Cité par RISLER, ouvr. cité, IV, p
3. Arch. Vienne, G, liasse 605, rapport n° 5 à l’Ass. prov., lu le 8 nov. 1787.
4. Idem, CG, 610, rapports du bureay des travaux publics pour 1787 et 1788.
que pour l'exportation des produits agricoles. C’est, en effet, pendant les labours d'automne et d’hiver que l’on incorpore au sol les amendements et les engrais qui lui sont nécessaires, opérations rendues quasiment impossibles par l’impraticabilité des chemins. La création de voies accessibles aux charrois pendant toute l’année s’imposait donc de façon urgente. C’est ce que comprit le bureau des travaux publics organisé par l'assemblée provinciale de 1787.
I1 proposa, en 1787 et en 1788, un plan de routes nouvelles. La région des brandes devait être desservie par une série de voies : route du Limousin en Bretagne, par Confolens, Pressac, Charroux et Civray; route de Poitiers à Bourges, par Saint- Julien-l'Ars, Chauvigny et Saint-Savin, « dont les plans étaient levés et anciennement approuvés, mais que l’on n'avait jamais amorcée »; route de Poitiers à Confolens par Saint-Martin-Lars, ouverte jusqu’à Civray, mais qui restait à exécuter entre Civray et Confolens; route de Montmorillon en Berry par la Trimouille et le Blanc, où elle rejoignait celle de Poitiers à Bourges ; achèvement du tronçon de Gençay à Civray par Sommières. Bien que l'établissement de ces grandes voies de communication fût conçu en vue des relations de province à province, et non en vue de l'intérêt local, elles se trouvaient quand même faciliter l'accès de pays jusqu'alors fermés et leur assurer des débouchés. Au lieu de trois routes, c’en étaient sept qui allaient desservir l'immense région comprise entre le Clain et l’Anglin. Évidemment, il restait entre les mailles du réseau des vides énormes, que l’on comptait combler par la création d’un réseau de chemins vicinaux. Ce vaste plan, pour l'exécution duquel ses auteurs demandaient, faute de ressources assez considérables, un délai dépassant vingt-sept ans, dut être ajourné en raison des événements de la Révolution. Il fut partiellement exécuté sous l'Empire et la Restauration; mais ce ne fut qu’en 1836, puis en 1839, qu'il fut repris et complété, et que les fonds nécessaires furent votés par le conseil général de la Vienne, qui en assura la mise en œuvre et l’achèvement!. Vingt-huit routes et chemins vicinaux allaient désormais sillonner en tous sens les plateaux de brandes, les ouvrir aux idées et aux produits de l'extérieur, y faire circuler une vie nouvelle.
Les transformations de la culture au dix-neuvième siècle. — Déjà, sous le règne de Charles X, les agriculteurs poitevins les plus instruits cherchaient à améliorer de leur mieux les sols pauvres, en sortant de la routine où le pays était endormi. Leur premier souci fut d'apporter au sol les amendements appropriés à sa composition. Comme c’est l'élément calcaire qui manque le plus à la terre de brandes, c'est celui qu’on chercha tout d’abord à lui restituer.
En 1827, un grand propriétaire de Coulombiers, M. de Fayolle, entretenait la Société d'agriculture de Poitiers des essais tentés par deux de ses voisins pour améliorer leurs terres par le chaulage et du succès qu'ils avaient obtenu. I Les avait imités
Délibérations du Conseil général en 1836 et 1839. Carte du PAPA de la Vienne et départ. limitronu (1839). — Arch. Vienne.
sur ses propres terres et n'avait eu à son tour qu’à s'en féliciter. M. de Chergé à Asnois, le comte de Lastic sur sa terre des Bordes, près de Saint-Julien-l’Ars, avaient aussi retiré de grands bénéfices du chaulage des bornais constituant la majorité de leurs terres!. « Ce fut principalement sur les confins du Limousin et de la Gâtine que l'élan fut donné, d’abord timidement et en utilisant seulement les issues, les déchets des fours à chaux; puis, les résultats des expériences faites ayant justifié l'emploi de cet énergique stimulant dans les vieux guérets comme sur les défrichements de date récente, l'amendement du sol par la chaux offrit un débouché important à l’industrie des chaufourniers, en même temps qu’elle en ouvrait un à l'exploitation régulière des brandes?, » La chaux est presque toujours fournie par les calcaires du bajocien et du bathonien, en général peu éloignés de la surface dans la région des brandes, où ils affleurent sur les flancs des vallées. On compte aujourd’hui environ 250 fours à chaux, qui livrent annuellement à la culture 600.000 hectolitres?. La plupart d’entre eux sont à proximité immédiate des lieux où on doit les employer, car le prix de revient, qui avoisine 1 franc l’hectolitre, est rapidement accru par les frais de transport. Aussi certains propriétaires ont-ils trouvé plus économique de fabriquer eux-mêmes la chaux sur leurs propriétés. Employé à raison de 25 à 30 hectolitres par hectare, le chaulage a parfaitement réussi dans les sols de bornais et d'argiles marbrées +.
