VII. Les Amours
L’ombre de ceste fleur vermeille,
Et celle de ces ioncs pendans
Paroissent estre là dedans
Les songes de l’eau qui sommeille.
LE PROMENOIR DES DEVX AMANS
Dans ce Bois, ny dans ces montagnes lamais Chasseur ne vint encor :
Si quelqu’vn y sonne du Cor,
C’est Diane auec ses compagnes.
Ce vieux chesne a des marques saintes Sans doute qui le couperoit.
Le sang chaud en decouleroit Et l’arbre pousseroit des plaintes.
Ce Rossignol melancholicque Du souuenir de son malheur,
Tasche de charmer sa douleur Mettant son Histoire en musique.
Il reprend sa note première Pour chanter d’vn art sans pareil Sous ce rameau que le Soleil A doré d’vn trait de lumière.
Sur ce fresne deux Tourterelles S’entretienent de leurs tourmens.
Et font les doux apointemens De leurs amoureuses querelles.
Vn jour Venus auec Anchise Parmy ses forts s’aloit perdant ^
Et deux Amours^en Patendant, Disputoient pour vne Cerise.
Dans toutes ces routes diuines Les Nymphes dancent aux chansons.
Et donnent la grâce aux buissons De porter des fleurs sans espines.
lamais les vents ny le Tonnerre N’ont troublé la paix de ces lieux ;
Et la complaisance des Cieux Y sou-rit tousiours à la Terre.
Croy mon conseil, chere Climeine, Pour laisser arriuer le soir, le te prie, alons nous assoir Sur le bord de cette fonteine.
N’oy tu pas soupirer Zephire De merueille et d’amour attaint.
Voyant des roses sur ton teint Qui ne sont pas de son Empire ?
Sa bouche^ d’odeurs to"ute pleine .
A souflé sur nostre chemin,
Meslant vn esprit de lasmin A l’Ambre de ta douce haleine. ^
Panche la teste sur cette Onde Dont le christal paroist si noir ; le t’y veux faire aperceuoir L’objet le plus charmant du monde.
Tu ne dois pas estre estonnée Si^viuant sous tes douces lois, l’apelle ces beaux yeux mes Rois, Mes Astres & ma Destinée.
Bien que ta froideur soit extresme.
Si dessous l’habit d’vn garçon Tu te voyois de la façon.
Tu mourrois d’amour pour toy mesme.