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Rapport cité, concours de 1879; Riscer, IV, p

156 LES PTATNES D'UN POIMROIU

riel moderne, comme une relique du temps passé à laquelle on tient par respect pour la tradition. Mais ce sont les charrues perfectionnées, surtout les Brabant, qui servent couramment aux laboureurs; les grandes exploitations possèdent aussi des défon- .ceuses.

Les grands défrichements depuis 1860. — Grâce à l'emploi judicieux des amendements, des engrais et d’un outillage moderne, on a pu attaquer enfin la brande avec succès et tirer de son défrichement un produit rémunérateur. Quand on a établi le cadastre, entre 1811 et 1831, il y avait 90.000 hectares de brandes dans la Vienne, soit 13 p. 100, ou plus du huitième de la surface du département; cette formation couvrait presque en entier l'arrondissement de Monimorillon, la moitié orientale de celui de Civray et une partie considérable de celui de Poitiers. Elle était encore à peu près intacte lors de l'enquête agricole de 1862. C’est à partir de cette date et surtout aux environs de 1875 que s’est exercée l’activité des défricheurs. La surface des brandes était réduite à 59.000 hectares en 1882, c'est-à-dire d’un tiers. Au cours des dix années suivantes, elle perdit encore 23.000 hectares, soit 2.500 hectares en moyenne par an, et en 1903 il n’en restait plus que 29.000 hectares. Actuellement, tout au moins dans la zone qui s'étend au voisinage de la Vienne entre Queaux et Availles, ce sont des spéculateurs qui effectuent les défrichements : ils achètent plusieurs centaines d'hectares de terrain à la fois, les font débroussailler et défoncer à la charrue, soit à vapeur, soit à traction animale, puis revendent aux agriculteurs le terrain ainsi pré- ‘paré. :Ces opérations rapportent des bénéfices considérables, malgré les frais de défoncement qui se montent à 300 ou 400 francs par hectare; le sol acheté au prix des terres de brandes est, en effet, revendu au prix des terres de labour, soit trois à quatre fois plus cher'.

Le défrichement de la brande a d’ailleurs eu pour effet immédiat d'en faire monter fortement la valeur : de ce fait les propriétaires ont vu leur capital immobilier augmenter considérablement. L’hectare de brandes, évalué en 1853 à Montreuil-Bonnin à -160 francs, en valait 550 en 1881, ayant ainsi presque quadruplé de prix en trente ans. Dans le même espace de temps la surface inculte passait de 986 hectares à 414. La plus-value réalisée est supérieure à celle que l’on constate pour les terres de labour de la même commune, dont le prix s’est élevé de 520 francs l’hectare en 1853 à 1.400 fr. en 1881 *. Aïlleurs l'augmentation a été beaucoup moindre : elle est du double à Vouillé, des trois quarts à Béruges. Ces différences, relevées dans des communes pourtant voisines, paraissent liées à la nature et au rendement des cultures qui y sont pratiquées, sans qu’on puisse absolument l’affirmer, faute de données précises à cet égard.

D'une façon générale, c’est presque uniquement au profit des terres de labour qu'ont été faits les défrichements; pour l’ensemble des communes de Vouillé, Béruges, Chiré, Benassais, Lavausseau, Montreuil-Bonnin, la Chapelle-Montreuil, Ayron, Cha-

1. Renseignements oraux fournis par un propriétaire de Queaux. 2. Nouvelle évaluation des revenus territoriaux. — Propriété non bâtie, enquêtes de 1850 et 1879.

landray et Latillé, sur 3.339 hectares défrichés entre 1831 et 1880, il y en a eu 3.184 consacrés aux labours; le reste a été mis en vignes.

Dans la terre de brandes plus encore qu'ailleurs, l'inconvénient qui résulte de l’abus de la culture des céréales apparaît avec évidence. Sur ce sol dépourvu de fertilité naturelle, et dont on ne peut espérer un rendement convenable qu’à grand renfort de marne, de chaux, de fumier et d'engrais chimiques, le paysan s’obstine à vouloir coûte que coûte récolter tous les ans du froment, de l’avoine ou de l’orge, sans presque jamais introduire de fourrages artificiels ou de plantes sarclées. On a calculé que trois champs sur huit sont consacrés exclusivement aux céréales?. L’inconvénient est sérieux, car l'éducation agricole du paysan n’est pas encore assez avancée pour lui permettre de pratiquer avec avantage la culture intensive; dans la majorité des exploitations le sol n’est ni assez fumé ni suffisamment nettoyé. Les récoltes sont infestées de mauvaises herbes. Souvent des vides où la semence n’a pas levé, faute de labours assez profonds, donnent aux champs un aspect pelé. Quand on arrive de la région des Charentes ou de la plaine de Niort, où les champs sont soignés comme des jardins, l'impression est plutôt fâcheuse.

Et pourtant le nombre va sans cesse croissant des propriétés où une application intelligente et soutenue des méthodes de culture appropriées au sol spécial de là brande a créé un état de prospérité qu’envieraient bien des régions de France réputées parmi les plus riches. Les primes des concours agricoles départementaux vont souvent à des domaines situés dans les bornais ou dans les argiles marbrées. Certains d’entre eux, comme Bride-les-Loups (commune d’'Usseau), primé en 1879, comme le Léché (commune de Saulgé), primé en 1887, ont été de véritables champs de démonstration pour les cultivateurs voisins. À Bride-les-Loups, M. de la Massardière avait établi l’assolement de dix ans, où les céréales ne revenaient que quatre fois, avec alternance de plantes sarclées et de prairies artificielles; jamais deux céréales ne se succédaient sur une même sole, et l’on ne ménageait pas le fumier de ferme ni les engrais chimiques. A la ferme-école de Montlouis, où sont appliqués les principes de la culture scientifique, les céréales reviennent tous les deux ans, avec intercalation de fourrages artificiels ; en 1894, l’hectare de froment a rapporté 51 quintaux ?, soit 25 hectolitres environ, ce qui dépasse de beaucoup la moyenne de la région, qui était de 15,3 hectolitres, d'après la statistique de 1892. En 1907, année exceptionnelle, il est vrai, où le rendement du blé a été supérieur d'un tiers à celui d’une année ordinaire, la moyenne de l'arrondissement de Montmorillon s’est élevée à 20 hectol., pour le blé, celle de l'arrondissement de Poitiers à près de 26 hectol., et ce sont précisément les anciennes terres de brandes qui ont donné la plus grande production, parce que ce sont elles qui ont reçu le plus d'engrais phosphatés ‘. Il est juste de remarquer aussi

1 Nouvelle évaluation... Enquêtes citées.

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