‹ Les Plaines du PoitouChapitre 49 sur 132 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DASCIRCULATION DE -L'EAT

Malgré la quantité de pluie relativement élevée qu’elles reçoivent, les plaines du Poitou sont pauvres en eaux superficielles; c’est un inconvénient qui résulte de !la nature calcaire de leur sol, où l’eau s’infiltre rapidement pour circuler en profondeur et ne reparaître au Jour que quand une assise imperméable formant réservoir naturel vient affleurer à la surface. On ne rencontre pas un seul ruisseau dans la région comprise entre le Clain et la Vienne au nord d’une ligne tirée de Poitiers à Lussac. Il en est de même entre la Vienne et la Gartempe, depuis Lussac et Montmorillon jusqu’à la vallée de l'Auzon. Sur des surfaces un peu moindres, la plaine de Neuville, celle de Luçon, présentent le même caractère. Seuls les terrains imperméables retiennent l’eau dans des mares qu’alimentent les pluies d'hiver. Mais vienne une période de sécheresse un peu prolongée, cette maïgre réserve sera vite épuisée; l’évaporation aura tôt fait de la pomper, puisqu'elle est entretenue exclusivement par les pluies et qu'elle ne reçoit point le tribut de sources capables de réparer ses pertes. A moins que l’été ne soit par exception humide, les pays d’argiles marbrées présentent, du mois de juin au mois de septembre, la même pénurie d’eau que les plaines calcaires. Malgré la nature imperméable de son sol, le talus argileux qui descend depuis la Gâtine jusqu'aux portes de Poitiers, entré la Boivre et l’Auzance, reste dépourvu d'eaux courantes. C’est dans le sous-sol que séjournent les nappes aquifères permanentes.

Les sources. — L'eau tombée à la surface des calcaires jurassiques y disparaît promptement, à la faveur des innombrables fissures dont ils sont criblés. Elle descend le long des diaclases, qui font l'office d'autant de chenaux d'écoulement. Loin de s’imprégner dans leur masse, à la façon d’une éponge, les calcaires s’humectent d’une façon très irrégulière; ils sont en réalité parcourus par de véritables canaux souterrains que séparent des zones relativement sèches. C’est ce que montrent à l'évidence les toits de carrières dans les grandes exploitations de Chauvigny et des Lourdines. Plus

110 LES PLATNES DU POTROU

l'étage géologique est épais et de facies constant, plus les eaux descendent bas, poursuivant leur voyage jusqu’à ce qu'elles rencontrent un niveau imperméable, constitué en général par des marnes. Le plus important et le plus constant est celui des marnes bleues du lias supérieur, qui revêtent de leur nappe uniforme, épaisse d’une dizaine de mètres, le fond du détroit poitevin. C’est un obstacle infranchissable pour les eaux d'infiltration, qui s’arrêtent et s'accumulent à leur surface. Plus qu'aucun autre terrain, les marnes toarciennes contribuent à faire du Poitou un pays de sources. Quand elles viennent à affleurer à l’air libre, on voit couler de tous côtés des sources abondantes qui donnent naissance à des ruisseaux. Une végétation très verte et très touffue de saules et de peupliers répand son ombre sur ces coins privilégiés où l’eau courante et la fraîcheur des sites font un heureux contraste avec les arides rochers qui les surplombent. Autant les plateaux calcaires sont monotones avec leurs interminables champs de céréales, autant ces vallées liasiques sont attrayantes avec leur profusion d'arbres et la verdure de leurs prairies. Les bords du Clain entre Ligugé et Iteuil offrent un exemple frappant de ces oppositions pittoresques. Les lignes de sources déterminées par les affleurements des marnes du lias dessinent, en bordure des massifs anciens de la Gâtine et du Limousin, une frange continue dont les festons irréguliers suivent tous les accidents des couches géologiques; elles sont absentes de la plus grande partie de la région centrale du Seuil, à cause de la grande épaisseur des dépôts plus récents, qui ne leur permet pas de se montrer au fond des vallées. Mais elles reparaissent dès qu’une dislocation relève les couches liasiques au-dessus du niveau général des plaines. C’est ainsi qu’on les rencontre au sommet de la colline de Champagné-Saint-Hilaire, à 190 m. d'altitude, et de l’anticlinal de Montalembert, continué par le plateau de Melle, où l'on voit sourdre tantôt de petits suintements donnant naissance à des prairies humides, tantôt de grosses fontaines qui deviennent vite des rivières; la Sèvre naît à la source de Fonthedoire, la Belle à la source de la Belle. A six kilomètres au sud de Poitiers, la faille de Ligugé ramène au jour les marnes bleues, dont l'apparition est accompagnée de nombreuses sources entre Croutelle et Fontainele-Comte, entre Mezeaux et Virolet!.

