Il me vient effroyer — 336. à m’en ressouuenir
24 PLAINTES d’aCANTE
Embrasé de cholere en cette extrémité
Il m’est auis qu’à l’heure au combat iel’inuite;
Pour l’empescher d’ataindre à la félicité Qui sembloit deüe à mon mérité.
Mon bras du premier coup heureusement s’aquite Du soin de m’en rendre veinqueur,
364 Et l’ayant terrassé, ie luy mange le cœur.
Puis apres cet exces, ie me sens tout glacé
Craignant que ce düel ne viene à vous déplaire :
le veux tout à l’instant suiure le trespassé Pour adoucir vostre cholere.
Mais sur ce mouuement, le Soleil qui m’esclaire Me monstre en me reioüissant,
371 Que vostre Nopce est vaine & mon bras innocent.
Ainsi persécuté des cruautez d’ Amour
Mon esprit se consume en des peines sans nombre :
Si mon düeil au matin commence auec le iour,
Il croist le soir auecque l’ombre.
Et i’ay tousiours l’humeur si chagrine et si sombre Qu’il semble en l’estât où je suis 378 Que ie ne sois plus rien qu’vn portraict des ennuis.
Aussi tout est sensible à mon affliction ;
La bas dedans ces prez l’herbe en est presque morte :
Ces troncs ne sont sechez que de compassion Des desplaisirs que ie suporte.
Les vents en sont muets, & d’vne aymable sorte. Echo tasche à m’en consoler 385 En chaque solitude où ie vay luy parler.