Les marnes ont produit des effets analogues. Elles s’extraient soit des calcaires sacustres, soit du bajocien, soit de l'étage toarcien du lias. Les plateaux de calcaires lacustres, entre Montmorillon, Champagné et Châtellerault, sont criblés de marnières à ciel ouvert. Tantôt pulvérulente, tantôt mêlée de grumeaux et de nodules moins purs, la marne lacustre contient toujours une très forte proportion de calcaire, qui peut s’élever à 99 p. 100 en certains points*. On l’a d'autant plus activement exploitée que les gisements sont toujours à fleur de sol et qu’il suffit de creuser un trou de quelques mètres, ou même de quelques pieds, pour les atteindre. Aussi cet amendement a-t-il eu beaucoup de vogue dans le pays; son prix d'extraction est assez modique, de 0 fr. 50 à 1 fr. le mètre cube. Par contre, il en faut de grandes quantités : de 30 à 80 mètres cubes par hectare dans les terres cultivées depuis longtemps, de 100 à 200 mètres cubes dans les sols récemment défrichés. Il y a tendance aujourd’hui à délaisser les marnes lacustres pour la chaux, qui revient à meilleur marché et donne plus promptement des résultats tangibles.
Les paysans appellent du même nom de marne et emploient au même usage certains calcaires pulvérulents du bajocien et du bathonien, qui se présentent sur plusieurs points, toujours dans la région des brandes; ce sont des poches d’un calcaire très semblable, en effet, aux marnes lacustres comme aspect et comme composition, mais qui
. DE LoncuEmaR. Etudes géolog., IX, p. 31.
. IDEM, p. 29.
LARvARON. Economie rurale.
Dr LowquEmaR. Ouvr. cité, p. 32. é 95 p. 100 à la Chaise, près de la Chapelle-Moulière, 97 p.100 à Château-Fromage, près de Bignoux. (DE LoNGuEMAR, II, p. 38-39.) 6. LARVARON. Economie rurale.
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n’est qu'un facies particulier de la roche jurassique. Le passage latéral est facile à constater !.
Ce sont les marnes bleues du lias qui fournissent l'amendement le plus usité. De temps à autre, à la surface des sables tertiaires qui occupent les plateaux, on voit de grands amas d’une terre bleue dont la couleur insolite tranche sur le sol gris ou rougeûtre et attire les regards : ce sont des réserves de marnes toarciennes déposées là par les cultivateurs pour amender les sols froids, dépourvus de calcaire. C’est surtout dans l’est du Poitou, principalement aux alentours de Goueix et de Queaux, sur la Vienne, qu'on recherche cet amendement, parce qu’il y est plus riche en chaux*. Les marnes contiennent souvent de 10 à 18 p. 100 d’acide phosphorique, élément qui fait grandement défaut aux terres de brandes. Dans leur composition entrent encore des résidus organiques, à raison de 3 à 10 p. 100, et des pyrites, qui, dégageant de l'acide sulfhydrique, donnent souvent une odeur fétide à la roche nouvellement extraite des marnières®. Grâce à leur richesse en chaux et en acide phosphorique, les marnes toarciennes prennent une importance exceptionnelle dans l’économie rurale du Poitou. Extraites au prix de 0f,80 à 1 fr. le mètre cube, leur bon marché relatif devrait permettre leur diffusion générale. Mais le transport à longue distance est coûteux, et les frais qu’il occasionne obligent les cultivateurs à en restreindre l'emploi aux terres qui ne sont pas éloignées de plus d’une dizaine de kilomètres des marnières en exploitation. Si les chemins de fer consentaient des tarifs réduits pour leur transport, il deviendrait possible de transformer une grande quantité de mauvais terrains, qui restent encore soustraits aux bienfaits de leur emploit.
Un premier résultat, et des plus importants, de la pratique du chaulage et du marnage fut de substituer des cultures riches à des cultures pauvres et d’en accroître le nombre. « C’est alors que les seigles et les sarrasins, qui étaient jadis à peu près les seules céréales du centre et du S.-E. de la Vienne, ont cédé progressivement la place au froment, et que la luzerne a pu enfin alterner avec les trèfles dans la plupart des assolements”*. » On doit surtout à l'emploi des marnes bleues du lias, appliquées tous les douze ou quinze ans à la dose de 120 mètres cubes à l’hectare, l'introduction des légumineuses sur les terres de brandes, et par suite la possibilité d'entretenir un bétail plus nombreux et mieux soigné
1. En particulier aux environs de Mignaloux, sur la route de Saint-Benoît, et à la cote 132, à 1 kilom.
au $S, de la station de Mignaloux. Ces calcaires bajociens ont été portés comme lacustres {eÿe) sur la feuille de Poitiers.
