arrive pendant

1. De QuarreraAGes. Bull. Soc, géol, Fr., t. XIX, 2° série, p. 933. — Ipem. Afas, la Rochelle, 1882, p. 686.

2. H. DouvizLé. Bull. Soc. géol. Fr., t. VIII, 4° série, p. 545. 3. À. De GROSSOUYRE. Jbidem, t. IX, 4° série, p. 7. — J, WeLscu. Jbidem, p. 9.

toute la durée de la saison froide ; l’état de crue, résultat des pluies abondantes qui tombent alors sur les hautes terres de l’intérieur, reste l’état normal des rivières à cette époque de l’année. Aussi l'abandon progressif du Marais par la mer ne signifia-t-il pas asséchement des terres émergées; au golfe marin succéda le marais d’eau douce, inondé chaque hiver et plus ou moins à sec en été. Plus la crue est forte et prolongée, plus la nappe d'inondation est obligée de s'étendre en largeur; limitée d’un côté par la mer, d'autre côté par les plaines jurassiques qui encadrent le Marais, elle reflue d’aval en amont dans les vallées, dont les parties basses se transforment en lacs temporaires. C’est ce qui explique que la répartition des marais lacustres diffère de celle du bri marin; ils occupent l'extrémité orientale du Marais et se développent largement en dehors des limites jadis atteintes par la mer. De la tourbe avec terre noire grumeleuse s’y est accumulée sur un certain nombre de points : dans la vallée de la Sèvre, où elle atteint parfois 1 m. d'épaisseur et où elle contient de nombreuses coquilles lacustres, elle recouvre le bri à partir de Bazoïn, hameau situé entre Maillé et Damvix, et s'étend en amont sur le marais de Boëre, le Marais-Roi, les marais de Montfaucon {au N. de Saint-Hilaire-la-Palud), du Vanneau et de Saint-Georges!. On retrouve une terre noire analogue dans les prairies de la Sèvre jusqu'à Bessines et Saint-Liguaire, à 3 kil. de Niort. Dans le grand marais de Cram-Chaban, sur le Mignon, on exploite de la tourbe; le cours inférieur de la Courance présente les marais du Bourdet, du Port-Jouhet, de l’île Bapaume, d’Alzom, « véritable accumulation de carex, roseaux, joncs, en particulier Claudium mariscus, une Cypéracée? ». Non seulement les marais de vallées sont en dehors de la zone du bri, mais ils sont aussi à une altitude plus élevée : tandis que le bri ne dépasse pas la cote 8 m., les marais du Mignon et de la Courance sont situés entre 5 et 10 m.; de même le marais de Saint-Georges, sur la Sèvre. Les uns et les autres reposent sur les marnes jurassiques, ceux du Mignon sur le banc bleu argileux du séquanien”, qui forme une assise imperméable. Jusqu'à une époque toute récente, on a confondu, par une erreur facile à commettre, les dépôts marins et lacustres, et on a cru que la mer avait pénétré dans toutes les vallées où subsistent aujourd’hui des marécages ; c'est ce qui avait conduit à donner à l’ancien golfe marin une allure ramifiée qu’il n’a jamais possédée*, Il était nécessaire de rétablir la distinction entre formations marines et formations d'eau douce.

Les marais mouillés de Vix, de Velluire, du gué de Velluire, du communal de Luçon, où il n’y a pas de tourbe, sont l'équivalent des marais tourbeux de Bazoin et d'Arcay. Comme eux, ils sont le produit des inondations qu y épanchent en hiver les cours d’eau qui les traversent; mais ils sont plus récents, et la tourbe n’a pas eu le temps de s'y constituer. Les travaux de drainage opérés dès le milieu du moyen âge y ont d’ailleurs certainement mis obstacle.

1et2. Wecson. Bull. S. C. G., CG. R. collab,, 1906, p. 51-52. 3. IDE. /bidem, 1904, p. 34.

4. MaxÈs. Descript. géol. de la Charente-Inférieure, carte géol. 1/500.000°. — Dresrarpixs. Gaule romaine, t. 1°, pl. vi. — C'est à M. GELIN (Formation de la Sèvre Niorlaise) et surtout à M. WeLscx

NC. R. coll, Carte géol., 1906, p. 51-52) qu'est due la distinction du bri marin et des dépôts d’eau douce.

