LXXI. — Avantages d'un bon avis
Un jour,le Hodja place trois prunes sur un grand plateau de bois et les porte en cadeau au bey. En chemin, les prunes couraient les unes apres les autres. — Ne jouez pas comme cela, s'ecrie le Hodja, ou je vous mange. Les prunes continuaient leur danse ; alors le Hodja en mange deux, porte celle qui restait sur le plateau chez le bey et la lui offre. Celui-ci se rejouit fort du present et donne une poignee d'aspres au Hodja. Quelque temps apres, ce dernier prend des betteraves pour en faire un nouveau cadeau au bey.
En chemin, quelqu'unl'accoste : — A qui portes-tu ceci ? — Au bey. — Si tu lui portais des figues cela lui serait, certes, plus agreable. Le Hodja revient chez lui, prend des figues et les porte chez le bey. Gelui-ci setrouvait justement fort occupe, aussi jeta-t-il les figues a la tete du Hodja. Ce dernier se mit a adresser un remerciment au bey, a chaque figue qui
Iui tombait sur la figure. — Pourquoi, fitle bey, me remercies-tu ainsi? — J'avais eu dessein de t'apporter des raves, en route quelqu'un m'adonne un bon avis, dont j'e remercie Dieu, car si j'avais suivi ma premiere idee, j'aurais maintenant la tete fendue.