‹ Les Plaines du PoitouChapitre 81 sur 132 · Riscer. Ouvr. cité, p · texte numérisé non relu

Riscer. Ouvr. cité, p

3. Rapport sur la prime agricole départementale en 1904, Bull. synd. agric. de la Vienne, sept. 1904, p. 106.

répandu; coupé en menus morceaux et mélangé aux feuilles de maïs, il constitue un aliment très substantiel et fort apprécié des animaux.

En somme, l’évolution des cultures est aujourd'hui très avancée. Il est à prévoir qu’elle finira par faire sentir ses effets dans toute la zone des anciennes brandes. Par leur étendue même, les domaines de cette zone, qui appartiennent presque tous à la grande et à la moyenne propriété, se prêtent mieux que tous autres aux transformations. L'élevage exige toujours de grandes surfaces, et il serait malaisé de le pratiquer dans des propriétés de quelques hectares seulement; celles-ci sont fatalement vouées à la prédominance des céréales, et c'est ce qui fait leur infériorité sur les sols pauvres des bornais et des argiles marbrées, où elles sont heureusement peu nombreuses.

Deux races de bœufs peuplent les étables des régions de brandes, la parthenaïise et la limousine, chacune dominant dans les régions limitrophes de son pays d’origine, la limousine dans l'arrondissement de Montmorillon, la parthenaise dans ceux de Poitiers, de Châtellerault et de Loudun. Au point de vue du nombre, ce sont les parthenais qui l’emportent de beaucoup ; ils représentent 60 pour 100 de l'effectif, contre 15 p. 100 aux limousins, 12 p. 100 aux salers, 4 p. 100 aux bretons, autant aux normands et 5 p. 100 à des races diverses, parmi lesquelles les charolaisf.

Le parthenais est un grand bœuf à la robe gris-fauve, au museau noir, que l’on emploie pour les travaux les plus pénibles. C’est l’animal de labour par excellence. Il commence à tirer la charrue à l’âge de deux ans. Trois ans plus tard, quand il a acquis sa taille définitive, on le met à l’engrais pour la boucherie.

Le bœuf limousin, assez analogue d'aspect au parthenaïs, sauf qu’il a le museau de la même teinte que le reste de la robe, est un animal bien proportionné et facile à engraisser, mais qui n’acquiert pas assez de volume; aussi son emploi commence-t-il à se ralentir, d'autant plus que son rendement comme animal de labour est médiocre. Il se ressent de la pauvreté de son pays d'origine.

C’est presque toujours à l’étable que se fait la préparation des animaux de boucherie ; on les nourrit avec du foin où domine aujourd’hui la luzerne, du maïs haché avec des topinambours, des tourteaux de noix et de betteraves. Les résultats acquis par les éleveurs poitevins sont d’ailleurs très encourageants. En 1907, le prix moyen de vente des bœufs gras s’est maintenu autour de 600 francs, et certains producteurs ont atteint le chiffre de 700 francs ?. Les bénéfices réalisés ont incité les agriculteurs à développer leur troupeau de bêtes à cornes, qui s’est accru dans la Vienne de 26.795 têtes entre 1882 et 1892; à cette dernière date, il y avait 126.035 animaux de l’espèce bovine. Leur nombre s’est élevé en 1906 à 149.676. L'amélioration de la culture en pays de brandes entre pour beaucoup dans ce progrès, mais les plaines y participent aussi largement. Beaucoup d’anciennes vignes phylloxérées ont été remplacées par des prairies

1. LARVARON. Economie rurale. Ces chiffres concernent l’ensemble du départemeut de la Vienne, et non pas seulement la région des brandes, 2. Rapport sur la prime agricole départementale de la Vienne en 1907. Passim.

artificielles!. Les statistiques ne permettent malheureusement pas de faire le départ entre les deux régions.

Les progrès du gros bétail ont eu pour corrélatif une diminution considérable du nombre des moutons, qui s’est abaissé de plus de 95.000 en vingt-quatre ans dans la Vienne. Le troupeau comptait, en 1882, 413.384 têtes, et, en 1892, 351.438. Il était réduit en 1903 à 330.194 têtes, et en 1906 à 318.411. Les défrichements et le développement pris par les prairies artificielles ont entraîné une réduction constante du petit bétail. Le mouton est l’animal par excellence de la brande. La race poitevine est tout à fait adaptée à ces pâturages pauvres, parfois malsains dans les zones trop humides des environs de Montmorillon et de la Trimouille. Haut sur pattes, maigre et sec, il se refuse à devenir un animal de boucherie présentable, même si on améliore sa nourriture. Pour remédier à de pareils défauts, on chercha à le croiser avec d’autres races ; après des tâtonnements et des insuccès, on y renonça, et vers 1870 on introduisit des moutons de race charmoise, qui réussirent à s’acclimater. Mais l’esprit routinier des paysans paralysa l'effort tenté; ils trouvèrent la race nouvelle moins robuste, moins adaptée que la race indigène aux rudesses de la vie dans la brande. Pour eux, le mouton est uniquement un animal de pâturages, qui doit vivre pendant la plus grande partie de l’année dans la brande et les jachères. L’usage du parc est à peine pratiqué; les troupeaux«vivent sur des terrains de parcours, sous la garde de bergers, comme dans le Midi cévenol ou provençal. Aussi un grand nombre de métayers et de propriétaires ne trouvèrent-ils rien de mieux à faire que de croiser le charmois avec le poitevin, pour lui donner les qualités de résistance de ce dernier, ce qui à abouti à enrayer en partie les progrès réalisés?. Au fond, la part du mouton dans l'élevage va se réduisant de jour en jour. Elle subit le sort de la brande; en présence des perfectionnements introduits par des méthodes de culture raisonnées, ces deux formes primitives de la vie agricole poitevine tendent à disparaître, ou tout au moins à ne plus tenir qu’une place effacée.

1, LARVARON. Economie rurale.

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