Alfred Maury, Foréts, p
la donation. Si le territoire abbatial avait été entièrement forestier, on ne s'expliquerait pas que le comte concédât aux moines le droit de prendre hors de chez eux du bois de construction dans sa forêt domaniale (la forêt de Benon), et cela même dans les réserves, « s’ils n’en pouvaient trouver ailleurs ». Il leur accordait aussi le droit de pacage dans la même forêt pour tous leurs bestiaux!. C’est donc que le territoire de l’abbaye élait si peu boisé qu'on n’y pouvait trouver ni matériaux de charpente ni pacage. Cette, supposition est confirmée par un acte de 1273 où l'abbé de la Grâce-Dieu énumère des moulins (aujourd’hui les moulins de l’abbaye), des vignes, «une grant pièce de terre » et quatre
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entre les bâtiments de ÿ l’abbaye, le chemin de Ferrieres 1273 Saint-Sauveur etle ha- Se 4 meau de la Fraignée?. Sri 7e Z Le nom même de ce Lo A 1) hameau dénote un très ancien défrichement, effectué bien avant le treizième siècle ; il ap- LeGue d’
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dE À t L1G. 49. — Carte pour servir à l'histoire de la forêt de Benon poemes tenenmen du dixième au treizième siècle.
tionne à l'est de la Les noms inscrits sur la carte sont ceux des localités mentionnées dans les chartes Fraionée Le « bois des de cette époque. Les chiffres qui les accompagnent désignent les dates auxquelles ® ; à ces localités apparaissent pour la première fois dans les textes. Fournaus », qui subsiste toujours. Les chemins et sentiers qui sont également cités n'ont pas davantage changé de nos jours. La contenance des bois abbatiaux n’est pas indiquée dans ces anciennes chartes, mais on la trouve dans une déclaration du 8 janvier 1547 : à cette date, le bois l'Abbé, tout en haute futaie de quatre à cinq cents ans, a une demi-lieue de circuit, le bois les Lignes 15 arpents, et le bois Fourneau 20 arpents ; sur la lisière
de la forêt de Benon, l’abbaye possède 200 journaux de bois taillis à la Grange-du-Bois
1. Musser. La Gréce-Dieu, p. 136. Voir carte état-major, feuille 152, la Rochelle N.-E., bord nord de la feuille.
2, MusserT. lbidem, p. 171-172.
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et 50 arpents à Darday!. En 1677 la contenance forestière totale est de 440 arpents!. Tous ces bois se retrouvent aujourd’hui avec les mêmes dimensions.
Autre document: en 1297, Jehan de la Vau, seigneur de Nuaillé, donna à l’abbaye la seigneurie de la Névoire, qui s’appela désormais la Petite-Abbaye. Située entre Courçon et Saint-Martin-de-Villeneuve, elle touchait d'une part au marais de Courçon et d’autre part à la forêt de Benon, « à celui leu de la forest le Rei que l’on appelle publiamment l'Essart, et daudit Essart enjuques au fei de la Perche ». [ci encore les défrichements que dénotent les noms de ces deux lieux dits étaient fort anciens. Les terres du donateur étaient cultivées en avoine!.
Ainsi, au moyen de chartes des dixième, douzième et treizième siècles, nous avons fait le tour complet de la forêt de Benon par le village de Benon, les fermes de Puits- Péot, de Darday, de Fortunezay, du Pommeray, par l’abbaye de la Grâce-Dieu et la Petite-Abbaye; nous avons constaté l'emplacement des terres cultivées et des bois, et nous arrivons à cette conclusion que l’extension de ceux-ci ne différait pas sensiblement de celle qu'ils ont de nos jours. On ne saurait donc regarder le défrichement de cette partie de l'antique forêt d'Argenson comme l’œuvre des moines de la Grâce- Dieu: il remonte à une époque bien plus éloignée. L'opinion de Maury à ce sujet ne peut plus être soutenue. On voit d'autre part combien les termes génériques tels que foresta, boscum, sylva, sont vagues et parfois inexacts dans les textes du moyen âge; on ne peut leur accorder de valeur qu’autant qu'ils sont accompagnés d'indications précises sur l'étendue et les limites du territoire vraiment forestier. Ces précisions sont d'autant plus rares que les textes sont plus anciens ; nous en avons cependant trouvé un exemple : vers 1010, le comte Guillaume donne à l’abbaye de Saint-Jean-d’Angély la forêt d’Arincion (forme qui est à rapprocher d'Argenson), comprise entre Saint-Félix et Dœuil (à l’ouest de la forêt d’Aulnay) et qui mesure deux milles de long sur un mille de large (plus minus in longitudine miliarios duos, in latitudine miliarium unum) 2SOT environ 4 kilomètres et demi sur 2 kilomètres et quart; ces dimensions n’excèdent guère celles du bois actuel de Dœuil, qui occupe le même emplacement. Il n'y a donc pas eu disparition de forêt, comme l’a cru M. Faye, qui a été trompé par le changement de nom. Ce cas particulier conduit encore à la même conclusion que l’étude de la forêt de Benon, à savoir que, dans la contrée qui nous occupe, les superficies forestières réelles ne différaient que très peu, au début du onzième siècle, de ce qu’elles sont aujourd’hui.
