sa iaunisse
PLAINTES d’aCANTE
La, mille arbres chargez des plus riches presans
Dont la Terre à son gré les mortels fauorise ;
Et sur qui d’vn poinçon, ie graue tous les ans Vostre chifre et vostre deuise;
Font en mille bouquets esclater la cerise,
La prune au ius r’afraischissant,
140 Et le iaune abricot au goût si rauissant.
La, parmy des lasmins dressez confusément.
Et dont le doux esprit à toute heure s’exale ;
Cependant que par tout le chaud est vehement On se peut garentir du hâle ;
Et se perdre aisément dans ce plaisant Dedale Comme entre mille aymables nœux 147 Mon Ame se perdit parmy vos beaux cheueux.
Vne Grote superbe & de rochers de prix
Que des Pins orgueilleux couronnent de feüillage ;
Y garde la fraischeur sous ses riches lambris Qui sont d’vn rare coquillage :
Mille secrets tuyaux cachez sur son passage, Moüillent soudain les imprudens 154 Qui sans discrétion veulent entrer dedans.
D’vn costé l’on y void vne petite Mer
Que trauerse en nageant, vn amoureux Leandre :
De rage, autour de luy l’onde vient escumer Et luy, tasche de s’en defendre;
Aperçeuant Hero qui veille pour l’attendre,
Et d’impatience et d’amour, ï6i Brusle auec son flambeau, sur le haut d’vne Tour.