‹ Les Plaines du PoitouChapitre 96 sur 132 · Bull. synd. agric. Vienne, mars 1908, p · texte numérisé non relu

Bull. synd. agric. Vienne, mars 1908, p

2. Nous laissons de côté l'importante laiterie de Dangé (7 millions de litres), qui appartient en fait à la région tourangelle, bien qu'elle soit dans le département de la Vienne.

3. Tous les appareils sont mis en mouvement par deux moteurs horizontaux à vapeur.

de la salle des barattes, où se fait le beurre, sont recouverts de carreaux de faïence vernissée. Grâce à ces multiples précautions et aux procédés de stérilisation employés, le beurre ainsi fabriqué peut se conserver en été pendant qninze jours sans s’altérer, même par les plus fortes chaleurs.

Les neuf dixièmes de la production des laiteries sont expédiés à Paris par mottes de 10 kilogrammes, en colis postaux. Chaque motte est entourée dans du calicot, puis dans du papier paille; elle est mise ensuite dans un paillon cousu spécialement à cet effet et placée dans une corbeille d'osier ou de châtaignier. L’ensemble de l'emballage revient à 0f,32 centimes. La consommation est assez considérable pour donner lieu à une industrie locale; Surgères possède une fabrique spéciale de paillons. Elle possède aussi des ateliers de construction d'appareils pour laiteries, et les barattes employées à la station laitière y ont été fabriquées.

Bien que Surgères n’occupe aujourd’hui qu’un rang secondaire au point de vue de la production, sa position centrale dans la région des beurreries et l'ancienneté de sa laiterie y ont fait créer par l’État une École professionnelle à laquelle est adjointe la Station d'industrie laitière, dépendant du ministère de l’agriculture, Les perfectionnements les plus récents y sont appliqués, le matériel est souvent renouvelé. On vient de toutes les parties de la France, et même de l'étranger, étudier son organisation; nous y avons rencontré des Suédois qui y poursuivaient des études techniques. Un laboratoire d'analyse des beurres y est installé, qui rend les plus grands services, à la fois par la surveillance qu’il exerce sur les différentes laiteries et par les indications pratiques que les fabricants de beurre peuvent venir y chercher pour leur industrie.

L'exploitation des laiteries donne en général d’excellents résultats financiers. Pour la Société Charentes et Poitou, les recettes afférentes à la région que nous étudions se sont élevées en 1907 à près de 30 millions de francs, dont la moitié pour le seul département des Deux-Sèvres; c'est celui qui produit la plus grande quantité de beurre et qui le vend le plus cher, 2,93 en moyenne le kilogramme, en raison de sa qualité supérieure. Les frais généraux ne montent qu'à 10 p. 100 des recettes, sauf dans la Vienne, où ils s'élèvent à 17,6 p. 100 à Gençay, à 23,6 p. 100 à la Mélusine (Lusignan), à cause de la longueur des voyages que doivent faire les courtiers pour passer dans des fermes très éloignées de la laiterie. Il revient à chaque sociétaire «environ 177 francs par vache possédée dans le Marais, 194 francs dans la plaine de Niort?. A ce bénéfice net provenant de la vente du lait, s'ajoute celui qu'apporte la vente des veaux, expédiés pour la plupart sur le marché de la Villette, à Paris. Chaque laiterie constitue une société indépendante au point de vue de son administration intérieure, mais pour être admise dans l'association elle doit se soumettre à certaine règles d’exploitation. Les vaches doivent être exclusivement de race parthenaise. Un service d'inspection est organisé pour vérifier le fonctionnement de la laiterie, et les comptes

1. Tous ces détails nous ont été obligeamment fournis par M. Coutinot, chef beurrier à la laiterie de Surgères, que nous avons visitée sous sa conduite. Nous devons beaucoup aussi à M. Dair, professeur à l'Ecole professionnelle, qui nous a communiqué en outre des statistiques inédites.

2. Comptes de l'exploitation pour l'exercice 1907. Communiqué par M. Dair.

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annuels sont présentés à l’administration centrale. En échange de ces obligations, la laiterie syndiquée jouit des avantages que procure l'association : expédition des produits dans les wagons frigorifiques appartenant à l'association, courtiers communs pour la vente à Paris, facilités offertes pour la recherche de débouchés nouveaux !. Le développement rapide pris par l’industrie laitière a eu pour résultat d'augmenter dans de fortes proportions le nombre des bêtes à cornes dans les régions où elle s'exerce. Ce sont naturellement les vaches qui dominent. Le nombre de celles qui alimentent les laiteries atteignait en 1907 dans les Deux-Sèvres 66.750, dans la Vendée 27.000, dans la Charente-Inférieure 40.418; nous n’avons pas de chiffre précis pour la Vienne, mais il doit être voisin de 20.000 à 25.000, à en juger par la quantité de beurre fabriquée. Chaque laiterie des Deux-Sèvres utilise en moyenne le lait de 1,668 vaches ; ce chiffre est de 1,588 pour la Vendée; de 1,010 seulement pour la Charente-[nférieure, où l'élevage des bestiaux rencontre la concurrence des cultures de céréales. Le côté le plus remarquable de cette extension de l'élevage, c'est qu'il intéresse surtout la petite propriété; chaque sociétaire possède entre deux et trois vaches seulement? ; à Chauvigny et à Gençay, dans la Vienne, la moyenne s’abaisse à une seule vache. Par la coopération, le petit propriétaire parvient ainsi à tirer un profit avantageux de la possession de quelques têtes de bétail, qui ne lui assuraient jusqu'alors qu’un maigre bénéfice. Les avantages de l'élevage ne sont plus aujourd’hui uniquement réservés, comme autrefois, aux grands propriétaires. C’est toute une révolution apportée dans la vie du paysan, qui s’est fait éleveur après avoir été vigneron ou producteur de céréales. La facilité avec laquelle il à changé ses habitudes tranche sur l'habituelle routine des hommes de la campagne. Le cultivateur de la plaine de Niort a de l'initiative. Il l’a déja montré en d’autres occasions. Aux environs de Saint-Maixent, la culture du colza avait pris une certaine extension il y a une trentaine d’années et trouvait un débouché commode dans la région, qui possédait encore peu de chemins de fer et restait fermée à l'importation des huiles du Nord. L'ouverture de la grande ligne de Niort à Paris, qui coincida avec une réduction de la consommation par suite de la généralisation de l'emploi du pétrole, favorisa la concurrence des produits étrangers. On remplaça alors le colza par de la betterave à sucre; alors qu’en 1882 il n’en existait que 1,423 hectares dans toute l’étendue de la plaine de Niort, il y en avait 2.615 en 1892. Des distilleries s’établirent. Au bout de quelques années, il leur fut devenu difficile de lutter contre leurs concurrentes du Nord. On renonça à fabriquer l'alcool de betteraves dans la région de Saint-Maixent. Cultures et distilleries disparurent; on emporta jusqu'aux briques des murs, qui servirent à édifier d’autres constructions, et l'on chercha dans l’industrie laitière les ressources qu'avait refustes l'exploitation du colza et de la betterave. Il semble que cette fois les cultivateurs aient été bien inspirés*. Cet exemple emprunté à une localité de la plaine nous paraît bien

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