‹ Les Plaines du PoitouChapitre 32 sur 132 · Ils ont été commencés en · texte numérisé non relu

Ils ont été commencés en

mètres par siècle jusqu’au moment où son extrémité s’est trouvée en contact avec le courant de sortie de la baie d’Aiguillon, qui lui est perpendiculaire; dès lors elle n’a plus progressé qu'avec une extrême lenteur, et la pointe a gagné en largeur plus qu’en longueur au cours du dernier siècle.

Pendant la période de leur formation, les cordons littoraux, qui s’allongent beaucoup, mais s’épaississent peu, sont exposés à être rompus par la mer, soit à cause de la faiblesse de l'obstacle qu'ils opposent à l’assaut des vagues de tempête, soit parce qu'ils sont traversés par une rivière capable d’affouiller leur base. Plus d'une rupture de cordon littoral a été suivie d’une transgression marine sur des terrains bas situés à un niveau inférieur à celui des pleines mers, sans que soit intervenu le moindre mouvement du sol; on a trop souvent invoqué de prétendus affaissements de côtes, alors que la mer avait eu simplement raison d’une digue de sable‘. Lorsque la flèche littorale à acquis une largeur suffisante, la mer ne l’entame plus; les matériaux enlevés par les lames ne tarderaient pas d’ailleurs à créer en avant une plage de protection qui amortirait le choc des vagues et leur enlèverait toute force érosive. La flèche est alors arrivée à la période de stabilité : c’est le cas de celle de la Tranche.

Enfin, il faut tenir grand compte des dunes, qui règnent sans discontinuité depuis les Sables-d'Olonne jusqu à la pointe d’Aiïguillon, sur plus de 50 kilomètres. Dans l’île de Ré elles bordent la côte au N. et à l’W. et constituent l’isthme du Martray. Après une courte interruption on les retrouve occupant la partie méridionale de l'ile, au S. d’une ligne allant du Bois à la Flotte; sauf au bord immédiat de la mer, où le vent les relève en un faible bourrelet, ce sont des dunes mortes, étalées à la surface du solet comme ratissées; leur état d'usure témoigne de la disparition des causes qui les avaient fait naître. Quant à celles de l’Aunis, cantonnées entre les pointes de Roux et d’Aytré et à Châtelaillon, ce sont d’insignifiants petits tas de sable, qui ne dépassent pas © mètres à Châtelaillon.

C’est surtout comme agents de protection des cordons littoraux que les dunes poitevines ont de l'importance. Lorsqu’elles reposent, comme dans l'ile de Ré, sur une plate-forme rocheuse, ce rôle est négligeable. Mais il n’en est pas de même pour des flèches sableuses comme celles de la Tranche ou de l’Aiguillon. C’est grâce à leur volume qu’elles ont assuré la stabilité de la flèche de la Tranche, et si elles ne s'étaient pas établies à l’Aiguillon, il y a longtemps que là mer aurait franchi ce fragile obstacle. Elles ont de rudes assauts à soutenir, et la mer a parfois raison des plus hautes comme des plus petites : témoin les dunes de la Faute. C’est en se développant vers l'intérieur du pays, vers le Marais, qu’elles créent à ces terres de labour ou de prairies, péniblement conquises sur le marécage et toujours disputées entre l’homme et l’eau, la digue de protection la plus puissante contre les empiétements de la mer. On leur reproche d'avancer et d’envahir des terres cultivées : c'est vrai, mais le mal qu’elles causent est infime en comparaison des désastres qu'entraînerait une invasion

1. L'ile d'Oléron en fournit un bon exemple : un lit de tourbe à Limnées est recouvert par la mer à la plage de Chardonnières, au S.-W. de Domino, sur la Grande Côte. (WeLscon. Bull. S. C. G., n° 115, p. 47.)

marine. D'ailleurs, les dunes du Poitou voyagent peu : elles sont fixées rapidement après leur naissance par la végétation spontanée dont elles se couvrent. Les racines des Oyats (Psamma arenaria), longues de 1 à 2 mètres, s’enfoncent dans le sable en s’enchevêtrant les unes dans les autres. Un liseron, le Convoloulus soldanella, V Euphorbia paralias, la Centaurea aspera, la Matthiola sinuata, V'Eryngium maritimum, le Séneçon commun, des plantes ligneuses, comme l’Artemisia erithmifolia, forment un tapis végétal qui soustrait le sable mobile à l'empire du vent. L'homme a complété l’œuvre de . nature par des semis de pin maritime,

pratiqués surtout entre les Sables d’Olonne et la Faute. Mais si la végétation crée une protection efficace contre le vent, elle n’est d'aucun secours contre l'attaque des vagues : à la Faute, des pans de dunes sont tombés sur la plage avec les pins dont ils étaient plantés.

