Wezscu. Réunion extraord., p
9, IpEM. lbidem.
166 LES PLAINES DUNPOITOU
1 mètre par exemple, l'argile contient des éléments étrangers au calcaire sous-jacent. Il y a donc eu autre chose qu’un simple phénomène de décalcification. C’est ce que nous a montré l'étude comparative d'échantillons de la roche en place et des argiles la surmontant!.
Un premier échantillon prélevé dans la plaine située à l’est de Poitiers, entre Nouaillé et Nieul, à donné les résultats suivants : la roche calcaire, du bajocien à silex, est composée de calcite largement cristallisée, avec de nombreux clivages spathiques, de rares cristaux de quartz clastique, du quartz et de la calcédoine secondaires formant comme des éponges, avec quelques sphérolithes à croix noire, et de rares grains d'hydroxyde de fer. Le résidu de lavage de l'argile recueillie immédiatement au-dessus, au milieu de la masse de terre rouge, a fourni presque exclusivement du quartz clastique, avec de rares débris de calcédoine; sa composition est donc différente de celle du calcaire.
Un second échantillon recueilli à 1 kilomètre au N. de Lucon, dans une carrière située sur la route de la Roche-sur-Yon, a fourni comme composition de la roche calcaire (bathonien) : de la calcite très finement cristallisée, des débris de tests de mollusques, très peu de débris clastiques, quelques grains de quartz secondaires et de l'argile. La terre rouge renfermait des fragments de quartz et de l'oxyde de fer. Dans les deux cas le quartz roulé s’est trouvé être l'élément dominant du résidu de lavage de l’argile, tandis qu'il faisait défaut dans le calcaire. L’argile rouge peut donc être considérée, sur les deux points étudiés, comme le produit composite de la décalcifcation de la roche sous-jacente et d’apports étrangers dont il ne subsiste plus que les grains de quartz. Cette conclusion se trouve tout à fait en rapport avec ce que nous savons de l’évolution topographique de la contrée, qui a été l'œuvre de l'érosion par des rivières descendues des massifs anciens et par conséquent chargées d’alluvions quartzeuses. C’est une confirmation indirecte du rôle énorme rempli par l'érosion.
Les terres de groie nous ont présenté des faits analogues. Du calcaire séquanien provenant de la pointe de Chef-de-Baie, à l’ouest de la Rochelle, s’est montré composé de calcite et d'argile, sans trace d'éléments clastiques. Or, la groie prélevée au même point a fourni du quartz roulé et de la silice secondaire. Il en a été de même pour un échantillon pris à Dompierre, en Aunis, à 8 kilomètres dans le N.-E. de la Rochelle. |
Cependant il ne faudrait pas tirer de ces faits une conclusion absolue; car il se présente des cas où la terre rouge et la groie sont incontestablement des produits directs de décalcification; nous en donnerons un exemple pour chaque sol. Du calcaire bajocien provenant de la station de Nouaillé est formé de calcite cristallisée, avec traces d'organismes et débris de tests de mollusques; il s’y joint des grains clastiques de quartz, des taches de calcédoïine et du quartz secondaire remplissant des cavités. L’argile renferme de la calcédoine et des débris de quartz, c’est-à-dire exactement
1. Ces recherches ont été faites par nous au laboratoire de géologie de la Sorbonne, où M. Gentil, maitre de conférences de pétrographie, a bien voulu nous éclairer de ses conseils et déterminer lui-
même les minéraux. Nous lui en exprimons ici notre bien vive gratitude.
les produits insolubles de la roche en place, dont elle est nettement le produit de décalcification. À Surgères, du calcaire marneux séquanien est constitué par de la calcite finement cristallisée, de l’argile et de la silice secondaire, quartz et calcédoine remplissant de petites cavités. La terre de groie gisant au sommet contient les mêmes éléments, avec en plus des grains d'oxyde de fer hydraté. Elle résulte de la décalcification de la marne sous-jacente.
Ces exemples montrent la complexité d’origine de la terre rouge et de la terre de groie, tantôt formées uniquement aux dépens du calcaire en bancs, tantôt mélées d’éléments étrangers. La présence constante du quartz roulé dans tous les échantillons examinés donne à penser que des dépôts fluviatiles ont dû intervenir dans la formation de ces sols.
Une autre conclusion vient à l'esprit : c'est qu’au fond la terre de groie et la terre à châtaigniers ont une origine identique. Elles différent seulement par leur épaisseur, beaucoup plus grande dans la terre à châtaigniers, par l'absence de silex dans les sols de groie et par le mélange de fragments calcaires avec l'argile dans ces derniers. Les groies, toujours très minces, n'existent que sur les calcaires susceptibles de se diviser en plaquettes. C’est en réalité la mise en culture du sol qui leur a donné leur aspect particulier : la charrue atteint le fond rocheux, l’émiette et en ramène les morceaux à la surface des champs, où les labours successifs les incorporent à l'argile. « On peut dire que la groie est une argile rouge de décalcification modifiée par la culture!. » Quand on songe que ce sol a été le premier occupé par l’homme, qui n’a cessé de le gratter et de le retourner en tous sens depuis plus de trois mille ans, une pareille transformation n’a rien qui puisse étonner. Mais quand l’argile s’est trouvée assez épaisse pour que la roche ne pût jamais être atteinte, elle a gardé sa nature première et sa pureté : c’est le cas de la plaine de Luçon, cultivée cependant depuis une époque aussi reculée que les groies de la plaine de Neuville.
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L’agriculture dans les pays de plaine. — C'est dans les pays de plaine que les premiers agriculteurs se sont établis. Un sol sec, où l’eau ne séjourne pas, des sources abondantes, un terrain de consistance moyenne où l’araire primitif pouvait sans trop de peine creuser les sillons, leur offraient des facilités d'établissement que leur refusaient la brande et la forêt. Le défrichement exigeait une besogne moins âpre; les arbres se pressaient en moins grand nombre que sur les sols de sable et d’argiles marbrées; le buis, qui fait le fond de la végétation spontanée arborescente, était facile à essarter. Enfin dans la zone des argiles à chailles, les châtaignes assuraient à l’homme une nourriture abondante et substantielle, qui jamais ne faisait défaut. C’est dans ces contrées que se pressent les restes préhistoriques, dolmens et tumulus édifiés par des populations ignorées. De l’époque gallo-romaine subsistent de nombreux vestiges de