Ces marnes ne constituent pas le seul niveau d’eau du Poitou; il en existe plusieurs autres déterminés par le contact de couches perméables et imperméables, mais ils jouent un rôle bien plus restreint. Les roches cristallines, que l’on ne rencontre pas seulement en Vendée et dans le Massif central, mais encore au cœur des plaines, grâce à des accidents tectoniques que nous connaissons déjà, constituent une surface presque impénétrable; l’eau suinte de toutes parts pour former d'innombrables filets limpides qui s’écoulent sur le flanc des vallées, sous un tapis d'herbes amies de la fraîcheur. Mais beaucoup de ces ruisselets, alimentés seulement par les pluies, tarissent pendant l’été?. Ils n'ont guère d'autre utilité que d'irriguer les prairies au printemps.

1. Wezscu. Réunion extraord., p.959. © DE Loxcuemar. Etudes séolos., I, p. 149.

La surface des calcaires marneux de l'oxfordien retient aussi les eaux, qui s'écoulent par des sources lorsque les calcaires du rauracien viennent former un revêtement protecteur au-dessus d'eux; mais quand il vient à manquer, l'évaporation exerce une action prépondérante et prive d'eaux courantes de grandes étendues de terrain. C’est le cas du bassin de Lezay, constitué presque entièrement par les marnes oxfordiennes; les sources y sont très rares et intermittentes, comme celle de Linazay!. Elles sont plus nombreuses, quoique fréquemment encore intermittentes, dans la plaine de Neuville, où elles donnent naissance au Palu, au Prepson et à la Dive de Montcontour; celle de la Chiliaisse, près de Blaslay, inonde le fond de la plaine lorsque des pluies persistantes.la gonflent et la font déborder, au grand détriment des récoltes, qui pourrissent; aussi a-t-elle mauvais renom auprès des cultivateurs de la contrée. Les failles, en mettant en contact des assises différentes, déterminent à leur tour l'apparition de sources : telle est l’origine de celles des Trois-Moutiers, sur la rive gauche de la Petite-Maine, des fontaines de Son, de Basses, de Claunay, qui jalonnent la faille du Loudunais. La source de la Grimaudière, origine de la Dive, naît aussi dans le-voisinage d’une faille qui fait buter le bathonien contre l’oxfordien?.

Au sud de la plaine de Niort et du Marais, les calcaires marneux du jurassique supérieur possèdent d'assez nombreuses sources, presque toutes situées à la naissance des vallons; elles sont beaucoup plus fréquentes au voisinage du Marais que dans la moitié sud de l’Aunis, ce qui tient à la présence du banc bleu du séquanien, bien plus rapproché de la surface du sol au nord qu’au midi. Les failles qui rompent la régularité des couches en Aunis produisent de brusques dénivellations dans le niveau d’eau général de la région, ce qui a pour effet de faire voisiner des contrées absolument sèches avec d’autres remplies de marécages; les environs de Nuaillé et de Mauzé en offrent d'excellents exemples.

Généralement on n’observe pas dans la région jurassique plusieurs étages de sources superposés; l’homogénéité des masses calcaires sur de grandes épaisseurs s’y oppose. Il n’en va plus de même dans le pays de craie qui limite au nord le Poitou. Les collines du Mirebalais présentent, sur une épaisseur qui atteint 100 mètres à Scorbé-Clairvaux, une succession de terrains alternativement perméables et imperméables qu'accompagnent autant de nappes aquifères. Le fond et les flancs des vallées, en particulier de celles du Palu, de l'Envigne et de la Vienne, sont occupés par des sables cénomaniens coupés de lits marneux; une eau excellente filtre à travers le sable fin pour venir sourdre au contact des marnes en petits filets éparpillés; beaucoup tarissent pendantles étés secs, mais, par contre, il en sort spontanément de tous les côtés, après une période de pluies un peu prolongée*. Ce sont des sourdis. Audessus règne un niveau plus constant et plus abondant, à la surface des marnes cénomaniennes que surmonte l’épais massif filtrant de la craie turonienne. Là, de grosses

Page 1