Ce n’est plus au sable qu’il faut livrer bataille, mais à l’eau, et l’homme n’a pas toujours le dessus. Conserver à tout prix la dune, en créer une au besoin, c’est la meilleure tactique dans la défense contre la mer.

Le rôle de l’érosion marine. — En regard de l'énorme volume des atterrissements de toute sorte qui se produisent sur la côte poitevine et des grands changements géographiques qui en sont résultés, la démolition des fa-

laises et des pointes rocheuses par la

Fi. 26, — Dunes de lu l'aute.

mer ne revêt qu'une importance tout à Fixation du sable de la dune par la végétation spontanée fait de second plan. Des mesures pré des Psamma arenaria (Oyat), dont on voit les longues

racines mises à nu par l'érosion marine.

cises effectuées pendant le dix-neu-

vième siècle, surtout dans les dernières années, ont montré que le taux moyen du recul approchait de 0%,50 par an; mais ce n’est là qu'une moyenne englobant des différences locales considérables. Une côte élevée, qu’avoisinent des fonds marins notables, où circulent des courants rapides, est plus attaquée qu’une côte basse précédée de platins de roche ou de vase. C’est ainsi que le promontoire de l’Aunis, qui vient se terminer par une falaise de 12 à 15 mètres au-dessus du coureau de la Pallice, recule de 0®,80 par an aux pointes de Ceuille, de Digolet et des Martinets, de 1 mètre à la pointe du Plomb, qui est la plus exposéet. De part et d’autre de la baie de la

1. Étude de l'érosion marine, réponse Perreau, cond. des P. C. à la Rochelle.

Rochelle, les pointes de Chef de Baie et des Minimes perdent chaque année environ 0%,50!; les endroits les plus exposés ont été revêtus de parements en maçonnerie ‘pour protéger les batteries de côte établies au-dessus. Plus au sud, les pointes coralligènes du Ché et d'Angoulins ne reculent que de 22 centimètres par an, grâce à leur dureté et à la présence des plateaux du Lavardin et d'Angoulins, qui amortissent la lame. Mais l'érosion prend brusquement une ampleur exceptionnelle à la pointe de Châtelaillon, où elle n’abat pas moins de 3 mètres de côte par an*. Ce surcroît d'activité tient uniquement à la nature des roches; au lieu des calcaires à polypiers du Ché, on trouve ici une alternance d’argiles et de marnes du kimméridgien, surmontées d’une pellicule calcaire, qui n’offrent aucune résistance à l’affouillement par les vagues. Celles-ci ont arasé la pointe sur la distance de 3.600 mètres qui sépare l’écueil du Cornard de la falaise actuelle de Châtelaillon; l'œuvre de destruction n’a pas dû demander beaucoup plus de douze cents ans à s'effectuer, en admettant que le taux de l’érosion ait toujours été le même, ce qui est vraisemblable. Les traditions locales qui rapportent qu’un lieu habité, appelé Montmeillan, aurait été englouti par la mer il y a plusieurs siècles, s'expliquent ainsi fort bien ; seulement la tradition a fait de Montmeillan une ville, alors que ce ne devait être qu’un simple hameau, qui ne figure même pas dans un seul document du moyen âge”, et qui n'est connu que par la légende. Sur les côtes de l’île de Ré, les progrès de la mer sont extrêmement faibles : la partie occidentale, absolument plate, ne montre nulle part la moindre falaise; contre la violence des vagues, très dures sur toute cette « côte sauvage » et qui ont parfois envahi l’intérieur en franchissant le cordon de dunes‘, on a édifié une ceinture de digues en maçonnerie, munies d’épis protecteurs, qui fait le tour de cette partie de l’île, depuis les Baleines jusqu’à l’isthme du Martray. L’élévation progressive de la côte dans la partie orientale a dispensé d'établir des digues; l'érosion y est d’ailleurs remarquablement faible : 0",10 par an entre le Martray et les Grenettes, de même qu'entre Loix et la Flotte ; 0,15 à la pointe de Chauveau, cependant très exposée, mais que la dureté de ses calcaires coralligènes préserve d’une destruction rapide, tout comme la pointe du Ché, en Aunis*.

Les falaises poitevines n’ont rien d’imposant. Elles atteignent rarement 15 mètres, et n'ont le plus souvent que 5 ou 6 mètres de hauteur. Vues de la mer, leur ligne blanche émerge à peine au-dessus du flot et laisse apercevoir en arrière la verdure des campagnes. Quand on suit leur pied à marée basse au milieu des galets et qu'on les ‘examine de près, on les voit se profiler non en ligne verticale, mais en dents de scie. ‘C'est l’effet des alternances de marnes et de calcaires en bancs peu épais, qui offrent une inégale résistance à l'érosion. Les marnes, plus délitables, se creusent en forme

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