‹ Les plaintes d'AcanteChapitre 13 sur 185 · Mon ame qui tousiours languit · texte numérisé non relu

Mon ame qui tousiours languit

PLAINTES d’aCANTE

iS

le vous pourrois monstrer si vous veniez vn iour En vn parc qu’icy prez depuis peu i’ay fait clore, Mille Amans transformez, qui des lois de TAmour, Sont passez sous celles de Flore :

Ils ont pour aliment les larmes de l’Aurore.

Dieux ! que ne suis-ie entre ces fleurs II2 Si vous deuez un iour m’aroser de vos pleurs !

Vous y verriez Clytie, aux sentimens ialoux, dui n’a peu iusqu’icy guérir de la iaunisse ;

Et la fleur de ce Grec dont le boüillant couroux Ne peut soufrir vne iniustice :

Vous y verriez encore Adonis & Narcisse ;

Dont l’vn fut aymé de Cypris,

119 L’autre fut de son ombre aueuglement épris.

le vous ferois sçauoir tout ce que l’on en dit.

Vous contant leurs vertus & leurs métamorphosés; Quelle fleur vint du lait que lunon répendit Et quel sang fit rougir les roses,

Qui grossissent d’orgueil dès qu’elles sont ecloses. Voyant leur portraict si bien peint 126 Dans la viue blancheur des lys de vostre teint.

Piqué secrètement de leur esclat vermeil,

Vn folastre Zephire à l’entour se promeine ;

Et pour les garentir de l’ardeur du soleil.

Les esuente de son halaine :

Mais lors qu’il les emeut, il irrite ma peine.

Car aymant en vn plus haut point,

133 le vois que mes soupirs ne vous emeuuent point.

Page 1