Relations entre le comblement du Marais et le profil des vallées. — Reste à examiner un dernier point: dans quelle mesure le comblement du marais a-t-il influé sur l’état des vallées qui y débouchent? En principe il aurait dû y déterminer un alluvionnement notable; en réalité, il n’a eu à cet égard qu’une répercussion très limitée. Sur la Sèvre, les alluvions récentes ne prennent d'importance qu’en aval de Niort; à la Gavacherie (1 kilomètre W. de Niort), on voit le fleuve, qui entame le substratum liasique, couler directement sur la roche nue. La vallée de la Vendée ne montre plus d’alluvions en amont de l’Orbrie, à 3 kilomètres au N. de Fontenay, et dans celle du Lay elles disparaissent peu après Mareuil, vers les Moutiers. C’est une conséquence de la pente rapide de tous ces cours d’eau, qui dévalent des hauteurs de la Gâtine. Entre Saint- Maixent et Niort, celle de la Sèvre est de 1 pour 1.000; sur son affluent l’'Egray, elle dépasse 4 pour 1.000 dans les dix derniers kilomètres et devient très supérieure en amont. L’Autise, la Vendée, le Lay, se présentent dans des conditions intermédiaires entre celles de la Sèvre et de l’'Egray. Une pareille allure des cours d’eau exclut toute possibilité de remblayement de leurs vallées, d'autant plus qu’ils ne transportent qu’une quantité très faible d’alluvions. Ainsi le relèvement du niveau de base n’a eu de répercussion sur le profil des vallées qu’au voisinage des embouchures.

Le littoral proprement dit. — L'histoire du Marais est celle de toute la côte, mais les diverses phases de son évolution ont laissé sur le littoral proprement dit des traces beaucoup plus éparses, plus fragmentaires que dans le Marais.

Côte d'Aunis. —- Sur le littoral de l’Aunis se retrouve très nette l’empreinte du mouvement négatif qui a marqué la période quaternaire ; une érosion énergique a buriné profondément la plaine si plate des environs de la Rochelle. Toute une série de vallons, dont la partie inférieure s'enfonce aujourd’hui au-dessous du niveau de la mer, découpent autant d’entailles dans les falaises depuis Esnandes jusqu'à Châtelaillon : vallons de Marsilly, de Nieul, de l'Houmeau, de la Repentie, du port de la Pallice, de Port-Neuf, près de la Rochelle; baie de la Rochelle, où se rejoignent les vallons de Lagord, du,canal de Niort et de Périgny; dépressions d’Aytré et de Châtelaillon. Ces vallées ont toutes un trait commun : la mer en a envahi l'extrémité, aujourd’hui comblée par du bri jusqu’à la cote 3 m., comme dans le Marais. Dans la baie de la Rochelle, malgré l’accumulation des vases, le tracé de la vallée sous-marine paraît concorder avec le chenal d’entrée du port, dont la profondeur va croissant d’E. en W., depuis — 0,9 jusqu’à —6",20, profondeur atteinte par le travers de la tour du Lavardin : il a pour limites au sud la pointe des Minimes, le plateau des Duraignes, celui du Lavardin (— #4 m.) et la Roche-du-Sud (— 5,80 à —9 m.). Ces plateaux rocheux, partiellement recouverts de vase, paraissent dus à l’abrasion marine consécutive au retour de la mer dans ses limites actuelles, car leur surface ne concorde pas avec la surface topographique du continent; ils sont situés à un plan inférieur. Il se peut toutefois qu'au cours de l’émersion quaternaire des érosions subaérienues aient préparé le travail d’aplanissement de la mer et que la topographie actuelle résulte de la combinaison des deux éléments de destruction. Le Marais nous a présenté des exemples

56 LES PLAINES DUPOITOU

analogues. Entre les pointes du Ché et de Châtelaillon s'étend le plateau d'Angoulins, qui prolonge sous la mer, par une pente régulière, le fond des marais d'Angoulins et de Châtelaillon; la continuité de la surface immergée semble indiquer une origine commune; on pourrait y voir l’œuvre de l'érosion subaérienne, autant que permet d'en juger le manteau de sable vaseux qui masque le fond de roche.

