Q.ui font leur tour diligemment Poésies de Tristan
PLAINTES d’a GANTE
Vn grand bassin de Cedre artistement graué Dont Tordre est merueilleux autant qu’il est antique, Vous feroit admirer quand vous auriez laué,
Les traits d’vne histoire rustique ;
Monstrans sous quelle forme & par quelle pratique Vertumne autrefois sçeut charmer 196 Celle qui comme vous, ne pouuoit rien aymer.
Il semble que sa Dame escoute auec plaisir Les subtils argumens qu’il tire de sa flame ;
Et que cet amoureux, cache vn ieune désir Sous le teint d’vne vieille famé :
Tandis qu’il exagère auec beaucoup de blâme Ce courage desnaturé
203 Pour qui le pauure Iphis mourut desesperé.
Cependant qu’il luy tient vn si charmant discours,
Les arbres les plus droicts se courbent pour l’entendre; Vn Ruisseau qui Tescoute en areste son cours Et près de luy se va répandre :
Bref vn pinceau scauant a peine eust peu prétendre Dans le tableau le plus exquis 210 L’honneur que sur ce bois le couteau s’est aquis.
le vous le donnerois dans Tacompagnement D’vne corbeille vnique en sa rare maniéré ;
On ne la composa que d’osier seulement.
Mais fut elle d’or toute entière.
L’art en seroit d’vn prix plus cher que la matière.
Tant vn Ouurier industrieux 217 La voulut releuer d’entre las curieux.