SANSON. Zootechnie, t. III, p
Alors que le printemps serait la saison la plus favorable pour l'élevage des jeunes", c'est seulement au début de l'hiver que naissent les ânons destinés à la reproduction. La monte des ânesses par les étalons n’a lieu en effet qu'après celle des juments mulassières, ce qui entraîne un sérieux inconvénient, en raison des froids de l'hiver, auxquels les ânons sont très sensibles. La sollicitude dont on entoure ceux-ci va souvent à l'encontre de son but; on les gave en particulier d’une nourriture trop échauffante. Malgré tous les efforts des professeurs d'agriculture et des vétérinaires, il a été impossible jusqu’à ce jour de faire comprendre aux éleveurs qu'il était de leur intérêt d'abandonner cette méthode. Aussi la mortalité est-elle très forte; un vétérinaire du dix-huitième siècle l’évaluait aux deux tiers des naissances?. Ce n’est qu’au bout d’un mois que, la rusticité de la race reprenant le dessus, le jeune baudet acquiert toute sa vigueur. En fin de compte, « le principal progrès qu'il y ait à réaliser dans l'hygiène des ânons est de moins s’en occuper*. »
En raison des difficultés que rencontre leur élevage et de la rareté relative des étalons, le prix de ceux-ci atteint des chiffres fort élevés. Au temps où la production était le plus florissante, il y a un demi-siècle à peu près, on en vendait couramment 3.000 francs pièce; en 1850 on en paya un 5.000 francs. En 1860, à un concours de Paris, on en estima deux à 8.000 francs par tête‘. À une date plus récente, des acheteurs américains s’adjugèrent un étalon, Royal III, au prix de 12.000 francs.
La vente seule des baudets assure à l’éleveur de beaux bénéfices; mais il en retire de plus grands encore de la production des mulets. Ceux-ci sont obtenus par le croisement du baudet avec la jument mulassière, de race poitevine; c’est une bête de grande taille, au corps épais, aux membres relativement courts, à la croupe énorme. On recherche de préférence les plus corpulentes, pour obtenir des mulets aussi grands que possible. La monte se fait dans l'écurie, ou atelier, où vit le baudet. C’est un assez grand bâtiment carré, précédé d'une cour; il n'y a pas d'autre ouverture que la porte d'entrée. De chaque côté d’un couloir placé dans l’axe de l’entrée sont les loges qui renferment les étalons; profondes de 3 mètres, larges de 2, elles sont fermées par des portes pleines aux solides verrous. Afin de laisser passer l'air, les cloisons de séparation ne montent pas jusqu'au plafond. C’est dans ces réduits, au fond desquels se trouvent le râtelier et la mangeoire, et qui sont plongés dans une demiobsecurité, que les baudets passent toute leur existence. On se demande comment ils peuvent résister à un régime de claustration pareil, que leur vigueur semble narguer. Au fond du couloir, en face de la porte, se trouve l'atelier, sorte de travail analogue à celui où l’on met les bœufs pour les ferrer, et où se fait la saillie. Toujours situé à l'intérieur du bâtiment d’écurie, il a fini par lui donner son nom. On à pris la partie pour le tout”.
1. Tixrer. Mémoire à l'assemblée provinciale de 1787. Arch. Vienne, C, 621.