Un exemple très net de vallée submergée se retrouve d'autre part à la lisière du massif vendéen : la rivière de Talmont vient se perdre, en compagnie de deux autres ruisseaux, dans un estuaire ensablé où apparaissent des traces d'anciens méandres ; la vallée se prolonge en mer au delà de la pointe du Payré par un sillon creusé dans les schistes cristallins à une profondeur qui atteint 11 m. Mais la présence des vases empêche de poursuivre plus loin l'étude de cette vallée sous-marine.

Ile de Ré. — Dans l'ile de Ré, c’est surtout l’action de la mer qui a été sensible ; elle s’est exercée au cours de l’affaissem'ent qui a préparé l’état actuel. L'attaque et la démolition des falaises, puis le comblement des dépressions par le sable et le bri, l’ont emporté de beaucoup sur les phénomènés d'origine continentale ; fait qui s'explique aisément par le peu d’étendue de l’ile, qui ne se prêtait guère au développement de l'érosion fluviale.

Si l’on fait abstraction des dunes, reliefs surajoutés à la topographie primitive, on se rend compte que la surface de l'ile est en continuité parfaite avec celle de la plaine d'Aunis. Le même plan topographique passe sur le continent par les cotes 32 m. à la station de Dompierre, et 24 m. à l'Houmeau, puis dans l'ile de Ré par les cotes 16 mà la Flotte, 5 m. à la Couarde, et 0 m. à la pointe de Chanchardon. L’altitude très basse de la partie occidentale de l’île, comprise entre 0 m. et 5 m., explique que la mer ait pu envahir largement certaines zones déprimées de l'intérieur ; le Fier-d'Ars, baie vaseuse qui découvre à marée basse, n’a pas d’autre origine.

Le plan incliné qui répond à la surface de l’île ne se prolonge pas au large sous la mer; c'est par une rupture de pente que l’on passe à la zone littorale sous-marine. Celle-ci montre à l’W. et au S. quatre plates-formes successives d’abrasion par les vagues; la première de O0 m.à— 2 m., puis entre — 5 et—6 m., entre — 10 et— 12 m., enfin entre — 17 et — 18 m. Ces plates-formes, qui existent aussi à l'W. d'Oléron, ne sont pas visibles dans le pertuis Breton, à cause des dislocations qui l’affectent et de son envahissement par les sables et les vases. Chaque plate-forme est séparée de la suivante par un gradin élevé de 4 à 5 mètres en moyenne. On peut y voir l'indice de lignes de rivage successives, correspondant à des stades d’affaissement du littoral; à mesure que le sol s’enfonçait sous la mer, une zone plus élevée se trouvait soumise à l’action des vagues, tandis que celle qui avait précédemment subi leur attaque cessait d'y être exposée par le fait même de son enfoncement. Nulle part on ne constate de véritable falaise. Le travail de sapement par la mer, contrecarré par l’affaissement, a sans cesse avorté. La formation d’une falaise dans l’ouest de l’île est devenue aujourd'hui impossible. Les vagues arrivant par l’ouest sur un plan incliné perdent toute leur énergie dans leur course à sa surface : la « mer sauvage » ne peut que bondir en écumant sur les roches

aplanies, elle n’a pas le moyen d’entailler la côte. Il en va tout autrement à la pointe

orientale de l’île; entre Sablanceaux et Saint-Martin on voit une vraie falaise, parce qu'ici se creuse la vallée sous-marine de la Pallice. La mer

