De mettre leur franchise
PLAINTES d’aCANTE
Vous leur verriez en Tair former vn bataillon Si tost qu’entre leurs camps la guerre se commence ; Leur petit Roy volant qui n’a point d’aigùillon,
Vous enseigneroit la clemence :
A vous dont le couroux a tant de vehemence,
Et dont les yeux, ou le penser 252 Ont tousiours quelques traits qui me vienent blesser.
De là, pour ménager vn temps si précieux,
Visitans d’vn estang la paresse profonde ;
Lors que l’on sent leuer vn Zephir gracieux Et baisser le flambeau du monde :
Vous pourriez comme luy vous aprocher de l’onde. Et par vn miracle nouueau 259 Faire voir à la fois deux Soleils dessus l’eau.
S’il vous plaisoit d’aller par ce frais Elément l’armerois d’auirons vne nacelle vuide :
Bien que l’Amour me tiene en son aueuglement, l’oserois vous seruir de guide A faire tout le tour de ce Christal liquide.
Où les Diuinitez des eaux
266 Dorment dessus des lits de ioncs & de roseaux.
Vos yeux qui lanceroient des feux de tous costez Leur feroient aussi tost entr’ouurir la paupière ;
Et voyant tout à coup luyre tant de clartez.
Cela leur donneroit matière De croire qu’en voulant gouuerner la lumière, Quelqu’autre ieune audacieux 273 Dans le char du Soleil seroit tombé des Cieux.
PLAINTES d’aCANTE
Puis, voyant tant d’apas & de perfections Leur troupe autour de vous viendroit faire vne presse : Tesmoignant plus de ioye et d’admirations Qu’en ces flots voisins de la Grece,
Thetis, au temps passé ne fit voir d’alegresse Auec sa maritime Cour 280 A la natiuité de la mere d’Amour.
Apres auoir monstré par cent trais complaisans Que l’on doit adorer vos beautez et vos grâces ;
De leur plus beau poisson vous faisans des presens. Elles ne seroient iamais lasses De vous venir offrir des lignes & des nasses :
Si vous n’en faisiez du mespris,
287 Vous qui prenez si bien les cœurs & les esprits.
Vne chaste pudeur dont l’esclat est si beau Semeroit vostre teint d’vne viue peinture Voyant tant de Beautez près de vostre bateau Le corps nud iusqu’à la ceinture Et ie vous ferois rire apres cette auanture Voyant de quelle agilité 294 le ferois le Forçat en ma Captiuité.
Mais ie n’auray iamais tant de contentement ;
MoiTame à qui les maux sont si fort ordinaires,
Parmy ses desplaisirs, se flatte vainement De ces douceurs imaginaires :
Les Astres tous puissants, qui me sont si contraires,
Ne voudront pas se relascher 301 A m’acorder vn bien si sensible & si cher.