‹ Les plaintes d'AcanteChapitre 129 sur 185 · LE TRIOMPHE D’IRIS · texte numérisé non relu

LE TRIOMPHE D’IRIS

STANCES

Les foudres qui grondoient auec tant d’insolence Cessent leur violence ;

Les flots paroissent adoucis.

Et le diuin pouuoir qui regist toutes choses Semble se préparer à nous donner des roses 6 Apres tant de souçis.

Poésies de Tristan. 13

LES AMOVRS DV S"* TRISTAN

Malgré tous les efforts qu’a pû faire l’Enuie Pour affliger sa vie,

Yris triomphe du mal-heur.

Le sort pour son sujet n’a plus rien de funeste ;

Et de tous nos ennuys, maintenant il ne reste 12 Que ma seule douleur.

Mais le digne sujet dont ma peine est causée Me la rend trop aisée Pour en vouloir la guérison :

Et le charme est si doux qui mon Ame possédé,

Que dans cette langueur i’estime tout remede i8 Pire que du poison.

Les plus superbes Rois qu’enuironne la Gloire,

Et que suit la Victoire Par tout où marche leur courroux.

Fussent ils esleuez dans l’humeur la plus vaine Ne pourroient obseruer le sujet de ma peine 24 Sans en estre ialoux.

Le deshonneur que fait le beau teint que i’adore A celuy de l’Aurore,

Leur feroit receuoir sa loy.

Ils poseroient leur Sceptre aux pieds de cette Belle Et quitteroient l’honneur de commander comme elle,

30 Pour seruir comme moy.

L’or de ses blonds cheueux qu’esmeut vn doux Zephire Vaut celuy d’vn Empire,

Leur esclat n’a point de pareil :

Ils semblent composez d’vne flame immortelle.

Et c’est auec raison que chacun les appelle 36 Les Rayons d’vn Soleil.

LE TRIOMPHE d’iRIS

Cest auec du péril que les Marchands auares Aux riuages Barbares Fréquentent auec tant de soing :

Sans pratiquer les vents & les ondes traistresses le treuue depuis peu beaucoup plus de richesses 42 Et ne vay pas si loing.

Grâces aux doux apas dont Yris est pourueuë, le contante ma veuë De tous les biens les plus charmans :

le voy mille trésors en ses beautez diuines,

Sa bouche est de Rubis, ses dents de Perles fines, 48 Ses yeux de Diamans.

Le reste de ce corps dont ie suis idolâtre Est de viuant Albastre,

Animé d’vn esprit des Cieux;

Si bien que Ton y trouue vn concert de Merueilles, Qui rauissent les cœurs & charment les oreilles 54 Aussi bien que les yeux.

Arbitres des Mortels, Puissances souueraines. Renforcez bien mes chaines.

Cette captiuité me plaist : le ne demande point de fortune meilleure Que de brusler tousiours, pourueu qu’Yris demeure Au mesme estât qu'elle est.

LES AMOVRS DV S*" TRISTAN

[XCIl]

SOVPÇON

STANCES

Orante, ie veux auoüer

Que i’ay sujet de me loüer

Des bons mouuemens de vostre Ame,

Qui fit assez d’estat de moy

Pour vouloir respondre à ma flame

Sans auoir recogneu ma foy.

le vous suis vrayment obligé De ne m’auoir point engagé Parmy des longueurs inhumaines,

Et de m’auuoir voulu sauuer Tant de deuoirs & tant de peines Dont vous me pouuiez esprouuer.

Vostre amour, dont ie suis rauy,

Me paya sans auoir seruy Par vne grâce fort insigne ;

Mon cœur bien au vif la ressent,

Et du moins si ie n’en suis digne le n’en suis pas mescognoissant.

Mais ie me plains en vous aimant, D’aperceuoir qu’vn autre Amant, S’attende à des faneurs pareilles ;

Et que vostre facilité

Preste vos yeux, & vos oreilles

Contre vostre fidelité.

SOVPÇON

Vous sçauez que ce fut ainsi Que ie vous appris le soucy Dont mon Ame estoit trauersée ;

Vostre sexe estant inconstant,

Vne peur m’entre en la pensée,

Qu’vn autre en vienne faire autant.

Appréhendant cela pour vous le n’ay pas ce chagrin ialoux De qui l’on blasme les caprices ;

Car ie crains moins pour mon bon-heur Bien que vous soyez mes delices.

Que ie ne crains pour vostre honneur.

le serois pourtant bien fasché Que vostre esprit se fut taché D’vn si noir & si lasche crime ;

Et que perdant tout vostre prix.

Ayant esté dans mon estime.

Vous entrassiez dans mon mespris.

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