u a © vient briser sur une côte relativement élevée, et elle peut KQ Fe en saper la base, préparant ainsi l’'éboulement de la partie ÿ a 8 3 supérieure, désagrégée par les agents atmosphériques. 5 Ÿ Ë 3 C’est le pendant de ce que l'on observe en face, sur la côte ë CE d’Aunis. 5 5 Aux effets de l'érosion par les vagues se juxtaposent ceux ÉE du colmatage qui affectent les parties les plus basses de Fe l’île. Entre les plaines calcaires de Saint-Martin, de Loix Ë e ù ; Fa ® et d’Ars, s’insère une vaste étendue de bri et de marais £, 2 à salants qui entourent la mer du Fier; mais, à la différence PE 3 3 du marais poitevin, il n’y a point eu ici comblement d'une : . 5 3 profonde vallée : le socle rocheux de l’île se montre à 1",60 5 À È 25 au-dessus des basses mers à l’entrée du Fier d’Ars, qu'il 3 ES 2 < barre dans toute sa largeur; c’est sur lui encore que repo- = É à #S sent les sables de l’anse du Martray. La couverture d’ap- 2, e AE ports marins qui masque le sous-sol jurassique ne possède È ‘ = 84 que quelques mètres d'épaisseur, parfois quelques déci= 7 es : Le mètres seulement. La transgression marine n’a donc pas G = 5 à bouché une vallée antérieure; elle s’est simplement étalée È Fe is sur une plaine légèrement déprimée que l’affaissement à 4 = É 3 progressif de la côte avait amenée un peu au-dessous du 3 : Le niveau de la mer. Cette transgression tout à fait superficielle £ ë © se a suffi pour diviser l'île en trois parties distinctes : à l'E., * TE | EE la plaine calcaire de Saint-Martin et de la Flotte, la plus #4 SAS étendue; au N., celle de Loix!; à l'W., celle d'Ars, au ras £ à É RE de la mer. Après avoir formé pendant un temps trois îlots = - ES séparés par les eaux marines, ces plaines ont été à nou- 3 CH veau ressoudées entre elles par des dépôts de bri et par Ë or des dunes. Le Fier d’Ars perd chaque jour de son étendue VUE £. au profit des marais salants d’Ars et de la Couarde, et Ë D 22 l’isthme du Martray, étroit cordon de dunes qui établit Ÿ : 258 les communications par terre entre Saint-Martin et Ars, ÿ ne s’est édifié en travers du bras de mer qui unissait le Fier PAR RTE d’Ars à l’anse du Martray. L'île de Ré retourne ainsi peu Le AE à peu à sa primitive unité. £È £ Résumé de l'évolution géologique. — Avant de passer à > | $ 8ÈT l'étude des transformations actuelles de la côte, résumons =

brièvement l'exposé géologique que nous venons de faire en détail. Le complexe de

1. Encore appelée île de Loix au dix-septième siècle (cartes marines du dix-septième siècle).

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basses plaines, de marais, de bras de mer et d'îles qui constitue la région côtière entre le massif ancien de Vendée et la Saintonge, apparaît comme une région d’affaissement qu'une série de dislocations ont amenée au-dessous du niveau des terres environnantes. Un cycle d’érosion fort prolongé, qui ne s’est terminé qu'au pliocène supérieur, a raboté les saillies et donné à la contrée la forme générale d’une plaine faiblement inclinée à l’ouest vers l'Océan. Les mouvements de l'écorce terrestre ont alors repris à la fin du pliocène et pendant le quaternaire, non plus sous la forme de plissements et de failles, mais sous celle de déformations d'ensemble affectant toute l’étendue de la côte. Après une recrudescence de l'érosion survint un premier affaissement; la mer envahit le marais jusqu’à Maillezais, puis un mouvement négatif la chassa loin vers l’ouest. Le sol, relevé d’au moins 35 mètres au-dessus de son niveau actuel, fut la proie d’une érosion intense. Pour rejoindre leur nouvelle embouchure, les rivières se creusèrent de profondes vallées; celle de la Sèvre descendit à — 20 mètres à Marans. Une entaille étroite sectionna en deux parties le promontoire de l’Aunis. De toutes parts les eaux courantes burinèrent le sol et transformèrent en pays vallonné cette plaine auparavant si uniforme. Puis, à la fin de la période quaternaire, leur travail fut interrompu par un second affaissement accompagné d’une seconde transgression marine, qui submergea les vallées nouvellement creusées et pénétra dans le marais jusqu’auprès d’Arçay. Les pertuis se trouvèrent constitués, et l’île de Ré fut isolée du continent par l’envahissement de la coupure de la Pallice. Mais l’incursion marine ne devait être que transitoire. Les vases de provenance girondine, charriées vers le nord par le courant qui longe les côtes occidentales d'Oléron, pénétrèrent à la faveur des marées dans toutes les anses, s’y décantèrent et, par leur accumulation continue, finirent par combler une grande partie des golfes occupés par la mer. Ainsi prit naissance le Marais poitevin, qui s'accroît chaque jour sur la mer des relais de boue qu'elle apporte sur ses rivages‘.

Dislocations à une époque ancienne des temps tertiaires; ensuite période d'érosion jusqu’à la fin du pliocène, puis transgression marine; de nouveau période d’érosion pendant le quaternaire, puis seconde transgression marine, qui dure encore, une telle succession d'événements donne l'impression d’une sorte de rythme dans les oscillations du rivage. En présence de ces faits, on peut se demander si l'époque actuelle correspond où non à un état de stabilité de la côte.

