Arch. Vienne, SS4, liasse
oscillations qui vont de 1 m. à 0",30. Profonde de 2 mètres en moyenne, la Vonne a un débit extrêmement variable suivant les sections de son cours; il passe de 5 mètres cubes en face de la Champaisière, près de Lusignan, à 0%,671 au pont de Sanxay, tandis qu’en amont, à la limite des départements, il est de 13,563. Ces différences tiennent aux variations de la vitesse, qui est deux fois plus grande à la Champaisière qu’au pont de Sanxay. Les mesures, effectuées au mois de septembre, après un été pluvieux, doivent se rapprocher assez de la moyenne ordinaire de la rivière.
L'influence des sources sur la tenue des rivières en été est bien marquée pour la Sèvre Niortaise. Son cours supérieur, au-dessus du confluent du Pamproux, roule en hiver 0%%,300 par seconde, et en été 0"%,090!; l'écart de débit est donc de 3/10, ce qui est une proportion très faible. Ilaugmente lorsque des pluies violentes et prolongées font ruisseler l’eau pendant quelques heures, ou même pendant quelques jours, dans les vallées ordinairement sèches qui aboutissent à celle de la Sèvre; un régime torrentiel s’y établit, qui a pour effet de raviner profondément le sol des vallées et d’enfler rapidement la Sëvre?. Puis l’état des choses redevient normal.
D'une façon générale, l’ensemble des cours d’eau poitevins possède un régime calqué sur celui des pluies. A défaut de mesures exactes, on a l'impression que les périodes de hautes et de basses eaux se produisent avec un retard d’un à deux mois sur celles des grandes pluies et des sécheresses. Après l’exceptionnelle période pluvieuse d’octobre 1907, le Clain n'avait éprouvé au début du mois de novembre qu’une montée insignifiante, qui n’atteignit pas 0",50; l'effet des pluies ne se fit sentir qu'à la fin de l’année, lorsque le sol enfin saturé se mit à dégorger le trop-plein de ses eaux. Les prés du fond*de la vallée furent inondésÿ. Le régime de crues d’hiver et de basses eaux d'été est la règle. Les variations de débit se produisent, on vient de le voir, avec une extrême lenteur. Les rivières sont aussi paresseuses à rentrer dans leur lit qu’à en sortir. Les crues soudaines paraissent être inconnues.
La Vienne. — Tout autre est le régime de la Vienne, une étrangère aux allures désordonnées qui fait le plus complet contraste avec le calme serein des rivières proprement poitevines. Toutes les brusqueries que le climat et le sol du Massif central impriment aux cours d’eau nés sur son territoire se retrouvent dans les soubresauts qui la secouent. La traversée des plateaux calcaires, où son cours est profondément encaissé, reste sans effet sur elle; ce n’est qu’au moment d'entrer en Touraine qu’elle reçoit le Clain, dont le volume est insuffisant pour modifier son régime. Les seuls affluents qui lui arrivent auparavant sont tous issus du Massif central; la Goire, l’Issoire, les deux Blourdes, dévalent sur des pentes de granit fortement inclinées, dans de véritables rainures au fond desquelles roulent des torrents après les grandes pluies, ou bien se traînent de maigres filets d’eau par les temps de sécheresse.
La pente de la Vienne reste encore très rapide en Poitou. D’Availles à Chalais elle est de 1,35 par kilom., et de Chalais à Pensot, dans une partie du cours encore en . Gin. Formation de la Sèvre Niortaise, p. 9-10.
. Ipem. Jbidem.
. Observation personnelle.
voie de creusement, elle s'élève à 2 m., pour s’abaisser ensuite à 0",50 jusqu'à Lussac. Elle se réduit beaucoup dans la zone crétacée, où la rivière a pu creuser rapidement son lit, puis régulariser son profil grâce au peu de résistance des sables et des marnes du cénomanien; entre Châtellerault et le confluent de la Creuse, elle n’est plus que 0,442 par kilomètre !. Cette atténuation survient trop tard pour ralentir les crues, qui se propagent avec une extrême rapidité. En voici un exemple. Du 15 au 17 août 1868, de violents orages éclatent sur le Poitou et le Limousin. Le 17, à 2,45 du soir, on télégraphie de Limoges qu’une crue de 1",05 s’est manifestée sur la Vienne et que les eaux baissent déjà rapidement. Le même jour, à Châtellerault, à 8 heures du matin, la rivière était à 0",07 au-dessous de l’étiage; à 3 heures de l’après-midi, elle s'élève à 1,50 au-dessus, et de 4 à 6 heures atteint 1",60. C’est l'effet des orages qui ont sévi dans le sud du Poitou. La crue signalée de Limoges arrive dans la nuit et vient relayer le premier flot d’origine locale. Le niveau de la Vienne reste en effet stationnaire à 1",10 le 18 septembre depuis 9 heures du matin?. Ainsi un simple orage peut faire monter la Vienne à Châtellerault de plus de 1 mètre et demi en six heures de tempsÿ. C’est bien là le caractère de soudaineté dans les crues propre aux rivières du Massif central. L’amplitude des écarts entre les hautes et les basses eaux est une autre marque de cette origine. Le niveau de l’étiage est souvent atteint pendant les périodes de sécheresse, parfois même la rivière reste en dessous, et d'autre part la hauteur moyenne des grandes crues atteint 7",07 à Châtellerault. Le débit, qui y est en temps normal de 18 mètres cubes, s'élève alors à 2.180 mètres cubes, c’est-à-dire qu’il est 121 fois plus considérable, et la rivière court avec une vitesse de 2",67 à la seconde *.
Il n’y a rien de plus irrégulier que les époques de crues de la Vienne. Leur dépendance étroite à l'égard des pluies, qui sur le sol imperméable du Limousin alimentent seules les rivières, sans le secours régulateur des sources, fait que la rivière monte et baisse suivant les fluctuations mêmes du régime pluviométrique. Chaque période pluvieuse est immédiatement suivie d’une crue, chaque période sèche d’une baisse des eaux. Ce sont d’ailleurs les pluies tombées sur le Limousin qui déterminent les variations de débit de la Vienne; celle-ci peut monter à Châtellerault sans qu'il soit tombé d’eau en Poitou; il suffit que le cours supérieur en ait reçu. Dans sa traversée du Poitou, la Vienne est un simple canal dans lequel se propagent les crues et les maigres; son indépendance à l'égard de la région qu’elle parcourt est complète.
Il est fort difficile de se faire une idée de ce que peut être le régime moyen d’une rivière aussi irrégulière; à la vérité, il n'existe pas. On voit la rivière très haute ou très basse, presque jamais à un niveau moyen; tout ce que l’on peut dire, c’est qu’à
1. Rapport cité du 29 sept. 1856. Pièces annexes, Arch. Vienne, SS/, 1. 6.
2. Dépêches de l'ingénieur ordinaire au préfet, 17-18 août 1868. — Arch. Vienne, S4, 1. 27.
3. Entre Confolens et Châtellerault, la vitesse de propagation du maximum dépasse 6 km. à l'heure, et la crue franchit en 15 heures la distance de 101 km. qui sépare les deux villes. (Comoy, Etudes, noles, p. 91).