‹ Les Plaisirs D3e L'isle EnchanteeChapitre 8 sur 56 · APOLLON · texte numérisé non relu

APOLLON

Contre tant de grandeur, contre tant de vertu. Tous les monstres d'Enfer vnis pour ta deffense Ne f croient qu'vne faible et vaine résistance :

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U Vniuers opprimé de ton joug rigoureux.

Va gousterpar ta fuite vit destin plus heureux : n est temps de céder à la Loy souueraine Qjie t'imposent les vœux de cette auguste Reyne; Il est temps de céder aux trauaux glorieux D'vn Roy fauorisé de la Terre et des deux :

Mais içy trop long-temps ce différent m'arreste, A déplus doux combats cettA Lice s'apreste, Allons la faire ouurir, et ployons des Lauriers, Pour couronner le front de nos fameux Guerriers.

TOus ces Récits acheuez, la Course de Bague commença, en laquelle après que le Roy eut fait admirer Taddresse et la grâce qu'il a en cet exercice, comme en tous les autres, et plusieurs belles Courses, et de tous ces Cheualiers : le Duc de Guise, les Marquis de Soyecourt et de la Valliere demeurèrent à la dispute, dont ce dernier emporta le prix, qui fut vne espée d'or enrichie de Diamans, auec des boucles de baudrier de valeur, que donna la Reyne Mère, et dont elle l'honnora de sa main.

La nuit vint cependant à la fin des Courses, par la justesse qu'on auoit eu à les commencer : Et vn nombre infîny de lumières ayant esclairé tout ce beau lieu ; Ton vid entrer dans la mesme place.

Trente-quatre Concertans fort bien vestus, qui deuoient précéder les Saisons ; et faisoient le plus agréable concert du monde.

Pendant que les Saisons se chargeoient des mets délicieux qu'elles deuoient porter, pour seruir deuant leurs Ma j estez la magnifique colla-

tion qui estoit préparée : les douze Signes du Zodiaque, et les quatre Saisons dansèrent dans le rond vne des plus belles entrées de Ballet qu'on eut encore veuë.

Le Printemps parut en suite sur vn cheual d'Espagne, représenté par Mad"<» du Parc; qui auec le sexe et les avantages d'vne femme, faisoit voir l'addresse d'vn homme : Son habit estoit vert en broderie d'argent, et de fleurs au naturel.

L'£sté le suiuoit, représenté par le Sieur du Parc, sur vn Eléphant, couuert d*vne riche housse.

L'Automne aussi aduantageusement vestue, représentée par le Sieur de la Thorilliere, venoit après monté sur vn Chameau.

L'Hyuer suiuoit sur vn Ours, représenté par le Sieur Bejar.

Leur suite estoit composée de quarante-huit personnes, qui portoient toutes sur leurs testes de grands bassins pour la collation.

Les douze premiers couuerts de fleurs, portoient, comme des lardiniers, des Corbeilles peintes de vert et d'argent, garnies d'vn grand nombre de porcelaines, si remplies de confitures et d'autres choses délicieuses de la Saison, qu'ils estoient courbez sous cet agréable faix.

Douze autres, cpmme Moissonneurs, vestus d'habits conformes à cette profession, mais fort riches, portoient des bassins de cette couleur incarnate, qu*on remarque au Soleil Leuant, et suiuoient l'Esté.

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Douze vestus en Vandangeurs, estoient couuerts de feuilles de vignes et de grappes de raisins; et portoient dans des paniers feuille-morte, remplis de petits bassins de cette mesme couleur, diuers autres fruits et confitures à la suite de l'Automne.

Les douzes derniers, estoient des Vieillards gelez, dont les fourrures et la desmarche marquoient la froideur et la foiblesse, portant dans des bassins couuerts d'vne glace et dVne neige si bien contrefaites, qu'on les eust pris pour la chose mesme, ce qu'ils deuoient contribuer à la Collation, et suiuoient THyuer.

Quatorze Concertans de Pan et de Diane precedoient ces deux Diuinitez, auec vne agréable Harmonie de Flûtes et de Musettes.

Elles venoient en suite sur une Machine fort ingénieuse en forme dVne petite Montagne ou Roche ombragée de plusieurs arbres; mais ce qui estoit plus surprenant, c'est qu'on la voyoit portée en l'air, sans que l'artifice qui la faisoit mouuoir se peUst descouurir à la veuë.

Vingt autres personnes les suiuoient , portant des viandes de la Mesnagerie de Pan, et de la Chasse de Diane.

Dix-huit Pages du Roy fort richement vestus, qui deuoient seruir les Dames à Table, faisoient les derniers de cette Troupe; laquelle estant rangée, Pan, Diane et les Saisons se présentant deuant la Reync; le Printemps luy adressa. le premier ces Vers.

Le Printemps.

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