Stabilité du rivage actuel. — On a émis l'hypothèse d’un soulèvement lent du littoral. Prenant argument du recul continu de la mer et de la constante accumulation du bri, on y à vu la preuve d’un relèvement du continent qui obligerait la mer à se retirer dans l’ouest. Dans ce cas, le phénomène du colmatage serait la conséquence

1. Cette évolution rappelle celle de la région de la Basse Loire, qui, depuis l’'éocène jusqu’à la fin du miocène, a subi des alternatives analogues de transgression et de régression marines, mais avec une ampleur beaucoup plus considérable : la mer des faluns s’est en effet avancée au miocène moyen jusque dans l'Orléanais, et celle du calcaire grossier a couvert à l’éocène la moitié de la Bretagne. — Voir notamment sur cette question : VAssEUR, les Terrains tertiaires de l’ouest de la France.

d'un soulèvement. En faveur de cette manière de voir on a avancé que le port de Talmont aurait subi un exhaussement de plusieurs mètres depuis le dix-septième siècle; on a noté que sous Henri IV il y avait été débarqué de l'artillerie, et Reclus demande « comment il se fait que cette anse marine à fond rocheux se trouve maintenantau-dessus du niveau de la mer! ». La vérité est que Talmont n’a jamais reçu à aucune époque un seul vaisseau; la mer n’y est jamais venue. Le port de Talmont n'était pas au pied de la ville, mais à 4 kilomètres au S.-W., près de la pointe du Perray, au débouché du chenal Payzé dans l’anse du Perray, en un lieu appelé de tout temps le Port. Un chemin de terre, l’ancien « chemin des Saulniers », le reliait à Talmont. En 1666 il ne pouvait recevoir que des bâtiments de 20 à 30 tonneaux, et seulement à l’heure de la pleine mer; il avait si peu de trafic qu’il ne s’y élevait aucune habitation?. Aujourd’hui les sables et les vases l’ont complètement supprimé; c'est un marais comblé par les apports marins. Pendant le moyen âge et jusqu’à une époque récente, on a exploité dans son voisinage des salines, transformées de nos jours en prairies d'élevage, et dont le niveau, qui atteint 3 mètres, n’a pas bougé depuis le onzième siècle, époque où on les trouve déjà mentionnées ?. En outre, à l’entrée de l’anse du Perray, les sondes n’ont pas varié depuis 1677. Conclusion : il n’y a pas eu de soulèvement du sol dans la région au cours des derniers siècles. On a cru aussi que les cales de construction de l'arsenal de Rochefort édifiées sous Colbert avaient subi un exhaussement : les travaux exécutés dans le port de 1880 à 1882 ont démontré qu'il n’en était rienÿ.

Des conclusions analogues avaient été tirées de la présence de coquilles marines à 5 et 6 mètres d'altitude dans certains cordons littoraux du marais. M. Welsch a fait valoir avec raison que les vagues projettent souvent contre les rivages rocheux du sable et des coquilles bien au-dessus du niveau de la marée, et qu’il n’y a rien à tirer de ce fait en faveur d’un exhaussement du rivage.

L'argument tiré du recul de la mer et du colmatage de la côte tombe à son tour devant la constatation que, sur toute l’étendue des anciens golfes comblés par la mer, le niveau du sol ne s'élève nulle part, sauf l'exception précédente, au-dessus de la limite des plus hautes pleines mers de mortes eaux; les nivellements de précision sont là pour l’attester?. Si la mer recule, c’est qu’elle se constitue à elle-même une barrière par les apports vaseux qu’elle accumule sur le rivage; mais il n’y a pas déplacement relatif de la terre par rapport à la mer, et pour l’époque actuelle on peut conclure avec certitude à la stabilité de la côte. Il paraît même en être ainsi depuis très longtemps. Sur la côte de Vendée, à 2 kilomètres de Saint-Vincent-sur-Jard, existe au bord même de la mer, au lieu dit Belesbat, un kiokkenmüdding épais d'un mètre et long de plusieurs centaines de mètres, dont le niveau coïncide avec celui des

1. Recrus. Géogr. universelle, la France, p. 510. 2. Serv. hydrogr., portef. 53, pièce 13, notice.

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