Les calcaires dolomitiques des environs de Lussac fournissent un sable calcaro-magnésien qui est très usité comme amendement par les agriculteurs de la région. « Son action est surtout remarquable sur les prairies artificielles, où il donne de bien meilleurs résultats que les marnes du lias, même additionnées d’engrais. La raison en reste encore inconnue, » (LARVARON. Ouvr. cité.)
2. La teneur moyenne y est de 45 p. 100, et elle s'élève à 62 p. 100 à Lathus, à 75 p. 100 à Joussé, avec une quantité variable de magnésie, qui à Queaux atteint 1/3 de la masse du carbonate de chaux. (DE LoxGuEMmAR. Ouvr. cité, II, p. 44.)
. WeLscH. Réun. oo d , P. 819. — DE LONGUEMAR. Ouvr. cité, IT, p. LaARvARON. Ouvr. cilé.
De LoxGuemar. Ouvr. cité, IF, p. 50,
LARVARON. Ouvr. cité.
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Peu à peu, par l'exemple des grands propriétaires, par la création de champs de démonstration et de fermes-écoles, comme celle de Montlouis, près de Saint-Julien- J’Ars, et surtout par la fondation des sociétés et des syndicats d'agriculteurs, les méthodes modernes ont pénétré jusque dans les campagnes les plus reculées. On a combiné l'emploi des engrais chimiques avec celui des amendements calcaires. Cela n’alla pas toutefois sans quelques déboires au commencement : les guanos du Pérou, qui furent les premiers employés et qui, purs à l’origine, firent merveille, ne tardèrent pas à être l’objet de fraudes qui les firent tomber en défaveur. Ce fut le tour du noir animal et d’autres produits similaires souvent inertes, qui étaient vendus très cher, sans aucune garantie. Aussi la méfiance s’empara-t-elle des cultivateurs, qui cessèrent de croire à l'efficacité des engrais autres que ceux qu’ils tiraient eux-mêmes de leurs fermes. « Il y a une trentaine d’années, les mots azote, acide phosphorique, potasse, apparaissaient aux cultivateurs comme autant de noms baroques, destinés plutôt à les tromper qu’à les éclairer. Tout pour eux se confondait sous le nom de guano, et l’engrais sentant le plus mauvais était réputé le meilleur! ». Il fallut l'intervention du Syndicat des agriculteurs de la Vienne, fondé en 1884, pour faire disparaître les fraudes. Les prix furent abaissés des trois cinquièmes, et la consommation des engrais chimiques augmenta dans la proportion de 1 à 20. Les superphosphates minéraux représentent les cinq sixièmes environ de la consommation totale, grâce à leur prix de revient modique. Ils sont d’ailleurs les plus nécessaires dans les terres dé brandes; les engrais potassiques et azotés, qui seraient également très utiles dans ces sols pauvres, sont d’un emploi plus restreint, à cause de leur prix élevé; ils coûtent en effet en moyenne près de quatre fois plus cher que les superphosphates. |
Apporter au sol des amendements et des engrais appropriés ne suffit pas pour le transformer; il faut encore les lui incorporer, ce qui ne peut être obtenu qu’à l’aide d’un outillage puissant et perfectionné. Ce n'était pas l’areau poitevin qui répondait aux exigences nouvelles de la culture. Pour retourner le sol lourd de la brande, pour extirper les racines des ajoncs et des fougères, qui repoussaient avec d'autant plus de vigueur qu'on avait ameubli la surface du terrain, il fallait de fortes charrues défonceuses. Les labours ordinaires, destinés à assurer la circulation de l'air et l’'égouttement de l’eau, à éviter les tassements consécutifs aux pluies et le retrait intense de l'argile par les temps de sécheresse, nécessitaient encore l’emploi de charrues beaucoup moins primitives que l’areau. Leur prix élevé ne les mettait pas à la portée de tous, car dans la brande le paysan était peu fortuné ; ce furent les premiers bénéfices réalisés par la pratique du chaulage et du marnage avec les outils dont il disposait, qui lui permirent de se procurer peu à peu un matériel neuf. Il fallait compter aussi avec la routine : en 1850, dans la propriété de Bride-les-Loups, « il existait bien une charrue Dombasle, avec versoir en bois, mais on l’employait le moins possible? ». Encore actuellement le vieil areau figure dans nombre d'exploitations à côté du maté-