‹ Les Plaines du PoitouChapitre 87 sur 132 · Voir supra, les Forêts, p. 288 et suiv · texte numérisé non relu

Voir supra, les Forêts, p. 288 et suiv

l'agriculture, pour les raisons déjà indiquées, arrivons tout de suite au dix-huitième siècle, pour lequel on dispose de textes intéressants. La culture des céréales était à peu près la seule pratiquée; c’étaient le froment, l'orge et le seigle. Très souvent on faisait un mélange de froment et de seigle, appelé méteil; en 1789, dans l'élection de Loudun, ce mode de culture était pratiqué dans 24 paroisses sur un total de 47; il faisait défaut dans la plupart de celles où la vigne tenait une place importante’. Deux espèces d'orge étaient cultivées, l'orge d’hiver et l’orge de printemps, dite « baïllarge » dans le pays. Elles dominaient dans la plaine de Niort et de Luçon et y faisaient le fond de la consommation des habitants?. L’assolement de deux ans, jadis imposé par la coutume dans tous les pays de plaine*, sous peine d'amende, avait fait place en général à celui de trois ans. Mais l’avantage était maigre, car on remplaçait toujours une céréale par une autre, le blé par du seigle ou de l'orge, ou inversement. Au lieu de se reposer tous les deux ans, les champs ne se reposaient que tous les trois ans. Les prairies artificielles étaient inconnues, on ne semait ni trèfle ni luzerne; l'unique préoccupation était de produire chaque année la plus grande quantité possible de céréales, pour éviter la famine. Cette façon de comprendre la culture était fort primitive et comportait de multiples inconvénients. Le sol était épuisé par la répétition des ensemencements de céréales dans le même terrain, et l’on pratiquait fort mal l’art des engrais. Le fumier de ferme était seul en usage, et encore l’appliquait-on en quantité insuffisante, le bétail étant peu nombreux. Sa préparation laissait à désirer. Les amendements calcaires, nécessaires dans les terres à châtaigniers, chargées de silice, n'avaient encore été imaginés par personne. Les fougères envahissaient les champs et prenaient d’autant plus de vigueur que les labours superficiels, avec le primitif areau, n’atteignaient jamais les racines. Des champs de seigle étaient fumés avec ces fougères desséchées et brûlées sur les guérets au moment des semis, ou bien avec les ajoncs triturés dont on laissait une couche épaisse dans les cours et les chemins. Avec de pareilles méthodes, on arrivait à récolter dans une propriété de 100 hectares, située auprès de Civray, 60 hectolitres de seigle et autant d’avoine, et cela dans les années d’abondance*. La réputation de richesse de la plaine tenait surtout au contraste qu'elle faisait avec les pays de brande ou la Gâtine.

Le matériel agricole était le même que dans la brande; c'était le même areau, qu'il fallait atteler de ‘plusieurs paires de bœufs pour ouvrir les sillons dans les terres fortes alourdies par la pluie. Le nombre des charrues était manifestement insuffisant. Un dénombrement de 1711 assigne à Irais, dans la plaine de Moncontour, 22 areaux pour 16 métairies; en 1721 on en trouve 15 pour 13 métairies. À Tteuil en 1711, 19 métairies possèdent chacune un areau attelé d’une paire de bœufs, ce qui, pour une superficie de 330 hectares de terres labourables, fait en moyenne un areau pour

1. Rôle des tailles, élection de Loudun, 1789, Arch. Vienne, C 849, cahier.

2, Rapport... à l'assemblée provinciale (dép. de Fontenay), Arch. Vienne, GC 617.

3. Coutumier du Poitou. — De LoncurmMar. Essai sur Saint-Hilaire, p. 272.

. Riscer, IV, p. 107. — Dans la région de Lezay et de Sauzé, où l’on ne cultivait que du seigle, les habitants s’appelaient des segrelats (LALANNE, p. 238).

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17 hectares!. En 1789, dans toute l'élection de Loudun, on a relevé 1.460 charrues, soit une moyenne de 30 charrues par paroisse?. Il importe de remarquer que ces recensements ne portaient que sur les terres soumises à la taille; celles des privilégiés qui faisaient valoir eux-mêmes leurs domaines n’y étaient pas comprises, et de ce chef la proportion véritable du matériel aratoire devait être un peu plus élevée que les chiffres donnés ci-dessus ne le comportent. Ils n’en fournissent pas moins une utile indication sur l’état agricole à la fin du dix-huitième siècle. Avec de pareilles méthodes agricoles, on ne saurait s’attendre à ce que la production annuelle fût élevée. Dans la plaine de Niort on l’estimait environ à 5 ou 6 boisseaux par boisselée, soit 10 ou 12 hectolitres par hectare*. Certaines régions étaient déshéritées; sur les groies trop sèches, les épis restaient clairsemés; des propriétés y portent encore des noms significatifs, comme Guette-Pluie ou Maigre-Souris. Ailleurs le drainage devenait insuffisant dans les années humides, parce que les labours n'étaient pas assez profonds; en 1789 l’excès de pluie fit pousser une telle quantité d'herbes parmi les blés dans la plaine de Niort, que ceux-ci en furent couverts et étouffés ; « de grandes étendues de terres labourables n’ont absolument produit que de ces mauvais fourrages propres à brûler ou à faire du fumier‘ ». Dans cette année désastreuse, ce furent les sols profonds des terres à châtaigniers du plateau de Melle qui donnèrent le plus de grains; grâce à leur porosité, ils s'égouttèrent mieux que les autres terrains de la plaine, et l’on put récolter 6 hectolitres de blé à l’hectare sur les territoires des paroisses de Vérines, de Saint-Romaiïn et de Saint-Martin-de-Melle, tandis que la moyenne tombait à 4 hectolitres dans la plaine de Pamproux, et à 3 seulement à Chavagné, où les récoltes pourrirent sur les marnes du liasÿ. Somme toute, la plaine, très en avance sur la brande et le Bocage, était fort en retard sur d’autres régions de la France. L'auteur d’un mémoire adressé à l’assemblée provinciale en 1787 constate l'ignorance de l’agriculteur poitevin à l'égard des prairies artificielles; il fait ressortir que « tout le monde à présent en connaît l’avantage; le trèfle, la luzerne, le sainfoin, le raygrass, sont des plantes aussi saines que nourrissantes [pour le bétail], ainsi que tant d’autres »; elles servent à engraisser le bétail « dans plusieurs provinces, et plus particulièrement dans la Picardie, dans le Boulonnais, etc.f ».

Perfectionnements au dix-neuvième siècle. — Le dix-neuvième siècle n’a pas vu s’accomplir dans la plaine des transformations aussi radicales que dans la brande. Le sol, du moins dans les terres de groie, n'avait pas besoin d'être modifié par des amendements. Il lui manquait surtout des engrais, lacune qui a été comblée

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