POVR LES YEVX DE
Vous qui m’auez l’Ame rauie,
Et par qui ie n’ay plus de vie Que pour ressentir mes douleurs :
Beaux Chef-d’œuures de la Nature, Beaux veux, lisez mon aduanture Que ie vous escry de mes pleurs.
LES AMOVRS DV S** TRISTAN
Vous direz que i’ay trop d’audace D’oser vous conter ma disgrâce,
Et c’est trop oser en effet :
Mais, doux Auteurs de mon martire, Qu’il me soit permis de vous dire L’outrage que vous m’auez fait.
Depuis que vostre viue flame Charma si doucement mon Ame A l’obiect de vos chers apas ; le vy sous vne loi si dure Que les moindres maux que i’endure Sont pires que mille trespas=
Depuis ma peine est immortelle ; Vostre beauté tient en querelle Mes passions & ma raison :
Tout m’irrite, rien ne me flate,
Et comme vn nouueau Mytridate le ne vy plus que de poison.
Mais quel bien peut flater mes peines, Dans les cruautez inhumaines Où vous me faites consommer ; Puisque mille rigueurs extrêmes Deffendent à mes pensers mesmes La liberté de vous aimer ?
Dans le désir qui me possédé,
Que n’estes vous comme Andromède Exposez sur quelque Rocher ; L’ardeur dont i’ay l’ame occupée A la faueur de mon espée Vous yroit bien tost destacher !