PROMESSE A PHILLIS
Dans le plus tranquille loisir Que ma veine puisse choisir, le dois vous rendre cet hommage :
Mais ie veux si bien vous tirer Que l’on soit forcé d’admirer Les traits de vostre belle Image ;
Et que la plus ialouse rage N’ose iamais les censurer.
Lors que dans son plus large cours,
Le Soleil allume des iours Qui n’ont rien de froid ny de sombre : Que l’Aurore en versant des pleurs, Seme des perles sur les fleurs.
Et qu’on a des plaisirs sans nombre Quand on peut trouuer assez d’ombre Pour se deffendre des chaleurs.
Lors souz vn arbre bien couvert, Estendu sur le gazon vert En vne résveuse posture ;
Flatté du doux bruit d’vn ruisseau,
D’vn esprit plus clair & plus beau.
Comme à l’enuy de la peinture Qu’estale par tout la Nature, Lentreprendray vostre tableau.
Et quand i’auray faict quelque traict De cet adorable portraict.
Qui fait desia que ie souspire.
Les Nymphes sans m’incommoder
. Que mon Esprit — 6o. Et flaté du bruit — 6i. D’vn stille
Poésies de Tristan.
Prés de moy viendront s’accouder,
Et la Nayade & le Zephire Perdans le soin de leur Empire,
72 Se tairont pour vous regarder.
Vous pouuez par vostre Beauté Passer pour la Diuinité Qui fut les delices d’Anchise :
76 Mais si ie vous peins vne fois
Auec la Trompe & le Carquois,
D’vne ardeur innocente éprise,
A mesme temps vous serez prise 80 Pour la chaste Reine des Bois.
Amour rauy de mon dessein Sentira dés lors en son sein Les pointes d’vne ardeur nouuelle ;
84 Et iugeant vos diuins appas
Francs des atteintes du trespas.
Il dira vous voyant si belle.
Que si vous n’estiez immortelle 88 Sa mere ne le seroit pas.
Mon ouurage aura du deffaut :
Mais si pour vn sujet si haut le n’ay point de clartez trop basses :
92 Au sentiment de nos Neueux,
Le plus petit de vos cheueux,
La moins charmante de vos grâces,
La moindre marque de vos traces 96 Sera digne de mille vœux.
Le Miroir enchanté. Stances, [xxxii. Pour vne excellente Beauté qui se miroit.]
l’absence de phillis