Leo DESsAIvRE. Le Poléon Saint-Maxire
2, Wezscu. Réunion extraord., p. 1017,
Elles la doivent à leur origine même. Formées par les sources abondantes, et qui jamais ne tarissent, des calcaires jurassiques, elles échappent dans une certaine mesure aux fluctuations des saisons. Les eaux de pluies tombées en abondance au début de l'hiver mettent plusieurs mois à voyager à travers les bancs calcaires avant de reparaître au jour par les innombrables fontaines qui sourdent dans toutes les vallées. Les sécheresses de l'été, qui sur un terrain imperméable réduiraient à rien le volume des rivières, voient leur influence combattue par les réserves d’eau accumulées sous terre pendant la saison froide. Ce sont les pluies tombées depuis le mois d'octobre jusqu’au mois d'avril qui, entretenant l'abondance des sources, soutiennent le débit des rivières; certes, il se manifeste un fléchissement à la fin de l'été, mais il est bien faible. Un autre avantage des cours d’eau poitevins, c’est de recevoir tout du long de leur cours le tribut de sources qui se succèdent souvent à intervalles rapprochés; fréquemment elles débouchent sur les berges ou dans le lit même de la rivière, qui ne cesse ainsi de s’accroître d’une façon continue. Il n’a pas été fait d'enquête systématique sur le régime des rivières en Poitou, la Vienne exceptée, bien que l’administration des ponts et chaussées l’ait projeté depuis un demi-siècle. M. Comoy avait prescrit en 1856 de commencer l’étude des principaux affluents de la Vienne, Clain, Envigne, Veude et Grande-Blourde!, Ce fut lettre morte. On ne possède que des renseignements épars, recueillis accidentellement à l’occasion de travaux locaux.
Un rapport laconique donne comme débit d’étiage du Clain à Poitiers 2 mètres cubes. Les crues sont peu considérables; aucune indication n'est fournie à cet égard. « Il est à présumer qu’elles arrivent au confluent bien avant les grandes crues de la Vienne. Nous n'avons pas d'observations précises?. » À défaut d'indications de cette nature, nous en avons d’autres sur le mode d’alimentation de la rivière, qui mettent en pleine évidence le rôle de premier ordre joué par les sources. A l’occasion d’un projet de canal devant relier le Clain et la Charente, on entreprit en 1826 une reconnaissance du cours depuis Vivonne jusqu’à la source. Sur ce trajet de 85 kilomètres, il ne fut pas relevé moins de 67 sources venant aboutir dans le lit de la rivière; les plus éloignées se trouvent à 100 mètres du bord, un grand nombre sourdent à 2 ou 3 mètres seulement. Entre Vivonne et le confluent de la Dive, en calcaire bathonien, le Clain n’en reçoit que trois, et elles sont encore assez espacées jusqu'à Sommières; mais à partir de ce point, la vallée est définitivement établie sur les marnes du lias, et les sources se succèdent à moins d’un kilomètre d'intervalle.
L’affluent le plus abondant du Clain, la Vonne, avait été de son côté l’objet d’une étude précise en 1809. Entre le pont de Pranzay et le grand moulin de Curzais, distants de 18 kilomètres, la pente moyenne est de 65 centim. par kilomètre, avec des
1. Lettre de l’ingénieur en chef à Châteauroux à l’ingénieur en chef à Poitiers (1856). Arch. Vienne, SS4, liasse 6.
2. Rapport de l'ingénieur en chef au préfet de la Vienne (29 sept. 1856). Arch. Vienne, tbidem. 3. Reconnaissance du cours du Clain depuis Vivonne jusqu’à sa source (1826). Arch. Vienne, SS4, liasse 5.