‹ Les Plaines du PoitouChapitre 77 sur 132 · Cité par Riser, Géolog. agricole, IV, p · texte numérisé non relu

Cité par Riser, Géolog. agricole, IV, p

1722, où il y eut « très peu de seigle, et à peine pour retourner en terre », à cause des pluies persistantes; en 1723, où ce fut la conséquence de la grande sécheresse; en 1724, en 1726, « où les pluies considérables survenues pendant l’emblavaison ont empêché la culture d’une partie des terres ». Les renseignements font défaut entre 1728 et 1757. En 1758, on voit reparaître une mauvaise année; la récolte est réduite de moitié. « Les vessereaux et jarousses ont totalement manqué; il ne s’est recueilli que le double de la semence de l'orge, qui est de mauvaise qualité, et des graines de mars, comme baillarge et avoine. » En 1760, la récolte « de la baillarge et de l’avoine, qui ont été pressées à la montée par les grandes sécheresses, n’est que du quart ». C'est un exemple bien net de l'influence pernicieuse exercée sur les racines des plantes par la contraction des argiles desséchées. Mauvaise année encore en 1774. Enfin, récoltes désastreuses en 1788 et 1789, à la suite d’une série extraordinaire d'intempéries : pluies diluviennes en 1788, hiver d’une rigueur inconnue en 1789, suivi égale= ment de pluies persistantes. Le produit moyen en grain paraît être tombé en 1789 aux environs de trois hectolitres à l'hectaret. « Il n’y a aujourd’hui aucune espèce de blé vieux, comme il y en avait l’année précédente, et malgré cette circonstance nous en manquâmes; que deviendra donc notre peuple cet hiver *? » La misère des campagnards, qui se répercuta sur la population ouvrière des villes, est de nature à expliquer bien des troubles de la Révolution.

Toutefois il ne faudrait pas la mettre uniquement sur le compte de la routine obstinée des cultivateurs, entêtés à ne rien modifier à leurs méthodes ancestrales. Les propriétaires étaient au moins aussi responsables que les paysans de ce lamentable état de choses. Quand on voit dans des baux passés avec les fermiers des clauses obligeant ceux-ci à ne modifier en rien, sous aucun prétexte, l’état des cultures existantes”, on est bien forcé de reconnaître que les propriétaires entendaient aussi mal que possible leurs propres intérêts. On ne peut pas invoquer à cet égard des sujétions provenant du régime social ou fiscal, puisque les baux dont il s’agit étaient consentis par des privilégiés qui se condamnaient eux-mêmes à ne retirer de leurs terres que de misérables récoltes. La vérité est que la routine sévissait également à tous les degrés de la hiérarchie sociale. On fut longtemps avant de la secouer. En 1834, sur la propriété de Bride les Loups, située communes d'Usseau et de Thuré, près de Châtellerault, en plein terrain d’argiles marbrées, l’assolement se pratiquait encore de la manière suivante : « Première année, froment peu fumé, le plus souvent pas du tout; deuxième année, orge ou avoine de printemps, sans fumier; troisième année, jachère morte... La presque totalité de la propriété (environ 200 hectares) était en bruyères servant au pacage de chèvres venant de plusieurs lieues à la ronde... En parcourant

1. Arch. Vienne, série C, liasses 651, 652, 658, 659, 662, 680, 681, 695 (élection de Poitiers); GO, 617 (rapports à l'assemblée provinciale de 1789).

2. Ibidem, rapport du bureau intermédiaire de Saint-Maixent, 22 oct. 1789,

3. « Laboureront, fumeront, cultiveront et emblaveront lesdits preneurs tous les ans pendant lo cours des présentes bien et convenablement... sans pouvoir changer ni intervertir les guérets… » (Bail à ferme de la métairie de Jallais, par messire Balthazar Marie de la Fitte, seigneur de Béruges, à Jean Coineau, laboureur, et à sa femme; 4 juillet 1774.) — Arch. Vienne, E290, de la Fitte.

les baux de cette époque, on voit que 50 hectares de ces bruyères étaient affermés cinq douzaines de fromages de chèvre de deux sous... Il n’y avait que quelques hectares de sainfoin, ne donnant la plupart du temps qu'un pacage pour les animaux de travail et servant ensuite au parcours des moutons. Le bétail devait naturellement être peu nombreux. Aussi ne se composait-il que de 4 bœufs de travail, 2 vaches, 2 ânesses et 16 moutons !. »

Insuffisance des voies de communication. — Enfin, il y avait l'insuffisance des voies de communication, qui avait frappé Arthur Young, au cours de sa traversée du Poitou : «Le Poitou, selon ce que j'en vois, dit-il, estune vilaine et pauvre province, pour laquelle on n’a rien fait : elle semble manquer de communications, de débouchés, de mouvement de toutes sortes, et elle ne produit pas la moitié de ce qu’elle devrait produire?. » Le manque de chemins pesait lourdement sur l’agriculture, dont il paralysait le développement. « Tout le commerce intérieur, dit un rapport de 1787, on le doit aux grandes routes; elles seules offrent aux denrées un débouché. Entretenir et multiplier les chemins, c'est ouvrir une source de vie et de richesse à cette vaste province. C'est la tirer de cet état de stagnation et d'assoupissement où elle & toujours langui*. »

Cinq routes seulement desservaient la région des brandes : celles de Poitiers à la Rochelle par Lusignan; de Poitiers à Nantes par Vouillé, Ayron et Parthenay; de Poitiers à Civray par Gençay, inachevée au delà de Gençay; de Poitiers à Limoges par Lussac, Moulismes et Bellac; de Lussac à Montmorillon, ces deux dernières entièrement dans la brande*. En dehors de ces grandes artères, qui laissaient encore beaucoup à désirer, surtout à cause de l’état des ponts, il n'existait que des chemins de campagne, dont on peut se faire une idée par les restes qui en subsistent un peu partout de nos jours, en particulier aux environs de Saint-Martin-de-Lars, entre le Clain et la Clouère. Ce sont des pistes herbues, larges souvent d'une dizaine de mètres et même beaucoup plus, s’enchevêtrant en un lacis où il n’est pas toujours aisé de se reconnaître, car les genêts et les ajoncs qui les bordent barrent la vue comme des murs. Le passage des lourds chariots creuse des ornières profondes d’un ou deux pieds, qui ne sont jamais empierrées, carles matériaux propres à cet usage font défaut. Quand les ornières rendent trop impraticable le lieu de passage ordinaire, on contourne l'obstacle, ce qui élargit d'autant la piste aux dépens de la brande. En hiver, le sol argilo-sableux détrempé en fait un effroyable bourbier, gluant, glissant, défoncé par le piétinement des bestiaux et où les voitures risquent de s’enliser. Ces pistes ne sont guère fréquentables que pendant la belle saison; le reste du temps, le pays est pratiquement privé de communications avec l'extérieur.

Ces conditions défavorables sont aussi gènantes pour les améliorations foncières

1. Rapport de la prime d'honneur du département de la Vienne, par M. de la Massardière. Cité par Riscer, Géologie agricole, IV, p. 121.

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