‹ Les plaintes d'AcanteChapitre 21 sur 185 · due sur la Terre & dans les Cieux · texte numérisé non relu

due sur la Terre & dans les Cieux

le ne voy point d’obiects qui ne blessent mes yeux.

PLAINTES d’aCANTE

Les Nimphes que Diane atire dans les bois Abhorrant des mortels les prophanes aproches ;

M’ont voulu demander la rigueur de vos lois Pour vous en faire des reproches;

Et celle d’vn Ruisseau qui coule entre des roches Admirant l’exces de ma foy,

392 Murmure du mespris que vous auez pour moy.

S’il faut qu’en vous aymant ie commette vn forfaict,

Nos Bois & nos Hameaux sont plains de mes complices Qui m’assistent tousiours de pensée, ou d’effet,

Soit me rendant de bons offices.

Soit adressant au Ciel de secrets sacrifices,

Affin que ceux de mon tourment 399 Soient acceptez de vous plus fauorablement.

Vn Berger si subtil à guider le pinceau Que son art bien souuent a trompé la Nature Vous obseruoit vn iour sur le bord d’vn ruisseau Pour me donner vostre peinture :

Lors selon ses souhaits, vos yeux par auanture Se conseilloient à ce miroir

406 De tout ce dont vos soins augmantent leur pouuoir.

Vous auiez sur la teste vn chapeau retroussé Où deux roses pendoient auec leur tige verte ;

Vous teniez vers Tespaule vn bras tout renuersé,

Vostre gorge estoit descouuerte Sur qui deux monts de neige animez pour ma perte, ^ Ne vous soufrent de respirer 413 Que par des mouuemens qui me font soupirer.

PLAINTES d’aCANTE

Il a si bien tiré vos yeux & vostre teint,

Que deuant ce tableau ie suis tousiours en crainte : Mais quoy, ie recognoy qu’vn mal qui n’est pas feint Ne peut guérir par vne feinte.

Et dans mon souuenir vous estes si bien peinte Que les traits dont vous me charmez 420 Me sont mieux descouuers quand i’ay les yeux fermez.

le le garde pourtant auec autant de soin

Que vous pouuez garder vostre Brebis cherie :

Quelque part que ie sois, il n’en est iamais loin ;

Soit que i’erre dans la prairie.

Soit qu’à l’ombre d’vn Bois ie tombe en resuerie.

Soit que sur vn lac escarté 427 le contemple des eaux la molle oysiueté.

Il fut vn iour tesmoin des secrets qu’on m’aprit Pour seruir d’antidote au trait qui m’empoisonne :

Ce sont quelques conseils d’vne Nimphe d’esprit Et d’vne fort belle personne.

La chose fut si vaine & vous estes si bonne :

Que ie puis bien vous la nommer 454 Sans que vous la puissiez pour cela moins aynier.

La mere de Mirtil, de ce diuin Garçon Dont l’esprit fut si doux et la valeur si rare,

Me voyant en langueur, me fit vne leçon Qui me parut vn peu barbare.

Voulant que de mes pleurs ie fusse plus auare Et me rendisse moins soigneux 441 D’vn suiet si superbe et si fort desdaigneux.

PLAINTES DACANTE

Tout ce qu’on void en vous luy plaist extrêmement, Mais bien qu’elle vous ayme & qu’elle vous estime, La pitié de mes maux la toucha tellement Qu’elle creut faire vn moindre crime A tenter vn remede encore qu’illegitime.

Qu’à laisser périr vn Parant 448 Pour le vouloir traiter comme vn indiferant.

Acante, me dit elle, es-tu pas insensé De viure de la sorte en faueur d’vne Ingrate;

Qui se rit de ta plainte apres t’auoir blessé Dans la vanité qui la flate ?

Faut il pour l’esleuer, que ton esprit s’abate En faisant ainsi triompher 455 Ce Marbre que tes feux ne sçauroient eschaufer.

Tu sçays comme la femme est d’vn sexe orgueilleux Dont la rigueur s’acroist trouuant l’obeïssance ;

Ceux qui sçauent aymer, estiment périlleux De luy donner trop de puissance :

le t’en parle possible, auecque cognoissance,

Moy qui d’vn seul trait de mes yeux 462 Fis autrefois languir vn des plus grands des Dieux.

Croy moy, relasche vn peu de ces soins si pressez Qui ne font qu’irriter cette humeur insolente ;

Peut estre ses pensers parestront moins glacez.

Si ta flame parest plus lente :

C’est dedans les amours vne adresse excellente Lors que l’on peut bien exprimer 469 Que n’estant point aymé, l’on ne sçauroit aymer.

PLAINTES d’aCANTE

Mais si tous ces moyens ne te seruent de rien.

Il faut de ta mémoire effacer son Image :

Ce seroit lascheté de vouloir tant de bien A qui ne veut que ton dommage.

Montre que son erreur te fait deuenir sage. Quelque autre obiect aussi charmant 476 Fera moins de mespris d’vn si parfait Amant.

Cloris, il est certain, luy dis-ie en soupirant.

Que cette passion m’a rendu misérable :

Ma peine auec le temps va tousiours empirant Et Siluie est inexorable.

Mais quoyPton apareil treuue vn mal incurable, le n’en sçaurois iamais guérir,

483 Et quand ie le pourrois, i’aymerois mieux mourir.

Mon ame est si portée à chérir sa prison

Qu’elle pense tousiours à la rendre plus forte.

Et ne sçauroit soufrir que iamais la Raison Luy parle d’en ouurir la porte.

O prodige nouueau ! que i’ayme de la sorte Et que ce cœur de Diamant 490 N’ait point osté la force à des liens d’Aymant.

Il ne m’est plus permis d’en faire moins de cas

Quoy que de cet exces mon esprit aprehende ;

Et i’ay les sentimens tellement delicas

Pour les soins qu’il faut qu’on luy rende.

Que ie tiens qu’icy bas la gloire la plus grande Seroit celle de la seruir

497 Aussi parfaitement qu’elle m’a sçeu rauir.

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