‹ Les Plaines du PoitouChapitre 82 sur 132 · LES PAYS DE PLAINE · texte numérisé non relu

LES PAYS DE PLAINE

La plaine est l'opposé de la brande : un sol rouge-brique dont la couleur contraste avec la teinte jaune des bornais, des champs à perte de vue, une végétation spontanée, réduite le plus souvent à des chardons et autres mauvaises herbes que pourchasse le

s F1G. 54. — Calcaire marneux du séquanien, près de Surgères. La partie supérieure est décomposée en terre de groie, très épaisse à gauche, mince à droite de la carrière.

laboureur, une terre toute en cultures depuis des temps immémoriaux, de la vigne et du blé, des plantations de noyers partout, pas de haies ni de clôtures, sauf parfois de petits murs en pierre sèche, pas d’eau, ni ruisseaux ni étangs, un air de sécheresse même l'hiver, tel est l’aspect de la plaine, aussi bien à Neuville qu'à Saint-Sauvant, Niort ou Lucon. C’est l'effet de la nature du sol superficiel, de celui que laboure la

charrue, et qui trouve son type le plus net dans la terre de groie,

yA

La terre de groie. — Les paysans appellent ainsi un mélange d'argile rougeâtre et de calcaire en menus fragments, produits de la décomposition des bancs calcaires qui forment le sous-sol. La groie ne se rencontre qu’à la surface des terrains Jurassiques, et seulement dans les régions où ils ne renferment ni silex ni marnes trop argileuses. Elle manque sur la craie tuffeau du Mirebalais. On la rencontre surtout dans les plaines de Loudun et de Neuville, sur les lambeaux de callovien des environs de Poitiers, puis entre Couhé et Saint-Sauvant, ainsi qu'aux environs de Niort et dans l’Aunis. Son épaisseur est toujours faible, de vingt à trente centimètres en moyenne, et souvent moins. Parfois l'élément argileux fait presque complètement défaut, les fragments calcaires ne sont pas assez divisés pour former un sol arable de quelque consistance et retenir assez d'humidité pour favoriser la végétation; ce sont alors des groies stériles. Mais c’est une exception très rare. La groie est avant tout une terre fertile. Elle doit ses qualités à sa constitution physique et chimique.

L'influence de l'argile, dont la compacité pourrait être nuisible, est combattue par la présence des fragments calcaires, qui divisent le sol et l’ameublissent. Dans un échantillon de groie, les parties les plus argileuses sont encore riches en menus morceaux de calcaire qui assurent l'écoulement de l’eau et l’aération du terrain; ce dernier point est fort important, car, en dehors du rôle joué par la composition chimique

F16. 55. — Terre de groie (détail de la figure 34).

La couche mesure environ 2 mêtres d'épaisseur. Les frag- L : . ments calcairesapparaissent à la partie supérieure. La trace du sol, il faut tenir compte de celui que

laissée par les Oups de pioche des ouvriers met bien en remplit la circulation de l'air et, dans évidence la nature argileuse de ce sol.

une certaine mesure, de la lumière, ennemie des bactéries qui pullulent dans les sols compacts et mal aérés. La perméabilité des groies n’est même pas toujours sans inconvénients; quand le sol arable n’est pas assez épais, qu'il ne possède, par exemple, qu'une vingtaine de centimètres, l’eau s’écoule trop vite dans le sous-sol calcaire, qui la boit avidement; les plantes meurent de soif. Pour combattre cet inconvénient, très fréquent dans la plaine de Neuville, les cultivateurs amassent la terre en billons d’un mètre de large, de façon à augmenter son épaisseur et à retenir le plus d'humidité possible dans le sol. Ce système de culture

par planches étroites et renflées, qui frappe le promeneur le moins averti, est com=

mandé par la nature physique du sol.

Sa composition chimique lui assure une grande supériorité sur les autres. Le calcaire et l'acide phosphorique y sont en abondance. Le premier se rencontre généralement dans la proportion de 15 à 20 pour 100, mais elle est souvent dépassée; on a alors des terres dites « brülantes » par les paysans. Le second se montre en quantités très variables, comme on peut le voir dans le tableau suivant! :

Page 1