LXXXII
LES IVSTES REPROCHES
ODE
Clorinde ie le cognoy bien
Mes soins n’obtiendront iamais rien
D’vne ingratitude si noire.
Ma plainte aigrist vostre rigueur,
Et bien loing d’estre en vostre cœur.
Si ie suis en vostre mémoire C’est pour ce que vous faites gloire De me voir mourir en langueur.
l’ay beau par mille inuentions Vous descouurir mes passions Et les rigueurs de vostre Empire ; Pay beau vous monstrer mes désirs Et vous conter mes déplaisirs;
Vous ne faites iamais que rire De mon trouble & de mon martyre.
De mes pleurs & de mes soupirs.
Si i’approche de vostre lict Quand vostre beau corps l’embellit Et met les Grâces à leur aise :
Dés que ie regarde vos bras,
Si blancs, si polis, & si gras.
Dont la Neige augmente ma braise; De crainte que ie ne les baise.
Vous les retirez dans vos draps.
LES IVSTES REPROCHES Mes pleurs ont fait assez d’effort, le ne sçay plus rien que ma mort Qui puisse adoucir vostre haine :
Puisque c’est inutilement Que ie vous conte mon tourment, Belle ingrate, belle inhumaine.
Il faut sortir de cette peine Par la porte du monument.