Bull, synd. agr. Vienne, sept. 1907, p
Les graines fourragères. — De Vivonne à Ruffec s'étendent des champs immenses de trèfle, de luzerne et de sainfoin, qui ne sont point fauchés pour faire des foins, mais qu'on laisse sur pied jusqu’à maturation complète des graines. Une grande partie de la population est occupée, à la fin de l’été, à leur récolte et à leur triage, opéraüons qui exigent une main-d'œuvre abondante. La région s’est fait une spécialité de la production des semences fourragères, qui sont d’une qualité exceptionnelle sur les terres à châtaigniers. C’est un des bienfaits dus à leur richesse en acide phosphorique. La vente en gros se fait à Poitiers à la foire du 18 octobre, où il vient des courüers de toutes les régions de France et même d'Allemagne. On{traite sur échantillons renfermant quelques grammes de semences; la livraison est faite à terme. Nous avons vu se conclure des transactions de 1.000 sacs pour le compte d’un seul propriétaire.
Le châtaignier et le noyer. — Au-dessus des fourrages artificiels et des blés, parmi les vignes et les maïs s'étale la large frondaison des châtaigniers et des noyers. Le châtaignier ne se rencontre que sur les terres rouges à chailles, où il y en a à profusion. Entre Saint-Saviol et Nanteuil, au N.-E. de Ruffec, ils donnent l’impression d’une forêt; pourtant le sol est partout cultivé, jusqu'à l'ombre de leur feuillage. Il en est d'énormes, dont le tronc dépasse un mètre de diamètre, dont la ramure couvrirait plusieurs maisons. Longtemps ils ont été précieux pour la population, grâce à l’abondance de leurs châtaignes. Avant que le chaulage eût permis de détruire les fougères et les ajoncs qui infestaient les champs de céréales, c'était sur la récolte des châtaignes que comptait le cultivateur pour assurer sa subsistance!. Aujourd’hui qu'elles ne sont plus un produit de première nécessité, on a cessé d'imposer dans les baux de fermage l'obligation de planter un certain nombre de châtaigniers chaque année ?. C’est pour leur écorce qu’on les cultive maintenant; les moulins de la région en font du tan, qui s’expédie principalement dans les tanneries du département de Loir-et- Cher et de Châteaurenault*.
Le noyer est moins à sa place sur la terre à châtaigniers; les deux essences s’excluent un peu l’une l’autre. C’est la terre de groie qu’il affectionne, avec son sol calcaire, sec, peu profond. Avec le Dauphiné et la région sous-pyrénéenne les plaines de Poitou sont une des régions de prédilection de cet arbre ami de la chaleur et de la lumière. On l’a planté parfois en si grande quantité que certaines parties de plaine en revêtent un aspect bocager. Il abonde dans la plaine de Neuville, notamment autour de Villiers. Ses usages sont multiples. Ses noix, qui forment un appoint important à la nourriture des habitants, servent avant tout à la fabrication de l'huile. Bien que l’huile de noix soit à peu près exclusivement employée dans les plaines et que l'huile d'olive ne trouve qu’un petit nombre de consommateurs, sa fabrication n’a pas donné naissance à une grande industrie; elle ne possède pas de centre particulier. L’extraction est pratiquée dans des huileries peu importantes, disséminées