‹ Les plaintes d'AcanteChapitre 11 sur 185 · A M. TRISTAN · texte numérisé non relu

A M. TRISTAN

Hinc me Pastoris queruli suspiria tangunt

Hinc blandi vatis me quoque plectra mouent. lusta gémis Pastor, nempe hic dolor æquus Amanti est.

Pulchra canis vates, & tua plectra placent Quis planctus palmam, pretium quis vocis habebit ?

lustius hic plorat, gratius iste canit.

Fallor? an hoc melius placeat sententia Voto,

Æquius iste canat, dulcius alter amet.

SiMONINVS.

A MONSIEVR TRISTAN Sur ses Plaintes d’Acante Sonnet

Quand ton Berger se plaint d’vne mourante voix Affligé du penser de son cuisant martire ;

Son malheur en tes vers faict que tout à la fois, On a peine à le plaindre et plaisir à le lire.

Amour n’a jamais veu sous ses plus rudes loix Vn Amant plus parfait, ny dont le sort soit pire; Si dedans la douleur qui le métaux abois Il endure aussi bien comme tu le sçais dire.

Ton esprit merueilleux a des charmes secrets Qui par tant de douceurs temperent ses regrets Que ce grand artifice a mon ame rauie :

Chacun, mon cher Tristan, treuue prodigieux Qu’vn mal aussi cruel que le cœur de Siluie S’exprime par des vers aussi doux que ses yeux.

Par le S»" de Lisola.

PLAINTES d’aCANTE

A MONSIEVR TRISTAN Sur ses Plaintes d’Acante

Sonnet

Tristan, que ton Berger se plaint de bonne grâce, Que sa douleur est belle auecque Tornement Dont tes vers ont paré le rigoureux tourment Qui luy ronge l’esprit et luy pallist la face.

Si leur viue douceur qui toute autre surpasse N’obtient de sa Bergere vn plus doux traittement,

Il faut que sa beauté manque de sentiment.

Et qu’en vn corps de neige elle ayt vn cœur de glace.

Vne plainte formée en de si beaux accents

Par ie ne sçay quel charme, a rangé tous mes sens

Sous vne nouueauté que ie ne puis comprendre :

Certes c’est vn prodige a nul autre pareil.

On y void les soupirs comme on faict le Soleil,

Les cris y sont muets, les pleurs s’y font entendre.

Par le S^ de Codoni.

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