Il est inutile d’allonger outre mesure cette discussion; la démonstration nous paraît faite. Nous noterons seulement qu’en l’an 1000 le territoire du Pin, au N. de Saint- Jean-d'Angély, était défriché depuis longtemps, et qu’il en était de même en 1012 de celui de Cherbonnières, alors tout en cultures et couvert de fermes ?. Dès cette époque la forêt n'existait plus qu'à l’état de souvenir conservé par le nom même du lieu dit. Les localités dites le Breuil, Breuillet, assez nombreuses en Aunis, au sud de
1, 2,3. Musser. La Grâce-Dieu, p. 63, 115, 181. 2. Musser. Cartul. de Saint-Jean, p. 29. — Fawe. Viguertes Aunis, p. 355, n. 3. 3, Musser. Carlul. de Saint-Jean, p. 77 et 163.
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Mauzé et à l'E. de Surgères, rappellent l'existence d'anciens bois, mais on ignore complètement à quelle époque ceux-ci ont disparu. Les documents que nous avons cités plus haut montrent seulement que les défrichements sont plus anciens que le onzième siècle. Il faut se montrer très circonspect dans les conclusions que l’on pourrait être tenté de formuler sur l'extension primitive des forêts en s'appuyant sur les indications que fournissent ces formes toponymiques; d’autant plus qu’on les rencontre toutes au voisinage de bois encore existants, parfois même en plein bois : par exemple, le Grand-Breuil, à 4 kilom. S.-E. de Mauzé.
On ne peut compter au nombre des défrichements certains, en Aunis, que ceux des forêts de Charron et de Fleuré (près de Laleu) et, dans la plaine de Niort, de la forêt de Bessines, à 4 kilom. S.=W. de Niort, citée en 985'. On ne sait d’ailleurs rien sur leur étendue.
La question du déboisement au moyen âge est donc à reprendre en entier, à l’aide d’une critique serrée des documents d'archives, et dans la mesure où ils s’y prêtent, car ils sont eux-mêmes loin de posséder toujours la précision nécessaire à ce genre d'étude.
Il en va tout autrement pour les temps modernes. L’« Estat des Forests et Bois du Roy de la Province de Poitou», qui constitue la deuxième partie de la « Réformation générale des Forêts de France », entreprise sous l'initiative de Colbert, donne, à la date de 1667, tous les détails désirables sur les forêts royales, qui étaient les plus vastes et les plus intéressantes. On est stupéfait, à la lecture de ce document, du gaspillage effréné auquel furent livrés les bois pendant le seizième et le dix-septième siècle, par suite de l’incurie administrative et, bien souvent, de la coupable cupidité des maîtres des eaux et forêts. Ceux-là mêmes qui étaient chargés de veiller à la conservation des richesses forestières étaient les premiers à les dilapider pour en tirer un profit personnel, et à tolérer tous les abus des usagers, qui ne se faisaient pas faute de saccager les bois. « Partie des forêts sont entièrement ruinées et dégradées, comme celles de Châtellerault, Moulière et la Chavaigne. » La forêt d’Aulnay a été « dépeuplée des plus beaux chênes par les officiers et usagers ? ».
