‹ Les Plaines du PoitouChapitre 68 sur 132 · LES FORÉTS · texte numérisé non relu

LES FORÉTS

Sans posséder de forêts comparables à celles de la région parisienne ou de l’est de la France, les plaines du Poitou sont restées encore assez boisées dans leur partie orientale. Les massifs d'arbres couvrent 12 p. 100 de la superficie du département de la Vienne, avec 84.237 hectares. La proportion est bien moindre dans le Sud et l'Ouest : elle tombe à 2,7 p. 100 dans la plaine de Luçon, et le Marais en esttotalement dépourvu. C’est que la répartition des forêts est en relation étroite avec la nature du sol : ce sont les cantons les plus siliceux, les plus caillouteux, les plus dépourvus de terre végétale, en un mot les mauvaises terres, que les arbres occupent en maîtres. Or, les sols siliceux sont extrêmement répandus dans le seuil du Poitou; que ce soient les sables cénomaniens du Mirebalais, les meulières d’origine lacustre, les argiles marbrées ou les graviers des plateaux, débris descendus des massifs anciens au cours des périodes géologiques, la pauvreté en éléments fertilisants, chaux, potasse, acide phosphorique surtout, en fait des terrains peu productifs. Le paysan a laissé de côté ces sols lourds, très difficiles à travailler, que son areau primitif était incapable d’ameublir. Il a reporté toute son activité sur les pays calcaires exempts d’apports siliceux, il les a déboisés à outrance, il en a fait les Plaines aux vastes horizons, où les champs s’avoisinent sans murs ni haies, où l’on ne trouve d’autres arbres que les noyers plantés par l’homme. Les forêts n'apparaissent au sud-ouest, dans les pays calcaires qui font la transition avec la Saintonge, que parce que ces calcaires sont presque complètement dépourvus à leur surface de terre végétale. Mais les plaines de Niort et de Luçon, où les terres rouges de décomposition, qui constituent le sol arable, possèdent souvent jusqu’à 1 m. de profondeur, ont été totalement dépouillées de leur végétation arborescente. On peut, sans exagérativn, poser en principe qu’en Poitou les sols siliceux portent toujours des bois, et que les sols calcaires en sont généralement dépourvus; inversement, la présence d’un bois avertit de la nature siliceuse probable du sol, une campagne découverte est l'indice d’un terrain où prédomine la chaux.

Cela explique que la flore forestière poitevine comprenne surtout des espèces sili= cicoles : chênes rouvre et pédonculé, chêne tauzin, châtaignier, pin maritime et pin sylvestre, voilà les essences dominantes; le chêne et le pin sont presque exclusifs dans les forêts de Moulière et de Vouillé-Saint-Hilaire, au sol très argilo-siliceux; dans celle de Saint-Sauvant, où des plaques de graviers de quartz reposent sur l’argile rouge à chailles du jurassique, le châtaignier vient s'associer au chêne; dans celle de l’'Hermitain, où cette argile rouge est tout à fait prépondérante, on le trouve en peuplement pur; il y est chez lui, sur son sol, appelé communément la terre à châtaigniers. Au contraire, on le chercherait vainement, de même que le pin, dans les forêts de Chizé et d'Aulnay, qui poussent en terrain calcaire : le chêne y domine, en compagnie du hêtre, qui n’est nulle part aussi abondant en Poitou, du charme et de l’érable ; le sous-bois diffère aussi : les ajoncs et les fougères des sols siliceux y font place au houx, au buis, au genévrier. L'aménagement rationnel des forêts a d’ailleurs modifié leur flore; pour développer le plus possible les essences utiles, on a éliminé celles qui ne présentaient pas un rendement suffisant. La forêt d'Aulnay, par exemple, était plus variée au dix-septième siècle que de nos jours : au milieu des chênes, des hêtres, des charmes, croissaient quantités d’épines et d'arbres fruitiers divers'. De même dans celle de Chizé. La plupart de ces arbres ont fait place au chêne. Des espèces nouvelles ont été introduites : le pin sylvestre, étranger à nos plaines de l'Ouest, a été semé en grande quantité sur tous les sols siliceux, où il vient à merveille; le pin maritime, spontané dans la Saintonge et l’Angoumois, a été propagé largement en Poitou; on a multiplié le châtaignier sur les terres rouges à chailles. En même temps qu’on réduisait le nombre des espèces, on agrandissait l’aire d'expansion de celles qu’on tenait à conserver; méthode qui a transformé dans tous les pays la physionomie des régions forestières.

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L'histoire des forêts. — Les forêts ont dû couvrir primitivement tout le pays; sauf dans les régions de marécages, le sol ne leur est nulle part défavorable, et certains terrains, tels que les sables argileux et les cailloutis des plateaux, se prêtent même particulièrement à leur venue. Leur extension paraît être restée considérable jusqu’à l’époque gauloise. Les civilisations précédentes n’ont guère laissé de traces en dehors du voisinage des vallées; les dolmens, assez nombreux dans la contrée, sont presque tous situés auprès des cours d’eau, et plus spécialement auprès des sources qui se font jour Sur les flancs des coteaux. Il n’en existe pas un seul sur les plateaux, encore très boisés, qui s'étendent entre le Clain et la Vienne; on ne peut guère expliquer cette absence que par l'obstacle de la forêt. Il est cependant deux régions où les dolmens s’écartent des vallées pour se répandre à la surface des plaines : ce sont la plaine de Neuville et la plaine de Luçon. Il semble que ces terres de groie, très sèches, où l’eau s’infiltre rapidement en profondeur, mais qui offrent en même temps les sols

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