La forêt de Châtellerault, de trois lieues de circuit, était, au début du dix-septième siècle, moitié en taillis, moitié en grand bois. Elle fut vendue en 1645 par le duc d'Orléans pour 90.000 livres; la coupe dura dix ans; « il n’est revenu que fort peu de taillis dans cette coupe, qui a été mal aménagée ».
L'état de la forêt de Moulière, qui, avec ses 8.170 arpents, était la plus vaste de tout le Poitou, offrait un aspect encore plus lamentable; « il n’y @voait plus aucun arbre, sauf 301 arpens de menue futaie revenue sur souches ». « Il n’y reste aujourd'hui que des landes, bruyères et ajoncs que les riverains font paître par leurs bestiaux et les coupent pour faire des litières; et dans l’autre partie de ladite forêt où il reste du plant environ la quantité de 4.000 arpens, il n'y a que des taillis épars, tous abougris, . Faye. Vigueries Aunis, p.335, note 3.
. Réformation, p. 2 et 264.
. Réformation, p. 271.
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mangés du bétail et si mal conditionnés qu’il est impossible de les rétablir, à moins de receper le tout!. » Les méfaits des droits d'usage se montrent ici dans toute leur ampleur. L'exploitation des carrières de pierres meulières avait aussi contribué à dévaster 2.000 arpents, qu'on ne pouvait plus rétablir en bois. Enfin, les incendies ajoutaient leurs désastres : en 1741, 1.031 arpents sont dévorés par le feu; en 1748, 369 arpents*. Comme remède à cet état de choses, l’enquêteur propose d'établir des taillis exploités à la révolution de vingt ans.
Ses tournées l’amènent à constater que les bois de Lusignan, de Saint-Sauvantet de Coulombiers, jadis futaies, ne sont plus que des « taillis sans aucuns baliveaux, lesquels ne sont pas de grande valeur ». La forêt de Chavaigne, à deux lieues de Montmorillon, n’a plus que 260 arpents de bois planté sur 1.170 « de chênes extrêmement gros et élevés » qu'elle contenait en 1640, époque à laquelle elle fut vendue; le terrain fut mis en culture en 1655. Disparus, les bois du Lans, près de la Chavaigne, de la Doussière, près de Toulon, « dont il ne reste à présent aucun vestige », mais seulement « des terres incultes percées de rochers, avec un peu d'herbes et des landes rases ». Évanouis, les 672 arpents de la petite forêt du Roi, à une lieue de Montmorillon, les 279 arpents du bois des Guillements, près d'Usson, qui ne sont plus que ronces et landes; les 138 arpents de la forêt d'Usson, « détruite il y a si longtemps qu'à peine il en reste mémoire », et changée en « lande rase » ; les 500 arpents des bois de Jean, à une lieue de Civray. Plus heureux, le bois des Touches, à une demilieue au S. de Civray, avait réussi à garder ses taillis.
Pour être en un peu moins piteux état, les forêts de Chizé et d'Aulnay n’en avaient pas moins été sérieusement maltraitées. Dans celle de Chizé, « les grands délits, défrichements, usurpations et toutes sortes d'abus et malversations qui s’y commettent tous les jours pourraient en peu de temps causer la ruine totale sans espérance d’aucun rétablissement s’il n’y était promptement pourvu* ». Les chênes sont « tous tortus, noueux et ne s'élèvent qu’en branches. Les autres bois, brûlant mieux, ont été beaucoup plus dégradés par les riverains, qui ont « ruiné à peu près la moitié de la forêt ». Au milieu du dix-septième siècle, les minimes de la Rochelle et un parti culier, le sieur Desajots, ont défriché 600 arpents, donnés par le roi vers 1645. Les riverains, se passant de permission, avaient aussi mis en labours et en vignes une grande surface de la forêt; il faut accepter le fait accompli, car « la surveillance de nouvelles plantations serait impossible ». Pour empêcher la continuation de ces méfaits, on propose de ne garder que trois routes dans la forêt, en supprimant tous les autres chemins : « chaque particulier, ou presque, avait son chemin », ce qui facilitait singulièrement les déprédations.
Sur 4.000 arpents de contenance totale, la forèt d’Aulnay renfermait une réserve de 560 à 600 arpents de futaie de chènes de trois à sept pieds de tour, « assez beaux et